Un an après le passage des Colonnes infernales, la vision républicaine de la Vendée insurgée a radicalement changé quand on compare deux lettres datée du 15 avril. « Ces pays qui ne valent rien » le 15 avril 1794 sont devenus dans le regard des représentants en mission, le 15 avril 1795, « un des beaux pays de la république française » dont les élus déplorent l’état de ruine. 

AD85En-tête de la lettre des représentants du peuple à la Convention,
en date du 26 germinal an III (15 avril 1795) 

   

Dans une lettre en date du 26 germinal an II (15 avril 1794), les représentants Hentz et Francastel – qui exercent depuis Angers une tyrannie qui n’a rien à envier à celle de Carrier à Nantes – fustigent les menées contre-révolutionnaires qu’ils perçoivent dans les villes pourtant réputées patriotes, et jusque dans l’armée, les sociétés populaires et les autorités constituées civiles et militaires. « Ces pays depuis Parthenay jusqu’aux Sables ne valent rien, écrivent-ils. L’esprit le plus mauvais domine… En un mot, ce pays est aussi éloigné du républicanisme, que le ciel l’est de la terre ! » Les deux députés n’auront d’ailleurs de cesse de réclamer que ce pays soit purgé de la « race infernale » qui l’occupe (lettre de Francastel du 20 février 1794). 

Le ton a radicalement changé un an après, à la faveur de la chute de Robespierre, dans la correspondance d’autres représentants moins extrémistes et majoritairement issus des départements touchés par l'insurrection vendéenne : Menuau, Delaunay, Bézard, Morisson, Dornier et Lofficial (1). Leur lettre a été rédigée le 26 germinal an III (15 avril 1795), à une époque où les républicains, profitant de la paix signée avec Charette le 17 février à la Jaunaye, ont concentré leurs forces contre l’armée de Stofflet. En pénétrant dans les Mauges, les députés découvrent un pays ravagé par les Colonnes infernales : « C’est par des actes de bienfaisance qu’il faut réparer les malheurs qu’un système de dévastation, de pillage et d’incendie ont multipliés d’une manière affligeante. Les anciennes villes, les bourgs, les hameaux et les fermes isolées ne représentent que des monceaux de cendres et des décombres. L’humanité aura longtemps à gémir de l’état de destruction où se trouve actuellement un des beaux pays de la république française… » Cette lettre a été envoyée à la Convention, à cette même assemblée qui avait voté en août et octobre 1793 les décrets appelant à la destruction de la Vendée, mais qui n’en a conçu aucun remords. 

Les deux lettres sont consultables librement sur le site des Archives de la Vendée, la première (15 avril 1794) sous la cote SHD B 5/11-39, la seconde (15 avril 1795) sous la cote AN D III 348-29. Saluons une fois encore la mémoire de Jacques Hussenet sans qui l’accès libre à toutes ces sources numérisées n’aurait pas été possible. 
   


(1) Henri Menuau (1748-1810), député du Maine-et-Loire – Pierre Marie Delaunay (1755-1814), député du Maine-et-Loire – François Siméon Bézard (1760-1849), député de l'Oise – Charles Louis Morisson (1751-1817), député de la Vendée – Claude Pierre Dornier (1746-1807), député de la Haute-Saône – Louis Lofficial (1751-1815), député des Deux-Sèvres.