Notre récente expédition dans le Saumurois à la recherche des prisons de Vendéens sous la Terreur nous avait amenés à Doué, dans les Arènes et à l’église Saint-Pierre. Un autre lieu nous avait échappé : la Porte-Bonnin. 

Porte Bonnin 7Descente dans les caves de l'ancienne Porte-Bonnin à Doué
  

On doit cette découverte à Pierre, un membre des Amis du Pont-Paillat résidant sur place. Sa prospection autour de l’ancienne Porte-Bonnin (ou Bonin), qui s’ouvrait dans les fortifications de Doué vers le sud, au bout du Champ de Foire, lui a permis de retrouver d’anciennes caves qui servirent de prison à la fin de l’année 1793.

Porte BonninLa Porte-Bonnin sur le premier cadastre de Doué (1819)
  

On trouve la mention de ce lieu de sinistre mémoire dans un article de F. Uzureau intitulé : La Terreur dans le Saumurois (L’Anjou historique, 1916, pp. 630-663). Dans le chapitre consacré aux fusillades de Doué-la-Fontaine (pp. 647 et suiv.), l’historien a compilé plusieurs dépositions relatives au transfert dans cette ville de prisonniers vendéens expédiés d’Angers le 30 novembre 1793. Les témoignages sur les mauvais traitements et les exécutions sont effrayants. Relevons celui d’Élie Trouillard, tonnelier à Doué, qui nous situe plusieurs lieux de massacre :

« Le 6 décembre 1793, je fus requis, de la part de Jolivet, officier municipal de Doué, qui me conduisit avec plusieurs autres (Bougellière, commandant de la garde nationale de Doué, et Chauvière, capitaine des sapeurs de La Chapelle-sous-Doué) au bois de Brossay, à l’effet de faire des fosses. Quand elles furent faites, Guillemette, commandant de la place de Doué, m’ordonna, ainsi qu’à ceux qui étaient venus avec moi, de nous retirer à l’écart. Après nous être enfoncés de 4 à 500 pas dans le bois, nous entendîmes plusieurs décharges de coups de fusils. On nous fit ensuite revenir.

« Guillemette nous commanda alors de retourner les cadavres pour voir s’ils étaient bien morts. Dans le nombre de 68 environ, il s’en trouva plusieurs qui n’avaient pas encore rendu le dernier soupir. Alors Guillemette ordonna aux grenadiers de la Convention de les finir, ce que ces derniers exécutèrent à coups de fusils et de sabres. Alors Jolivet, Guillemette, Bougellière et Chauvière nous ordonnèrent de mettre tous les cadavres dans les trous que nous avions faits, ce qui fut exécuté et nous les recouvrîmes de terre.

« Pareille fusillade s’est renouvelée cinq à six fois, tant aux carrières de pierre de Baugé (Chauvière présent) que sur la levée au-delà de La Chapelle-sous-Doué (Mathurin Rullier, officier municipal de La Chapelle présent), et deux fois aux carrières des Mignères, sur la route de Doué à Vihiers.

« Chaque fusillade fut commandée par Guillemette, commandant de la place, ou Morry, son adjudant, à l’exception de la dernière qui fut commandée par le chef d’un détachement qui partit pour Argenton-Château le 1er janvier 1794. Ces dernières fusillades ont été moins nombreuses que la première.

« Il restait à peu près 15 détenus dans les prisons ; ils ont été fusillés à Doué à la prison de la Porte-Bonnin. J’ignore par quels ordres cela a été fait, mais à son retour Guillemette nous a commandés de les enterrer. » 
  

Les Amis du Pont-Paillat 7La plaque du Souvenir Vendéen à l'abbaye d'Asnières
  

L'abbaye d'Asnières et le zoo de Doué, lieux de massacres

Le bois de Brossay, cité dans cette déposition comme lieu de la première fusillade, se trouve sur la route de Montreuil-Bellay, près de l’abbaye d’Asnières. Une plaque du Souvenir Vendéen rappelle ces événements.

Pour les fusillades suivantes, les carrières de pierre de Baugé, se situent au sud de Doué, sur la route d’Argentay. Quant aux carrières des Minières, elles abritent aujourd’hui le célèbre parc zoologique angevin, qui accueille chaque année plus de 200.000 visiteurs. Gageons qu’aucun d’eux ne se doute de ce qu’il s’est passé ici…
  

Doue 1793À partir du 5 décembre 1793 (15 frimaire an II), le registre d'état civil de Doué porte la trace des décès de prisonniers vendéens dans les prisons de la ville. On en repère les actes grâce à la signature de Lecomte, geôlier de ces prisons.
  


Merci à Pierre pour ces photos des caves de l'ancienne Porte-Bonnin :

Porte Bonnin 6

Porte Bonnin 5

Porte Bonnin 1

Porte Bonnin 2

Porte Bonnin 3

Porte Bonnin 4