Le Courrier de l’Ouest a publié dimanche dernier, dans son édition de Cholet, un article en deux parties sur la famille Rochard, de Chemillé. Le premier sur ses cinq enfants qui se sont mariés un même jour de 1787 ; le second sur les malheurs qu’elle a endurés lors du passage des Colonnes infernales et dans les prisons d’Angers. 

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La fratrie s'est mariée le même jour

Un événement assez rare s'est déroulé à Chemillé le 19 juin 1787. Cinq frères et sœurs de la famille Rochard, fermiers au château de la Sorinière, se sont mariés en l’église Saint-Pierre.

Né en 1724, François Rochard a épousé Jeanne Mussault en novembre 1749. De leur union, à Cossé-d'Anjou sont nés, entre 1751 et 1764, sept enfants dont cinq ont survécu. La famille Rochard s'installe à la Sorinière vers 1780. Le mariage de 1787 concerne trois familles : les cinq enfants Rochard, quatre garçons et une fille, de Saint-Pierre de Chemillé, trois enfants Dailleux, deux filles et un garçon, de Chaudefonds, et deux filles Ogereau, de La Chapelle-Rousselin.

Michel Rochard, né en 1751, épouse Anne Ogereau ; son cadet Jean, né en 1753, épouse Jeanne Dailleux ; François, né en 1755, se marie avec Jacquine Ogereau ; René, né en 1760, épouse Marie Dailleux ; et leur sœur, Renée-Perrine Rochard, née en 1764, prend Jean Dailleux pour époux. Duverdier, seigneur de la Sorinière, possédait des terres sur Saint-Georges-des-Gardes et des vignes sur Chaudefonds.

Pour ajouter du plaisir à cette fête de mariage, à laquelle Duverdier et son épouse étaient témoins, les châtelains donnent une terre à chacun des cinq couples. François et Michel Rochard vont exploiter les terres du Plessis-Macé à Saint-Georges avec les filles Ogereau. Jean Dailleux et Renée-Perrine partent à Chaudefonds avant de revenir comme métayers à Poncier-sur-Chemillé. René et Jean Rochard restent sur place pour exploiter les terres de la Sorinière avec leur père François. L’épouse de ce dernier y est décédée le 15 juin 1791. La famille Rochard vit de son labeur jusqu’au jour où les Guerres de Vendée vont tout déstabiliser… 
   



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Victimes des Colonnes infernales en 1794

Le bonheur familial va s'écrouler, le 24 ou le 25 janvier de lannée 1794. Lors du passage de la colonne infernale de Crouzat à la Sorinière, la ferme  est pillée puis livrée aux flammes. Les fermiers et leurs familles sont massacrés.

À leur arrivée, les soldats républicains massacrent François Rochard, âgé de 69 ans, et ses deux belles-filles : Jeanne Dailleux et sa sœur Marie. Les deux maris, Jean et René Rochard, sont absents. Depuis le début de la guerre, ils combattent auprès de l'Armée vendéenne. René a été réquisitionné pour transporter le ravitaillement aux troupes. Jean a dû rejoindre l'armée de Stofflet. 

La folie meurtrière de la colonne infernale de Crouzat n'épargne pas non plus les cinq jeunes enfants de la famille : ceux nés de l'union de René et Marie : Henriette, âgée de 5 ans et demi, René, 4 ans, et Joseph, 5 mois ; et ceux nés du mariage de Jean et Jeanne : Jeanne, 4 ans et Pierre, 2 ans. Jean Rochard et Jeanne Dailleux avaient aussi donné naissance à des jumeaux en 1788. François-Jean n'est cité dans aucun texte.

Où était-il ? S'est-il caché à l’arrivée des soldats ? Accompagnait-il son père ou son oncle ? On ne sait. Son jumeau, Jean-Louis, était présent et a échappé par miracle à ce massacre.

En 1825, celui qui n'était alors qu'un jeune enfant en ce terrible mois de janvier 1794, a évoqué la terrible journée : « Âgé de seulement cinq ans en 1793, je n'ai pu faire partie de l’Armée royale, mais mon père et une grande partie de ma famille ont combattu. Lors du pillage et de l'incendie de la métairie, j'ai été laissé pour mort par les Républicains. Je conserve une grave blessure à la tête avec l'oreille droite en moins ». Après la Révolution, les frères jumeaux sont devenus métayers à la Sorinière. 

Renée-Perrine et Jean Dailleux, qui habitaient Chaudefonds en 1794, ont perdu trois de leurs enfants lors des Guerres de Vendée : Jean, 6 ans, François, 4 ans et Marie-Jeanne, 2 ans, sont morts à la prison du Calvaire à Angers, où leur mère était emprisonnée. La famille du seigneur de la Sorinière a aussi payé un lourd tribut dans ce conflit : Mme de la Sorinière, Marie de la Dive, a été guillotinée, et deux de leurs filles, qui s'étaient cachées au Longeron, ont été arrêtées et fusillées au Champ des Martyrs. 
   

Article du Courrier de l'Ouest, édition de Cholet, dimanche 21 janvier 2018