Si le nom de Sainte-Mère-Église reste lié à la Seconde Guerre mondiale et au débarquement de juin 1944, il apparaît aussi, plus marginalement, dans l’histoire des Chouans de Normandie, à la date du 29 janvier 1796. 

Sainte Mere EgliseDétail de la pièce cotée SHD B 5/34-71 mentionnant Sainte-Mère-Église
sur le site des Archives de la Vendée

   

Au début de l’année 1796, les Chouans normands mènent plusieurs opérations à travers le département de la Manche : le 2 janvier, ils investissent Torigni-sur-Vire et repoussent les Bleus dans l’église ; le 15, le comte de Ruays livre un combat près d’Avranches et occupe dans la nuit du 24 au 25 la maison commune de La Haye-Pesnel ; le 28, à Villechien, entre Saint-Hilaire-du-Harcouët et Mortain, la division d’Avranches, commandée par l’adjudant général Saint-Quentin, perd une soixantaine d’hommes dans la bataille. 

« Trente Chouans au moins sont venus de Cauquigny… »

Le jeudi 28 janvier 1796 (8 pluviôse an IV), le citoyen Pottier, commissaire du pouvoir exécutif près l’administration municipale du canton de Sainte-Mère-Église (on peut s'étonner que ce nom de commune éminemment suspect n'ait pas été « régénéré » à la mode révolutionnaire), a alerté les administrateurs du département de la Manche en leur signalant la présence de Chouans à Cauquigny (commune rattachée en 1812 à Amfreville).

Il leur réécrit le lendemain (SHD B 5/34-71) : « Trente Chouans au moins sont venus de Cauquigny, commune limitrophe de la nôtre… Ils ont désarmé l’ancien maire… Tout le monde craint ici, et personne ne veut parler et encore moins agir. Enfin la garde nationale refuse le service, l’administration se trouve abandonnée à elle-même… » Pottier semble être le seul à rester ferme à son poste : « J’y périrai, s’il le faut, pour servir ma patrie ». Il conclut en réclamant de la troupe : « Si vous m’envoyez des forces imposantes pour étouffer dans sa naissance le fléau dévastateur qui se propage d’une manière effrayante dans notre pays, vous n’y compterez bientôt plus de patriotes et il deviendra la proie des scélérats qui y font la loi ». 

« Si les Anglais mettent jamais le pied dans la presqu’île,
il sera plus difficile de les en chasser que dedans Toulon.
 »

Le citoyen Desprez, commissaire du directoire exécutif près le canton de Picauville, ne dit pas autre chose, le même jour, aux mêmes administrateurs du département de la Manche (SHD B 5/34-71) : « Nous avons été avertis hier le soir par l’administration de Sainte-Mère-Église que cinq cent devaient nous attaquer cette nuit, nous ne les avons pas vus, mais c’est peut-être que leurs chefs étaient occupés ailleurs et nous n’éviterons pas leur fureur. » Il dénonce lui aussi le fait que le pays soit dégarni de troupes, ajoutant que, « si les Anglais mettent jamais le pied dans la presqu’île, il sera plus difficile de les en chasser que dedans Toulon », en référence au siège de ce port, du 18 septembre au 18 décembre 1793. 

Les manœuvres des Chouans normands vont se poursuivre jusqu’au mois de juin 1796. Bientôt seuls sur le champ de bataille, alors que les derniers généraux vendéens ont péri et que plusieurs chefs chouans ont accepté de se soumettre, ils vont à leur tour déposer les armes au début du mois de juillet. La Chouannerie n’a pas dit pour autant son dernier mot. 

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