Le Courrier de l’Ouest a consacré une pleine page au nouveau livre de Patrick Buisson sur les Guerres de Vendée, paru chez Perrin le mois dernier. Cet article rédigé par Gabriel Bussonnière est paru hier dans l'édition choletaise du journal. 

CO_14122017Le Courrier de l’Ouest, édition de Cholet, jeudi 14 décembre 2017.
Patrick Buisson sera présent à la Fête du Livre de Nantes organisée par la Librairie Dobrée et Chiré Diffusion de la Pensée Française, le dimanche 17 décembre 2017, de 13h30 à 19h00, au château de la Poterie (44240 La Chapelle-sur-Erdre).
   

Le célèbre et controverse politologue Patrick Buisson vient d'apporter sa pierre à l'édifice historiographique des Guerres de Vendée (1793-1796). Il le fait sous forme d'album grand public avec un soin particulier porté à l’illustration. Et une volonté affirmée de défendre la thèse du « génocide programmé ».

Pourquoi ce livre ? 

À défaut de pouvoir poser la question directement à l’auteur – il a décliné notre demande d'interview –, référons-nous à son livre. « La guerre des mémoires entre bleus et blancs […] » étant « aujourd'hui achevée », Patrick Buisson estime que « la controverse a quitté le terrain de l'idéologie pour une approche sinon dépassionnée du moins plus soucieuse des règles de la critique historique, si bien qu'il est devenu désormais impossible de nier le coût humain de la tragédie vendéenne ». Tragédie qui a fait entre 120.000 et 200.000 morts dans le seul camp des insurgés. 

La préface de Philippe de Villiers 

Philippe de Villiers est un proche de Patrick Buisson. L'ancien président du Conseil général de Vendée (1988-2010) s'est donc prêté de bonne grâce à la préface de ce livre. Philippe de Villiers y rend un hommage appuyé aux insurgés Vendéens, « un peuple de géants », selon l'expression de Napoléon que le préfacier se plaît à rappeler. « Ils ont su rester libres, c'est pourquoi l'écho de leur soulèvement résonne encore aujourd'hui […], souligne Philippe de Villiers. Il est la matrice de toutes les justes dissidences. La Vendée est une avant-garde. » 

Un livre à thèse… 

Patrick Buisson écrit en conclusion de son livre qu' « il y a un génocide car les Vendéens furent massacrés comme tels – en exécution d'un plan concerté au sommet sans relation aucune avec les nécessités militaires ni avec les impératifs de défense nationale et après que l'armée catholique et royale eut été écrasée en décembre 1793 dans les bois de Savenay. Ils furent massacrés non seulement pour le mal qu'ils faisaient ou étaient soupçonnés de faire, mais aussi parce qu'ils étaient héréditairement, intrinsèquement mauvais ». Et l’auteur de citer les expressions des Républicains de l'époque pour désigner les Vendéens : « race de rebelles », « race maudite », « race abominable », « engeance infernale ». La thèse du génocide qu'il défend dans ces pages fut énoncée avant lui par l'historien Reynald Secher dans les années 1980 et, plus récemment, par Jacques Villemain. Dans un livre paru en début d'année (Vendée 1793-1794), ce juriste et diplomate affirme qui si les massacres des Guerres de Vendée avaient lieu aujourd'hui, le droit pénal international les qualifierait de génocide. 

… et grand public 

Qu'on adhère ou non à la thèse de Patrick Buisson, ce livre a un grand mérite. Celui de la clarté du récit historique et de la mise en page. L'historien découpe en huit chapitres chronologiques l’histoire sombre de la contre-révolution en Vendée militaire qui s'étendait sur quatre départements actuels : Vendée, Maine-et-Loire, Loire-Atlantique, Deux-Sèvres. Et dont le Choletais fut l'épicentre. Chacun de ces chapitres est nourri de textes de l'époque, puisés dans les deux camps, et dont les auteurs sont présentés en début d'ouvrage.

La parole aux Bleus et aux Blancs

Côté républicain, Patrick Buisson publie les discours de Robespierre (1er mai 1793) qui exhorte à « exterminer tous les rebelles de la Vendée » et de Barrère (1er octobre 1793) qui lance son fameux « Détruisez la Vendée ». Ou encore la terrible lettre du général Westermann (23 décembre 1793) « Il n’y a plus de Vendée […] J'ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux, massacré les femmes, qui, au moins pour celles-là, n'enfanteront plus de brigands […] Les routes sont semées de cadavres. Il y en a tant que, sur plusieurs endroits, ils font pyramide. » Ou encore le mémoire de Lequinio : « On a vu des militaires républicains violer des femmes rebelles sur les pierres amoncelées le long des grandes routes, et les fusiller ou les poignarder en sortant de leurs bras. On en a vu d'autres porter des enfants à la mamelle au bout de la baïonnette ou de la pique, qui avait percé du même coup et la mère et l'enfant [...] » Côté insurgés, Patrick Buisson convoque les mémorialistes : l'abbé choletais Deniau, la marquise de La Rochejaquelein, la comtesse de La Bouëre, la marquise de Bonchamps, etc. Il cite de simples témoins comme Marie Trichet qui rapporte le massacre d'un enfant de 4 ans à Beaufou (Vendée) : « Les Bleus l’avaient attrapé ; ils lui avaient percé la gorge avec un sabre et passé un bois dans le trou, puis ils l’avaient planté, en place de barrière, sur le bord du chemin. » Ou fait appel à Victor Hugo dont l'arrière-grand-père était un Vendéen de La Garnache : « En ces temps la France eut des victimes / Mais la Vendée eut des martyrs ». 

Une riche iconographie 

Ce qui démarque ce livre de ses prédécesseurs consacrés à ce même sujet, c'est aussi et surtout la richesse des illustrations. Environ 150 tableaux, gravures, vitraux méconnus ou inédits comme ceux des combats de Château-Gontier, des noyades de Nantes ou de l’arrestation de Charette.  

Patrick Buisson, La grande histoire des Guerres de Vendée, Éditions Perrin, grand format (23,5 x 30 cm), reliure cartonnée sous jaquette, 280 pages, 29 €
   


En complément à cet article, Gabriel Boussonnière a publié un entretien avec Stéphane Courtois sur la biographie que ce spécialiste du communisme vient de sortir. Il y est question des Guerres de Vendée…

CO_14122017