Le journal Presse-Océan a publié jeudi dernier un entretien avec Jean-Joël Brégeon. L’historien y évoque le souvenir (trop discret) des Guerres de Vendée à Nantes. 

Nantes dans les Guerres de VendeeL'article de Presse-Océan localise plusieurs lieux de mémoire à Nantes, comme la Croix de Charette sur la place Viarme, l'Entrepôt des Cafés ou encore l'hôtel de Villestreux dont la plaque commémorative, extrêmement laconique, indique que « Carrier y séjourna »
   

Nantes n’est pas étrangère aux guerres de Vendée. « En fait, tout s’y ramène, explique l’historien Jean-Joël Brégeon, co-auteur avec Gérard Guicheteau d’une Nouvelle histoire des guerres de Vendée, publiée en avril dernier. Cette ville en est l’épicentre lors de quatre grands événements. » Au premier rang figure l’attaque de la ville le 29 juin 1793, par les Vendéens divisés en plusieurs armées. « Le chef vendéen François-Athanase Charette veut entrer dans la ville par l’ancien pont de Pirmil, mais il s’arrête finalement devant. Il juge le pont trop dangereux pour qu’il soit traversé par son armée ». 

Pendant ce temps, Jacques Cathelineau, lui, arrive à percer avec ses troupes jusqu’à la place Viarme, mais il est blessé. Ses soldats abandonnent alors le combat. Cathelineau mourra deux semaines plus tard des suites de ses blessures… et Nantes ne sera pas prise. 

« Le deuxième grand moment, c’est l’arrivée de Jean-Baptiste Carrier à Nantes, à l’automne 1793 », raconte Jean-Joël Brégeon. Le député est envoyé par Paris pour briser la révolte. Fin décembre, des centaines de Vendéens sont faits prisonniers après la défaite de Savenay et les prisons de Nantes débordent. On entasse alors les prisonniers dans l’Entrepôt des cafés, non loin du quai de la Fosse, bientôt gagné par le typhus. « C’était un mouroir, une espèce de petit camp de concentration », continue l’historien. Les procès sont prompts et la plupart des prisonniers envoyés à la mort. « C’est au Bouffay que l’on guillotinait. Mais Carrier trouvait que ça n’allait pas assez vite. » Sur son ordre, les Vendéens sont alors fusillés dans les carrières de Gigant, de Miséry et de Chantenay ou noyés dans des bateaux coulés à fond aux environs du pont de Cheviré. Il y aurait eu environ 5.000 à 6.000 victimes. 

Troisième moment-clé : l’entrée triomphale de Charette dans Nantes, en 1795, après avoir signé le traité de paix de la Jaunaye. Le général parade, profite des joies du centre-ville et de l’opéra durant quelques jours. Ayant repris les armes, il sera finalement fusillé un an plus tard place Viarme. Le dernier événement se déroule des années plus tard, lorsque la duchesse de Berry est capturée à Nantes pour avoir été à l’origine de l’insurrection royaliste de 1832. Les traces des guerres de Vendée sont donc encore vives. « Mais la municipalité n’aime pas trop cette mémoire-là », observe Jean-Joël Brégeon. Quelques plaques et monuments de commémoration parsèment les rues de Nantes, mais pour l’historien, « au total, c’est quand même le service minimum ». 

Article de Tifaine Cicéron, Presse Océan, jeudi 20 juillet 2017

Merci à Gérard pour l’information 

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