Le Courrier de l’Ouest a publié aujourd’hui, dans son édition de Cholet, un entretien avec Tanneguy Lehideux, avocat à Châteaubriant et auteur d’une biographie de Scépeaux « général chouan oublié ».

ScepeauxArticle de Gabriel Boussonnière pour Le Courrier de l'Ouest, 
édition de Cholet, jeudi 8 février 2018
   

Parmi tous les chefs insurgés qui ont combattu le pouvoir républicain durant les guerres de Vendée (1793-1796), le vicomte de Scépeaux est sans aucun doute un des plus méconnus. Un oubli réparé par Maître Tanneguy Lehideux, avocat à Châteaubriant, qui publie aux éditions choletaises Pays & Terroirs une biographie très fouillée de ce général chouan né et mort à Angers. 

Qu'est-ce qui vous a amené à vous intéresser à Scépeaux ? 

Tanneguy Lehideux : « Ma grand-tante, une paysanne née dans la région de Châteaubriant en 1895, me racontait l'histoire des Chouans et de mon ancêtre Terrien Cœur de Lion dont elle a rencontré le fils. En 2009, j'ai donc consacré un livre à ce Terrien Cœur de Lion qui était sous les ordres de M. de Scépeaux. C'est ce qui m'a amené jusqu'à lui. »

Comment définiriez-vous le général de Scépeaux ? 

« C'est un homme qui a sacrifié beaucoup à la cause monarchique puisqu'il a perdu son enfant de deux ans et sa fortune a été très écornée. De plus, les Bourbons ont été très ingrats avec lui à leur retour. Il a été nommé maréchal de camp en 1795 par Louis XVIII et lieutenant-général, le grade qui correspondrait aujourd'hui à général de division, en février 1796. Mais ce grade n'a pas été reconnu à la Restauration parce qu'il n'avait plus les papiers pour le prouver. Scépeaux a demandé à plusieurs reprises qu'on valide ses 20 ans de service mais ça lui a été refusé. » 

Ses racines sont angevines…

« Il est né à Angers dans l'hôtel particulier que possédait son père, rue Saint-Martin, lequel avait aussi le château de Bois-Guignot à Bécon-les-Granits. Sa mère est une créole issue de la grande bourgeoise de Saint-Domingue où elle avait une très grosse fortune. Elle a tout perdu avec la Révolution française. »

Quel a été son rôle durant la contre-révolution dans l’Ouest ? 

« Dans un premier temps, en mai 1793, il se met sous les ordres du général de Bonchamps, son beau-frère. Comme Scépeaux a une formation militaire, Bonchamps lui confie la gestion des compagnies angevines dans les compagnies bretonnes et angevines, seule armée régulière des Vendéens. Il va commander à peu près six divisions. » 

Scépeaux a été très présent à Cholet…

« En effet, il a vécu à Cholet de mai 1793 jusqu'à la Virée de Galerne en octobre de la même année. Il y formait les soldats de l'Anjou tandis que son cousin d'Autichamp s'occupait des Bretons. Scépeaux a participé à toutes les batailles jusqu'à la défaite de Cholet le 17 octobre 1793. » 

Que devient-il au moment de la Virée de Galerne ? 

« Quand Bonchamps meurt près de Saint-Florent-le-Vieil, lors de la Virée de Galerne, Scépeaux est rattaché à Stofflet. Il va se battre à ses côtés. Il aura un rôle important à la bataille du Mans où il tient en respect les soldats républicains. Il a permis à des milliers de Vendéens de fuir par la route de Laval. Ce qui lui a donné une certaine renommée parce que tous ces gens lui doivent la vie. Blessé au Mans, il se réfugie dans une ferme à Bécon-les-Granits. »

Il avait un poids important ?

« Comme il a une relation directe avec Stofflet et du fait de sa position entre Ancenis et Angers, Scépeaux fait le lien entre les colonels chouans du nord de la Loire et le sud de la Loire. Lorsque les combats reprennent après la signature de la paix de la Jaunaye en 1795, Scépeaux est élu général d'une armée de 15.000 hommes qui allait de Nantes jusqu'au Mans. Il avait un poids militaire et politique important. » 

Pourtant son nom est aujourd'hui oublié… 

« En 1796, Scépeaux n'a plus de munitions ni d'argent. Il voit les exactions dans les campagnes ou les républicains attrapent la population et la fusillent sans merci. Il faut savoir qu'en trois ans, 10 % des habitants ont été rayés de la carte. Soit ils ont été exterminés, soit ils ont fui. Scépeaux va donc accepter de négocier un traité de paix avec le général républicain Hoche. Il lui sera reproché d'avoir déposé les armes et de ne pas avoir poursuivi la guerre jusqu'à la mort comme Charette ou Stofflet. C'est pour cette raison qu'il a été discrédité. Lors de la 3e révolte en 1799, le comte de Paris lui retire le commandement de son armée. En 1809, il s'engage dans les armées de Napoléon, ce qui n'arrange pas son cas. D'autres ont pourtant fait la même chose que lui mais il est seul à être brimé par les Bourbons parce qu'on lui reproche la paix de 1796. »
   

Tanneguy Lehideux, Scépeaux, le général chouan oublié, éditions Pays & Terroirs, 422 pages, 20 € (il existe un tirage relié, limité à 93 exemplaires numérotés, disponible au prix de 35 €). En vente en librairie et sur commande à www.general-de-scepeaux.ovh. Renseignements : 02.41.65.64.80.

L'auteur sera en dédicace samedi 17 février 2018 au Passage culturel, à Cholet (place Travot) de 15h00 à 18h00.  

Scepeaux