Commequiers est connu pour ses « Médiévales » qui animent la commune chaque premier week-end d’août. Mais le Moyen-Âge n’est pas la seule époque qu’il faille retenir dans l’histoire de cette commune vendéenne. La Grande Guerre de 1793 l’a également marquée, bien que les chroniques l’aient totalement ignorée. 

Chateau de CommequiersLe château de Commequiers, très reconnaissable sur la cadastre de 1830
   

Il est des paroisses oubliées des historiens de la Vendée, qui n’ont pas retenu les noms de leurs combattants ou de leurs martyrs. C’est le cas de Commequiers, à mi-chemin entre Challans, Aizenay et Saint-Hilaire-de-Riez. On ne trouve pratiquement aucun texte sur la période révolutionnaire, « ni à la mairie, ni à l’église ». C’est ce que note l’abbé Raballand, curé de la paroisse, lorsqu’il adressa en 1878 un article sur Commequiers sous la Terreur à la Revue du Bas-Poitou (publié en 1901, 1re livraison, pp. 85-89). Faute de sources écrites, le prêtre fit appel à la mémoire de ses ouailles, afin de collecter les noms de Commequiérois victimes de la Révolution. Les voici :

Étienne Toubland fut emmené et guillotiné aux Sables pour avoir forgé des armes aux « brigands ». Deux de ses fils, dont l’un s’appelait Étienne, furent assassinés par les Bleus dans un coin du chemin qui conduit du bourg de Commequiers au village de la Chaulière ; leur crime était le même (d’après Véronique Guyon, veuve Amelineau ; la famille Amelineau formait la seule descendance des Toublaud à Commequiers). Les Archives de la Vendée conservent le jugement de la commission militaire des Sables-d’Olonne à l’encontre d’Étienne Toubland, 65 ans, maréchal, taillandier, secrétaire de commune, habitant le bourg de Saint-Pierre à Commequiers, condamné le 15 décembre 1793 à la peine de mort.

Pierre Troussicot fut aussi emmené aux Sables, enchaîné avec un autre, parce qu’il avait réparé les armes des « brigands » (d’après le témoignage de sa petite-fille Justine Troussicot). Condamné à mort le 19 décembre 1793 par la commission militaire des Sables-d’Olonne, on lit sur son jugement qu’il était âgé de 33 ans, maréchal taillandier, habitant le bourg de Commequiers.

Les dames de L'Espinay

À l’époque de la Révolution, Avaud, qui n’est plus qu’une ferme près du château (voir le cadastre ci-dessus), était une maison seigneuriale habitée par les dames de La Roche et de L’Espinay, parentes l’une de l’autre. Ces deux dames furent emmenées à Noirmoutier et fusillées. Ces dames allèrent à la mort en chantant le cantique : « Avancez mon trépas, Jésus, ma douce vie ! » 

Mme de l’Espinay avait été suivie jusque dans sa prison de Noirmoutier par ses deux filles, Mlles Marie et Mariette de L'Espinay et par Louise Renaud, sœur de lait de cette dernière. Mais ces jeunes personnes, âgées alors de 18 à 20 ans, furent renvoyées chez elles quand les deux dames furent exécutées. Mlle Mariette de L’Espinay épousa plus tard M. de L’Estang de Furigny, commune de Neuville, près de Poitiers. Mlle Marie mourut célibataire à Nantes dans un âge avancé. Toutes les deux entretinrent la correspondance la plus amicale avec cette Louise Renaud qui avait partagé avec elles les jeux de l’enfance et les dangers des jours mauvais. Dans une lettre du 8 février 1825, Mlle Marie de L’Espinay écrivait à sa chère Lisette, comme elle l’appelait, ces mots héroïques de la part d’une personne qui avait vu immoler ses parents les plus chers : « Surtout point de vengeance, ma chère Lisette, et ne faisons point de tort au prochain. Dieu ne bénit point ceux qui ont de la haine dans le cœur. »

Un de ces Messieurs de L’Espinay du château d’Avaud, désigné dans la famille sous le nom de Lili, était prêtre et à ce titre poursuivi comme « ennemi de la nation ». Pour échapper aux Bleus qui le cherchaient, il se mit en devoir de couper des épines. Mais son peu d’habileté dans ce travail le trahit. Il fut reconnu sous son déguisement et emmené on ne sait où. Mais il ne reparut plus.

