Le Souvenir Vendéen va mettre en dépôt au Musée d’Art et d’Histoire de Cholet un tableau représentant la comtesse de La Bouëre (1770-1867). C’est un des rares portraits de la mémorialiste des Guerres de Vendée. Michel Chatry, président de l’association, en a raconté l’histoire dans les colonnes du Courrier de l’Ouest

Madame de La Bouere

La comtesse Antoinette-Charlotte de La Bouëre est plus célèbre pour ses écrits que son visage. Il existe seulement trois portraits connus de celle qui est l’une des plus importantes mémorialistes des Guerres de Vendée avec la marquise de La Rochejaquelein (lire ci-dessous). Des liens d’amitié unissent les deux femmes, la marquise donnant même du « chère camarade » à la comtesse. Ce qui dans le milieu aristocratique équivaut à un adoubement.

En 2015, un descendant de la 6e génération d’Antoinelle-Charlotte de La Bouëre fait don au Souvenir Vendéen d’un portrait de son illustre aïeule, mariée à un noble officier qui possédait le château de la Bouëre à Jallais. Il s’agit d’une huile sur toile de 73 x 60,5 cm datant de 1836 et estimée à 2 500 €. Ce tableau a été présenté lors de la journée d'assemblée générale du Souvenir Vendéen à Jallais et La Poitevinière, le 20 février 2016 (Revue du Souvenir Vendéen n°274, printemps 2016, pp. 26-36). 

Le beau-père du peintre a incendié Jallais !

Mais le tableau a subi les outrages du temps et nécessite une bonne restauration. Mission dont s’acquitte le Souvenir Vendéen pour 2 500 €. Aujourd’hui en parfait état, la peinture va bientôt faire son entrée au Musée d’Art et d’Histoire de Cholet, elle sera accrochée à la sortie de l’espace consacré aux Guerres de Vendée, juste avant de passer dans la salle dédiée au XIXe siècle.

« Je souhaitais que cette œuvre soit visible par le grand public, le Musée de Cholet était le lieu tout indiqué pour l’accueillir. On a décidé de lui confier en dépôt », explique Michel Chatry, président du Souvenir Vendéen, une association qui vise à perpétuer la mémoire des Guerres de Vendée (1793-1796) et de ses acteurs. La signature de la convention de dépôt aura lieu au musée ce 15 septembre lors d’une cérémonie officielle en présence du maire, Gilles Bourdouleix. « Le Souvenir Vendéen n’a pas vocation à garder les objets qu’il reçoit, précise Michel Chatry. On a déjà un certain nombre de choses en dépôt, notamment la montre de Marigny, déjà au musée de Cholet, ou des publications aux Archives départementales de Vendée. »

L’auteur du portrait de la comtesse de La Bouëre n’est pas formellement identifié. On sait juste qu’il est signé Cadeau, ce qui ne suffit pas à éclaircir le mystère à 100 %. Il existe en effet deux peintres angevins répondant au nom de Cadeau, le père et sa fille Amélie. Michel Chatry penche plutôt pour la seconde hypothèse. « Je pense que c’est l’œuvre d’Amélie Cadeau. Plusieurs de ses portraits historiques conservés dans les musées nationaux sont de même dimension et de même facture, notamment celui de Mme Geoffrin au château de Versailles. »

Sur cette toile, la comtesse de La Bouëre y apparaît en majesté et encore jeune malgré ses 66 ans. Il faut dire que la châtelaine affiche une belle santé pour l’époque, elle mourra à l’âge de 97 ans en 1867. Un âge canonique en ce milieu de XIXe siècle. Bien qu’elle ait beaucoup écrit, la comtesse n’a jamais évoqué l’identité de son portraitiste.

Peut-être faut-il y voir un lien avec le mari du peintre Amélie Cadeau, un certain Cordelier-Delanoue, fils du général républicain Cordelier. Placé à la tête de la 9e Colonne infernale, ce militaire de sinistre mémoire a ravagé la Vendée et les Mauges en 1794, incendiant les villages, notamment Jallais où résidait la comtesse, et massacrant les populations.

La comtesse ignorait-elle ces liens familiaux embarrassants ou les a-t-elle sciemment passés sous silence ? Personne n’en saura jamais rien. Cruelle ironie de l’histoire…

Article de Gabriel Boussonnière paru dans Le Courrier de l’Ouest,
 édition de Cholet, lundi 4 septembre 2017

   
Source : Le Souvenir Vendéen 

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