Le magazine Le Point consacre cette semaine un dossier aux « fantômes de la Révolution française », à ce spectre de Robespierre, adulé par les uns, honni par les autres, qui entretient depuis plus de deux siècles la désunion nationale et la violence politique. Le « bloc » si cher à Clemenceau (1) en sort bien lézardé, en particulier sous les coups que lui assène Jacques Villemain avec son article sur le génocide vendéen. 

Le Point

Plus que de « fantômes » inspirant des évocations nostalgiques de la Révolution, c’est bien de violence politique dont il est question dans l’ensemble des articles qui composent ce dossier du Point. Pourquoi la France n’a-t-elle pu se réformer sans se livrer à une guerre civile suicidaire ? Et pourquoi Robespierre alimente-t-il aujourd’hui encore les mêmes luttes de factions parmi ceux qui prétendent nous gouverner ?

Celui qui fit de la « vertu » le réceptacle des pires méfaits tisse le fil rouge de ce dossier. On comprend dès le premier article que son image et son héritage ont constamment nourri la controverse entre ses apologistes (du radical Clemenceau à la fin du XIXe siècle au communiste Mathiez, le fondateur en 1907 de la Société des Études robespierristes, et jusqu’au pitre Mélenchon qui brandit aujourd’hui le même étendard maculé de sang) et ses détracteurs (citons seulement Joseph de Maistre, remis au goût du jour dans l’un des articles proposés) qui n’ont pu, malgré l’évidence des crimes, reléguer ce « spectre livide » dans les rayons de l’Histoire.

Robespierre n’est pas mort, il divise encore

L’ombre de Robespierre plane sur tous les autres sujets : sur l’échec des modérés qui pensaient que force était à la loi pour ramener l’ordre et mener à bien les réformes, alors que force était à cette rue parisienne qui précipita leur éviction au profit des Jacobins ; sur l’affaire Danton, procès politique mené de maître pour évincer le grand rival ; et sur le génocide vendéen, pour lequel Jacques Villemain expose à nouveau brillamment l’argumentaire juridique qu’il a développé dans son livre Vendée 1793-1794.

On retiendra aussi de ce dossier l’article de Patrick Guéniffey qui montre comment la Révolution a basculé « dans une violence généralisée en sans frein ». Le suicide politique de septembre 1791 est l’une des explications qu’il fournit. Pourquoi les députés qui ont établi la nouvelle Constitution se sont-ils exclus eux-mêmes de la future assemblée chargée de la mettre en œuvre ? Ce faisant, ils vont laisser le champ libre à des élus inexpérimentés ou revanchards, et à tous ceux qui, dans les journaux ou les clubs, n’aspiraient qu’à renverser cette Constitution trop peu révolutionnaire à leur goût. Et pendant ce temps, Robespierre avait déjà mis la main sur les Jacobins…

On connaît la suite, mais il n’est pas inutile de rouvrir ce dossier et d’en offrir la lecture, même au cœur de l’été, à un plus large public. En espérant que le « bloc » se fissure davantage et fasse vaciller la statue du tyran. 
   


(1) Lors d'un débat à l'Assemblé le 29 janvier 1891, Georges Clemenceau proclame : « Messieurs, que nous le voulions ou non, que cela nous plaise ou que cela nous choque, la Révolution française est un bloc... un bloc dont on ne peut rien distraire, parce que la vérité historique ne le permet pas. » À partir de cette phrase, Édouard Drumont broda une citation dans laquelle Clemenceau aurait approuvé les massacres de Septembre, les noyades de Nantes, les horreurs de Lyon, etc. Citation reprise par nombre d'historiens qui n'ont pas pris le soin de consulter les archives de l'Assemblée nationale (librement consultables ici). 


Le Point n° 2344 du jeudi 10 août 2017

LePointSommaire du dossier Les fantômes de la Révolution française (pp. 52-73) :

  • Robespierre n’est pas mort, il divise encore, par François-Guillaume Lorrain
  • Pourquoi les modérés ont échoué, par Loris Chavanette (auteur du livre Quatre-Vingt-Quinze, éditions du C.N.R.S.)
  • Une histoire de la violence, par Patrick Guéniffey
  • 4 août, la nuit où Paris a cédé, par Gérard Béaur
  • Danton, la première « affaire », par Loris Chavanette
  • Et revoilà Joseph de Maistre…, par Saïd Mahrane
  • « Détruisez la Vendée ! » : la thèse du génocide vendéen, entretien avec Jacques Villemain
  • « Ils sont fous ces Français ! » extraits de textes d’auteurs étrangers sur la Révolution