Un crime fut signalé à Saint-Aignan, près de Nantes, à la fin du mois d'octobre 1794. Trois femmes avaient péri lors de l’attaque d’une troupe. La réaction républicaine est très révélatrice du peu de cas qu’on faisait alors d’une vie vendéenne.

Chateau d AuxLe château d'Aux ou de la Hubaudière, sur la commune de La Montagne
haut lieu de la Terreur dans la Pays de Retz

   

Les faits sont signalés par le citoyen Quirouard. Dans la nuit du 24 au 25 vendémiaire an III (15-16 octobre 1794), vers les deux heures du matin, une « patrouille » a fait une sortie à Saint-Aignan, au bord du lac de Grand-Lieu. Elle a commis un assassinat sur les personnes de la veuve Letié, de la veuve Cheneau et de la veuve Prou, qui était enceinte et « dont le mari avait été tué par les Brigands il y a un mois ». Quirouard assoie son rapport sur le témoignage de plusieurs personnes qu’il énumère, en réclamant des mesures « pour prévenir à l’avenir pareille horreur ».

L’affaire remonte au quartier général de l’armée à Nantes, où le général Canuel (1) ordonna à Muscar, qui commandait la garnison du château d’Aux (2), de trouver les coupables. Ce dernier en rendit compte le 4 brumaire (25 octobre) :

« Conformément à tes ordres, j’ai fait les recherches nécessaires pour découvrir les auteurs des assassinats commis dans la nuit du 24 au 25 vendémiaire dans la commune de Saint-Aignan. Ils sont l’ouvrage d’une patrouille commandée par l’officier que je t’envoie (3). Il t’exposera lui-même les motifs et les circonstances des meurtres exercés, dont tu jugeras dans ta sagesse. L’humanité vomit ces excès, je suis loin de les excuser (3). » Muscar n’aurait certainement pas tenu le même discours un an auparavant, en pleine Terreur.

La suite de la lettre est cependant très révélatrice : « Mais ces excès deviennent moins révoltants par la probabilité qu’ils ont été commis sur des complices coupables des Brigands ». Le crime est donc tempéré à ses yeux s’il s’avère que les victimes sont vendéennes !

Dix jours après, Canuel envoie l’officier au représentant Ruelle afin de l’interroger et d’examiner les pièces l’accusant. Mais on ne sait ce qu’il en advint…
   

(D’après Les Lettres et documents inédits pour servir à l’histoire de la Révolution dans la Loire-Inférieure, par André Joubert, Vannes, Eugène Lafolye, 1890) 
   

  1. Cet individu peu recommandable qui fut un farouche républicain sous la Révolution autant qu’un royaliste exalté sous la Restauration.
  2. Le poste du Château d’Aux constitua un des principaux points d’appui des républicains pour mener des attaques et des rafles à travers le Pays de Retz.
  3. Muscar indique que cet officier appartient au 11e bataillon de la formation d’Orléans, sans toutefois mentionner son nom.