Le 7 janvier 1794, Mme Jourdain de La Martinière et trois de ses filles étaient jugées comme « complice des brigands de la Vendée » et condamnées « à périr dans les eaux de la Loire ». La sentence fut immédiate.

Noyades de NantesLes noyades de Nantes, détail d'une estampe extraite du livre de L. Prudhomme,
Histoire générale et impartiale des erreurs..., Paris, 1797
      

L’abbé Aimé Guillon, dans son livre sur Les Martyrs de la Foi pendant la Révolution française (1821, p. 369) rapporte la fin tragique de Victoire Jourdain : « Saisie avec sa sœur et sa mère, elle fut, comme elles, traînée à Nantes, où l’exécrable Carrier, après les avoir fait condamner à mort, par sa commission militaire, comme complices des brigands de la Vendée, le 18 nivôse an II (7 janvier 1794), ordonna qu’elles seraient noyées ». 

Berthre de Bournizeaux ajoute dans son Histoire des Guerres de la Vendée et des Chouans (1819, t. III, p. 239) : « Mademoiselle de Jourdain était jeune et belle ; conduite vers la Loire, où l’on venait de jeter sa mère, un soldat épris de ses charmes veut la sauver. Elle se jette elle-même à l’eau et tombe sur un tas de cadavres qui l’empêche d’enfoncer. — Je n’ai pas assez d’eau, poussez-moi. On la pousse, elle est engloutie… »

L’abbé Guillon oublie cependant une autre fille de Mme Jourdain, tandis qu’Alfred Lallié, l’historien nantais, lui attribue deux fils, eux aussi noyés en Loire. Faisons le point sur cette famille vendéenne décimée par la Révolution. 

Les quatre filles de Monsieur Jourdain

Le père, Léon Jourdain, seigneur des Hermitans, de la Martinière et de la moitié de la châtellenie des Herbiers, est né le 20 août 1737 aux Herbiers, du mariage de Jean-Baptiste Jourdain des Hermitans et de Jeanne Hélène Bouëxon de La Martinière. Il épousa, le 26 février 1770, Jeanne Victoire Le Bœuf, fille de Pierre Antoine Maurice Le Bœuf, seigneur de Mocquart, et de Jeanne Renaud (Nobiliaire du diocèse et de la généralité de Limoges, 1863-1872, p. 579), dont il eut quatre filles, et non trois comme on le lit parfois :

  • Jeanne Victoire, née et baptisée le 26 février 1772 au château des Herbiers (la jeune femme dont parle l’abbé Guillon) ;
  • Louise Félicité, née et baptisée le 3 août 1773 au château des Herbiers ;
  • Louise Olive, née et baptisée le 23 juillet 1776 au château des Herbiers ;
  • Henriette, née le 28 septembre 1779 au château des Herbiers et baptisée le lendemain.

M. Jourdain des Hermitans avait émigré au début de la Révolution, laissant son épouse et ses filles aux Herbiers. Celles-ci furent accusées par le citoyen Marcetteau, maire des Herbiers, d’avoir donné asile à des rebelles vendéens. Elles furent arrêtées, conduites à Nantes, où elles comparurent devant la commission militaire présidée par Bignon, le 7 janvier 1794. Accusées d’être « complices des brigands », elles furent condamnées « à périr dans les eaux de la Loire », sentence exécutée le jour même. 

Lallié confond deux filles avec deux fils

Alfred Lallié a recensé les noms des victimes de cette commission dans son livre sur La justice révolutionnaire à Nantes et en Loire-Inférieure (p. 332), avec deux erreurs sur le sexe des enfants :

  • Femme Jourdain, née Victoire Jeanne Lebœuf, 40 ans, d’Erbray, en Bretagne (Saint-Julien-de-Vouvantes), habitant Les Herbiers ;
  • Jourdain, Victoire, 21 ans, sa fille, des Herbiers, a déclaré que la crainte qu’on leur faisait de l’armée de Mayence l’a engagée à suivre l’armée des rebelles ;
  • Jourdain, Louis Félicité, âge non indiqué, des Herbiers (il s’agit de Louise Félicité) ;
  • Jourdain, Louis, 17 ans, a fait la même déclaration que sa sœur Victoire Jourdain (il s’agit de Louise Olive).

On ne sait ce qu'il advint de la petite Henriette… 

À son retour en Vendée au tout début de l’année 1795, Léon Jourdain se cacha à la Tremblaye, entre Cholet et Mortagne-sur-Sèvre. Dénoncé comme émigré à la garde nationale de Cholet, il fut amené dans cette ville et fusillé sur place le 18 février 1795. 

Les propriétés de cette malheureuse famille vendéenne furent vendues comme biens nationaux au citoyen Pierre Ageron, qui accolera plus tard « la Martinière » à son nom. Ce dernier avait acquis de la même façon le domaine du Landreau, aux Herbiers. On voit bien à qui a profité la Révolution… 

CassiniLes Herbiers sur la carte de Cassini (XVIIIe siècle)
avec les propriétés de la famille Jourdain (encadrées en rouge)