Louise Renaud, susmentionnée, fut, au temps de la Terreur, amenée sur la place de Commequiers et sommée par l’autorité locale d’aller baiser l’arbre de la liberté. « Faites-en ce que vous voudrez, répondit-elle ; puis elle ajouta en crachant sur l’arbre : pour moi, voici le cas que j’en fais. » Cette irrévérence fut accueillie par les rodomontades d’un républicanisme bien senti, mais n’eut point d’autres suites. Dans des jours plus sereins, l’intrépide Louise devint la digne compagne d’un brave ouvrier de Commequiers, Thomas Coutouis, ancien soldat de l’armée de Charette, et nommé par le chevalier de Maynard sous-lieutenant des grenadiers de Commequiers. Leur fils, Isidore Coutouis, fut maire de Commequiers. 

Les meuniers du moulin des Reliques

La famille Doux, et non pas Ledoux, était représentée à la fin du XIXe siècle par trois frères meuniers au moulin des Reliques en Commequiers, comme elle l’était en 1793 par les trois frères Pierre, Louis et Nicolas Doux. Pierre Doux, qui avait été précédemment maire de sa commune, fut guillotiné à Bressuire. Louis Doux fut pris pour avoir attaché aux vergues de son moulin une serviette en guise de drapeau blanc ; et il ne reparut plus. Nicolas Doux, aïeul des Doux actuels, fut pris occupé à couler des balles pour les insurgés, et il est mort dans la prison des Sables. Jacques Doux, son fils, répondait un jour aux patriotes qui voulaient lui faire crier : « Vive la république ! » – « Comment voulez-vous que je l’aime ? Elle a détruit tous mes ancêtres ! » Cette même famille vit aussi emprisonner un des siens du nom de Raguais et habitant le Chef-du-Bourg. Leurs jugements par la commission militaire des Sables-d’Olonne complètent et nuancent ce récit : Louis Doux était âgé de 58 ans, farinier, habitant le Moulin des Reliques à Commequiers, maire de la commune, condamné à mort le 8 décembre 1793 ; Nicolas Doux était âgé de 43 ans, farinier, habitant les Reliques à Commequiers, condamné le 30 janvier 1794 à la détention jusqu’à plus ample information. On trouve également André Doux, 34 ans, farinier, habitant les Reliques à Commequiers, condamné lui aussi le 30 janvier 1794 à la détention jusqu’à plus ample information. 

Un certain Mainguet, du bourg de Commequiers, était poursuivi par les Bleus et caché. Sa femme l’ayant appelé, on ne sait à quel dessein, il fut découvert, fusillé et enterré dans le jardin de Jean Perrin, où ses ossements ont été retrouvés dans les années 1830. 

Le curé Raballand note enfin une dernière victime de Commequiers, Jean Grivet, mort aux Sables. Son jugement par la commission militaire des Sables-d’Olonne indique qu’il était âgé de 40 ans, tisserand et sacristain, habitant la paroisse Saint-Pierre de Commequiers, condamné le 20 mai 1793 à la peine de mort. 

Commission militaire des Sables« Attendu qu'il résulte du tout que Louis Doux et Barthélémy Grondin sont convaincus savoir le dit Doux d'avoir chef des révoltés de la commune de Commequiers en correspondance avec la femme La Roche qui l'était des rebelles et qui lui transmettait ses ordres, fait des billets, d'avoir placé au haut de son moulin le drapeau de la rébellion et arboré la cocarde blanche… » (extrait du jugement de la commission militaire des Sables, A.D. 85, L 1590)
   

Les Commequiérois jugés par la commission militaire des Sables

Outre les noms cités ci-dessus (Toubland, Troussicot, Doux et Grivet), les jugements de la commission militaire des Sables-d'Olonne mentionnent une vingtaine d’autres Commequiérois :

