Le comte de Saillans aurait pu changer le cours de l’Histoire de France. Son épopée dans le Midi fut le premier soulèvement contre-révolutionnaire. Elle a joué, en contrecoup, un rôle décisif dans la mise en accusation de Louis XVI et son exécution. Paru en octobre 2017, le livre d’Édouard et Bernard Ferrand (1) apporte un éclairage nouveau sur cette page méconnue de la Contre-révolution.

François-Louis, comte de Saillans (1741-1792), a longtemps été « l’oublié » des historiens de la Contre-Révolution. Presque tout le monde a un jour ou l’autre entendu parler de Cathelineau, de Bonchamps, de La Rochejaquelein ou encore de Charette. Le comte de Saillans pourrait figurer dans cette liste ; il était leur aîné à tous et l’action qu’il entreprit en Vivarais un an avant la Vendée, fit de lui le premier combattant de la Contre-Révolution.

« Général de l’armée chrétienne et royale de l’Orient »

Le comte de Saillans

En 1793 en Vendée, Bonchamps qualifia son armée de « chrétienne » et dès la fin du mois de mars on vit apparaître le nom d’« Armée catholique et romaine » puis bientôt d’« Armée catholique et royale ». Ces dénominations ne sont pas originales. En 1792, alors qu’il préparait dans le Midi de la France une insurrection royaliste, le comte de Saillans avait pris le titre de « général de l’armée chrétienne et royale de l’Orient ».

Le comte de Saillans, ayant prêté le serment de servir le roi, ne put supporter que Louis XVI, et sa famille, arrachés à Versailles dès octobre 1789, fussent en quelque sorte prisonniers dans le palais des Tuileries à Paris. Ardennais de naissance, Bourguignon par alliance, il devint en quelques mois Vivarais d’adoption au rythme de ses services dans les garnisons de Pont-Saint-Esprit ou de Largentière. Ainsi eut-il l’occasion de constater la défiance dans laquelle les nouveaux maîtres tenaient les paysans de ce Vivarais ardent et fier dont la Révolution venait de faire le département des Sources de la Loire avant de le nommer Ardèche du nom d’une rivière magnifique et fougueuse. 

Il allait prendre la tête des insurgés d’ici, et trouver une mort héroïque le 12 juillet 1792 dans la petite bourgade des Vans, à quelques mètres de la maison où était née Marie-Anne de La Garde de Monjeu, mère de François-Athanase de Charette. Il fut massacré sur place, sa tête sciée promenée au bout d'une pique (son crâne se trouve aujourd'hui sur un chapiteau de l'église Notre-Dame des Pommiers, à Largentière).

Le camp de Jalès, pièce maîtresse du procès de Louis XVI

Cependant, le soulèvement du Camp de Jalès n’avait rien d’une insurrection populaire. « C’est qu’il s’agissait bien ici d’une authentique conspiration contre-révolutionnaire, en lien avec les émigrés ». Cette action a été le fait des émigrés qui depuis Coblence et Turin souhaitaient rétablir l’ordre ancien. Saillans était tout sauf un capitaine de paroisse. Il exerçait son autorité sur les gens de sa mouvance. L’unité combattante de Saillans eut une existence permanente, rassemblant nobles, prêtres, parents, amis et voisins. Elle fut un adversaire redoutable pour les Bleus par la connaissance du terrain, la cohésion et les choix militaires.

Dans l’inventaire des pièces recueillies pour préparer l’acte d’accusation de Louis XVI, vingt pièces sur trente-cinq concernent directement le camp de Jalès. La conspiration de Saillans joua donc un rôle essentiel dans la condamnation du roi, alors que le soulèvement de Jalès reste un de ces grands absents de l’histoire de la Révolution française. Des informations inédites, notamment la correspondance des princes avec François-Louis de Saillans, les lettres codées mais surtout les charges contre-révolutionnaires formulées par la Commission des XXI chargée de préparer l’acte d’accusation du roi attestent que ce grand plan devait écrire une autre histoire.
   

  1. Le comte de Saillans 1790-1792, Le premier combattant de la Contre-révolution, par Édouard et Bernard Ferrand, préface de Jean Tulard de l’Institut, Éditions SPM, octobre 2017, 182 pages, 17 €.