Une lettre datée du 9 mai 1793 à Nantes, consultable sur le site des Archives de la Vendée, témoigne du passage de soldats républicains dans les rangs vendéens. Deux jours avant, ils sont en effet 350 Bleus à rallier le drapeau blanc après la victoire de Charette à Saint-Colombin. 

9 mai 1793 1 « 274 hommes du 77e régiment d’infanterie viennent de passer du côté des brigands amenant avec eux drapeau, canon, caissons et la caisse à St Colombin petit bourg à côté de Machecoul. » (A.D. 85, SHD B 5/4-33)
   


Chassé de son quartier général de Legé par une offensive républicaine ordonnée par le général Canclaux, Charette s’est replié sur Rocheservière le 4 mai 1793. Il se porte alors vers Montaigu, afin d’obtenir un soutien de Royrand, commandant en chef de l’armée du Centre. Ce dernier, peut-être influencé par l’hostilité de Madame de Goulaine et de Vrignaud (1) à l’égard du « cadet de marine » (2), lui fait savoir qu’il ne souhaitait pas sa venue. 

Mal reçu à Vieillevigne où les habitants refusent de loger ses hommes, Charette préfère s’en détourner pour établir son bivouac un peu plus au nord, dans la lande de Bouaine. La nouvelle de l’arrivée des Bleus à Saint-Colombin et à Pont-James, sur la Boulogne, non loin de sa position, le résout à passer à l’attaque au petit matin du 7 mai. 

Charette

L’endroit est défendu par un bataillon du 4e régiment d’infanterie (ci-devant Provence) et un détachement du 77e régiment d’infanterie (ci-devant La Marck, dont le recrutement était alsacien), sous les ordres du commandant Laborie.

Les rapports républicains sur ce combat restent peu diserts, au contraire des auteurs favorables aux Blancs. René Bittard de Portes, biographe de Charette (3), écrit ainsi (p. 67) que « la colonne vendéenne (4) se précipite dans le bourg en criant : “Vive le Roi ! Vive Charette !” Les soldats républicains voient en tête des assaillants leurs camarades portant la cocarde blanche ou le Sacré-Cœur ; la plupart se laissent entourer et désarmer sans résister ; quelques-uns s’enferment dans les maisons ; on les menace de les enfumer, ils se rendent, livrant avec leurs armes leur drapeau, une pièce de canon et la caisse du régiment. Un petit nombre put s’échapper et gagner Saint-Philbert(de-Grand-Lieu) en passant la rivière à la nage ».

9 mai 1793 2

Les Archives du S.H.D. (Service historique de la Défense), consultables sur le site des Archives de la Vendée, conservent une lettre (ci-contre, cliquez sur l'image pour l'agrandir) qui témoigne de ce passage de soldats républicains dans les rangs vendéens (ce qui n’était pas rare au début de la guerre) : « 274 hommes du 77e régiment d’infanterie viennent de passer du côté des brigands amenant avec eux drapeau, canon, caissons et la caisse à St Colombin petit bourg à côté de Machecoul. De tous côtés nous sommes trahis. Si l’assemblée (la Convention) ne remédie pas au mal, nous sommes dans la perplexité du malheur ; on nous a envoyé des hommes qui ne convenaient pas. » (SHD B 5/4-33)

Charette fait ce jour-là 350 prisonniers, les deux tiers appartenant au 4e régiment d’infanterie, le reste au 77e. Le chef vendéen leur en impose avec sa fière prestance et son écharpe blanche. « Il leur parla du roi qu’ils avaient servi les uns et les autres au bon vieux temps, leur promit de bien les traiter » (Bittard des Portes, p. 68). Certains soldats du 4e repasseront plus tard sous le drapeau républicain ; les Alsaciens du 77e resteront en revanche fidèles jusqu’à la fin au drapeau blanc (5). 

Saint-ColombinLocalisation des lieux cités sur une carte du département de la Loire-Inférieure (1790)
    

  1. Gabriel Esprit Vrignaud, sur lequel Madame de Goulaine, farouche adversaire de Charette, avait pris de l’ascendant, commandait les insurgés de la division de Vieillevigne (Revue du Souvenir Vendéen n°282, hiver 2017, pp. 66-68 – Madame de Goulaine, celle qui donna du fil à retordre à Charette, Lettre de Vérité pour la Vendée n°48, décembre 2016, p. 9).  
  2. Surnom donné à Charette par des adversaires vendéens. 
  3. René Bittard des Portes, Charette et la Guerre de Vendée, 1902 ; réédition Pays & terroirs, Cholet, 2017, 626 pages, 20 €.
  4. Laborie évalue l’ennemi à 3.000 hommes de pied et 60 cavaliers, ce qui est manifestement exagéré. 
  5. Bittard des Portes parle du 72e régiment, mais c’est bien le 77e, ancien régiment de La Marck, dont il est question.