  • Pierre Biron, 35 ans, farinier, journalier, habitant la Brigassière à Commequiers, condamné le 8 décembre 1793 pour être renvoyé devant le Tribunal criminel, il repasse devant le tribunal qui le condamne le 22 février 1794 à la peine de mort.
  • François Chiron, 40 ans, laboureur, habitant la Mussardière à Commequiers, condamné le 19 décembre 1793 pour être renvoyé devant le Tribunal criminel, il repasse devant le tribunal le 22 février 1794 qui le condamne à la peine de mort.
  • Jacques Deau, 18 ans, domestique, habitant chez la dame de Lepinay de La Roche d’Avaud à Saint-Pierre de Commequiers, condamné le 1er juin 1793 pour être renvoyé devant le Tribunal criminel.
  • Charles Dodin, 55 ans, laboureur, habitant la Grande Choulière à Commequiers, condamné le 8 décembre 1793 pour être renvoyé devant le Tribunal criminel.
  • Jacques Dupont, 44 ans, laboureur, habitant la Petite Chaulière à Commequiers, mis en liberté le 14 janvier 1794.
  • Joseph Four, 33 ans, journalier, habitant le bourg de Commequiers, condamné le 19 décembre 1793 à la détention jusqu’à plus ample information.
  • Nicolas Gaborit, 23 ans, domestique, habitant chez la dame de Lepinay de la Roche d’Avaud à Saint-Pierre de Commequiers, mis en liberté le 1er juin 1793.
  • Antoine Grondin, 19 ans, habitant la Petite Garouère à Commequiers, mis en liberté le 14 janvier 1794.
  • Barthélémy Grondin, 62 ans, journalier, habitant la Brigassière à Commequiers, condamné le 8 décembre 1793 à la peine de mort.
  • Charles Grondin, 30 ans, laboureur, habitant la Petite Garouère à Commequiers, condamné le 19 décembre 1793 pour être renvoyé devant le Tribunal criminel.
  • René Grondin, 29 ans, laboureur, habitant la Petite Garouère à Commequiers, mis en liberté le 30 janvier 1794 et présentation à l’administration de son district.
  • Mathurin Guyon, 56 ans, laboureur, habitant la Brigassière à Commequiers, pleine liberté le 30 janvier 1794.
  • Jacques Imbert, 22 ans, farinier, habitant la Minotière à Commequiers, condamné le 17 décembre 1793 à la détention jusqu’à plus ample information, il repasse devant le tribunal qui le renvoie le 16 février 1794 devant le Tribunal criminel, puis est condamné le 3 mars 1794 à 2 ans de fer.
  • René Jutard, 25 ans, laboureur et domestique chez Jean Jolly à Commequiers, habitant l’Habite à Commequiers, condamné le 28 décembre 1793 à la peine de mort.
  • Augustin Logeais, 14 ans, laboureur, habitant la Mussardière à Commequiers, pleine liberté le 30 janvier 1794.
  • Pierre Logeais, marchand mercier, 60 ans, habitant le Marchais à Saint-Pierre de Commequiers, élargi et mis en liberté le 24 mai 1793.
  • Jean Nicolleau, 37 ans, marchand voiturier, habitant à Commequiers, condamné le 28 décembre 1793 à la peine de mort.
  • Marie Pateau, femme de Pierre Grellet, 60 ans, habitant la Brigassière à Commequiers, condamnée le 19 décembre 1793 à être jugée par qui de droit, elle repasse devant le tribunal le 13 février 1794 qui la met en liberté avec obligation de se présenter à l’administration de son district.
  • Louis Peneau, 38 ans, maçon, habitant la Brigassière à Commequiers, pleine liberté le 30 janvier 1794.
  • André Pérocheau, 42 ans, charpentier, habitant le Moulin au Vent à Commequiers, pleine liberté le 30 janvier 1794.
  • Jacques Sirre, 50 ans, journalier, habitant à Commequiers, condamné à la peine de mort.
  • Louis Soret, 43 ans, laboureur, habitant la Petite Turlière à Commequiers, condamné le 19 décembre 1793 à la détention jusqu’à plus ample information, il repasse devant le tribunal le 16 février 1794 qui le renvoie devant le Tribunal criminel.
  • René Soret, 30 ans, laboureur, habitant la Petite Turlière à Commequiers, condamné le 30 janvier 1794 à la détention jusqu’à plus ample information, il repasse devant le tribunal le 18 mars 1794 qui le maintient en détention jusqu’à la tranquillité du département.
  • Pierre Texier, 36 ans, sabotier, habitant la Brigassière à Commequiers, condamné le 19 décembre 1793 pour être renvoyé devant le Tribunal criminel, il repasse devant le tribunal le 22 février 1794 qui le maintient en détention jusqu’à la paix.
        

Alors si vous passez samedi et dimanche prochains aux Médiévales de Commequiers, pensez que cette paroisse ne fut pas la dernière à s’engager dans l’insurrection vendéenne, même si les livres d’histoire n’en parlent pas !