Parmi les innombrables victimes des fusillades d’Avrillé, au nord d’Angers, on trouve à la date du 1er février 1794 les noms de trois sœurs originaires de Saint-Lambert-du-Lattay : Gabrielle, Suzanne et Perrine Androuin. 

AndrouinLes noms des sœurs Androuin dans la chapelle du Champ des Martyrs d'Avrillé
   

Elles furent arrêtées le 25 janvier 1794, à une époque où les autorités républicaines avaient repris possession du pays insurgé. Le même jour, la garde nationale mit la main sur six anciens membres du comité catholique et royaliste de Saint-Lambert-du-Lattay, qui furent conduits à Angers, condamnés à mort et guillotinés sur la place du Ralliement le 28 février suivant. 

À Saint-Lambert, les Bleus se sont également emparés de Jeanne Joséphine Bastard, belle-sœur de Gabrielle, Suzanne et Perrine Androuin, ainsi que de Perrine Dion. 

« plus malheureuse que coupable »

Jeanne Joséphine Bastard (« Jeanne Joseph » sur son acte de baptême, « Jeanne Josephe » sur son acte de mariage) est née le 20 mars 1763 à Chalonnes-sur-Loire. Elle était la fille de Toussaint Bastard et Marie Renée Simon. Elle s’était mariée le 17 août 1789 à Chalonnes-sur-Loire avec François René Androuin, né le 15 novembre 1762 à Saint-Lambert-du-Lattay, fils de Jacques René Androuin de La Noyraie, notaire royal, et Gabrielle Travaillé. 

Marchand tanneur, François René avait bien accueilli la Révolution : il était garde national, puis membre de la municipalité de Saint-Lambert-du-Lattay quand le pays se souleva en mars 1793. Il rejoignit les insurgés « par frayeur » déclare Jeanne Joséphine dans son interrogatoire. Il serait mort pendant la Virée de Galerne. Reconnue « plus malheureuse que coupable » et enceinte, Jeanne Joséphine échappa à la mort. On la plaça dans la prison du Bon-Pasteur où elle demeura jusqu’à la fin de la Terreur. 
   

Champ des MartyrsScène des fusillades au Champ des Martyrs d'Avrillé
   

Les trois sœurs Androuin

Gabrielle, Suzanne et Perrine Androuin étaient donc les sœurs de François René Androuin et les filles de Jacques René Androuin et Gabrielle Travaillé : 

Gabrielle Françoise Mathurine Androuin est née le 6 septembre 1755 à Saint-Lambert-du-Lattay. Arrêtée sur dénonciation avec ses deux sœurs, elle fut conduite à Angers le 26 janvier 1794 et subit un interrogatoire à la prison du Calvaire : elle est reconnue comme sœur d'un prêtre réfractaire (Jacques François Androuin, né le 5 avril 1754 à Saint-Lambert-du-Lattay, aumônier à l'hôpital Saint-Jean à Angers et décédé sous la Terreur), qui a suivi « les brigands » et qui, au temps de la Saint-Jean, est venu la voir ainsi que toute la famille. Elle a assisté à la messe qu'il a dite en l'église de Saint-Lambert. Elle lui a donné retraite plusieurs fois. D'autres prêtres comme lui venaient la visiter, ce qui a donné lieu à son arrestation et qui entraîne sa condamnation à mort par un simple « F » noté en marge de l’interrogatoire. 

Suzanne Androuin est née le 16 mars 1757 à Saint-Lambert-du-Lattay. Elle est elle aussi incarcérée et interrogée le 26 janvier 1794 : elle a vu au temps de la Saint-Jean le nommé Hermenot qui logeait chez elle (Pierre Hermenot, aumônier de l'hôpital Saint-Jean d'Angers, originaire de Saint-Michel-la-Palud, condamné à mort comme prêtre insermenté et guillotiné sur la place du Ralliement le 1er janvier 1794 à l'âge de 36 ans).  

Perrine Androuin est née le 31 août 1760 à Saint-Lambert-du-Lattay. Emprisonnée et interrogée dans les mêmes conditions que ses sœurs, elle reconnaît qu'elle a logé un prêtre réfractaire, qu'elle croit se nommer Benoist, pendant un jour. 

Avec elles a été arrêtée Perrine Dion, femme de René Audineau, journalier, passé avec les brigands, laquelle a été dénoncée comme suspecte par Jean Hérard, boucher. 
   

Champ des MartyrsPlaque posée dans l'enclos de la Haie-aux-Bonshommes le 1er février 1997
      

Béatifiées par le Pape Jean-Paul II

À l’exception de Jeanne Joséphine Bastard, les quatre femmes seront exécutées lors de la 7e fusillade à Avrillé, le 1er février 1794. Les trois sœurs Androuin compteront parmi 99 Martyrs d'Angers béatifiés par le Pape Jean-Paul II le 19 février 1984. 

Un mystère demeure : l’abbé Gruget, dans son livre Les fusillades du Champ des Martyrs, inscrit les noms des trois sœurs Androuin sur la liste de la « prison du Calvaire (f° 215), 7 pluviôse an II ». Or, le 7 pluviôse an II correspond au 26 janvier 1794. Et pourtant on trouve traditionnellement ces noms dans la liste des victimes de la 7e fusillade en date du samedi 1er février 1794, comme on peut le voir sur les plaques scellées dans les murs de la chapelle du Champ des Martyrs d’Avrillé. 

Un petit frère républicain

Le dernier membre de la fratrie, Barthélémy Marie Androuin, né le 17 avril 1766 à Saint-Lambert-du-Lattay, fit des études de droit. Plutôt favorable à la Révolution, apparemment sans verser dans les excès ni les crimes, il participa à la municipalité républicaine de Saint-Lambert-du-Lattay. On trouve d’ailleurs sa signature dans le registre d’état civil de la commune à la fin de l'année 1793. Barthélémy Androuin sera même élu maire de la commune sous l’Empire. Il mourut le 25 juin 1821.