Le 29 nivôse an II (18 janvier 1794), le général Turreau, commandant en chef de l’armée de l’Ouest, présida un conseil de guerre à Doué-la-Fontaine, près de Saumur. Il y présenta à son état-major le plan qu’il avait établi pour parachever la destruction de la Vendée. 

TurreauLe général Turreau, détail du tableau du Musée d'Art et d'Histoire de Cholet
   

Parmi les généraux qui assistaient à ce conseil de guerre se trouvaient ceux à qui allait être confié le commandement des « Colonnes infernales » : Caffin, Cordelier, Crouzat, Grignon, Moulin, Bonnaire, Huché, etc. 

Il faut y ajouter Périot, aide de camp du général Bard, présent lui aussi à ce conseil de guerre, qui en a fait le compte rendu dans sa déclaration à la séance de la Société populaire de Fontenay-le-Peuple (nom révolutionnaire de Fontenay-le-Comte) deux jours après, le 20 février 1794 :

Rapport exact de ce qui s'est passé dans l'assemblée des généraux de l'Armée de l'Ouest à Doué près Saumur où j'ai assisté comme aide de camp du général Bard, commandant la division de Luçon.

Je fais ce rapport en vrai républicain, en homme impartial. Je souhaite que le Comité de Salut Public de la Convention Nationale, à qui je désire qu'il soit envoyé, y trouve des lumières qui ne lui aient pas été transmises.

Le 29 nivôse dernier (samedi 18 janvier 1794), la majeure partie des généraux de l'Armée de l'Ouest s'assembla à Doué, sur la convocation du général en chef Turreau, qui arrivait des Pyrénées (Turreau avait fait un court passage, peu glorieux, à la tête de l’armée des Pyrénées, avant d’être nommé à celle de l’armée de l’Ouest à la fin novembre 1793).

Ce général proposa le plan de tout incendier et tuer dans le territoire dit de la Vendée. Différentes réclamations furent faites par des généraux qui avaient fait la guerre avec succès, qui l'avaient terminée, car il ne restait plus que la bande de Charette et celle de La Rochejaquelein, dispersées et épuisées. Le général n'entendit rien, lui seul prononça.

Pour l'effectuation de son plan, il divisa son armée en douze colonnes.

Il fit ensuite la distraction des postes à conserver ; ils se bornèrent à huit ou dix, pris au hasard sur la carte, avec une légèreté dont il n'y a pas d'exemple (Saint-Florent-le-Vieil, Luçon, Montaigu, La Châtaigneraie, Sainte-Hermine, Machecoul, Challans, Chantonnay, Saint-Vincent, Cholet, Bressuire, Argenton-Château, Fontenay-le-Comte). Fontenay fut du nombre des communes conservées, grâce au général Bard, car sans lui cette ville et ses habitants n'existeraient plus.

Rien n'arrêta le général en chef dans sa détermination. Son secrétaire lui fit une observation très sage, en lui observant qu'il serait convenable de soumettre ce plan au Comité de Salut Public, aux représentants du peuple, avant de passer à l'exécution, qu'ils pourraient avoir quelques réflexions à faire. Le général lui répondit que cela serait trop long et ne finirait pas, qu'il suffisait de leur transmettre l'arrêté pris.

J'avais, ainsi que tous les amis de l'humanité, l'espoir que ce plan ne pouvait être exécuté, à raison d'une des dispositions qui portait que les blés et fourrages seraient soustraits à l'incendie, à la dévastation, et portés sur les derrières des colonnes ; mais il en a été bien autrement, et le seul bon article du plan n'a été exécuté qu'en partie.

Voilà ce que j'ai vu, ce que j'atteste sur mon honneur.
   

D’après l’article de F. Uzureau publié dans L’Anjou historique, 1931, pp. 73-73