Membre de la Commune de Paris, le citoyen Bodson a reçu la mission, à l’été 1793, de diffuser le texte de la nouvelle Constitution de l’an I dans les départements de Maine-et-Loire et de Loire-Inférieure. Sa lettre datée du 14 août donne un aperçu de la situation militaire et surtout de l’état d’esprit de la population.

AN F1a 550-1Extrait de la lettre de J. Bodson, 14 août 1793 (AN F1a 550-1)
   

Joseph Bodson a été chargé par le ministre de l’Intérieur de parcourir les départements de Maine-et-Loire et de la Loire-Inférieure, en juillet et août 1793, à la suite des armées des Côtes de Brest et de La Rochelle, pour y répandre la Constitution « parmi les citoyens égarés ». Parmi sa correspondance rassemblée dans le fonds des Archives nationales consultable sur le site des Archives de la Vendée (1), se trouve une lettre instructive quant à l’état d’esprit des habitants, en date du 14 août.

Bodson indique tout d’abord, sans grande surprise, que la Constitution a été généralement acceptée dans ces deux départements, « exceptés par les communes qu’occupent les rebelles ou celles qu’ils avoisinent de trop près ». La guerre et surtout « le peu de succès de nos armées » ont limité l’exécution de sa mission. 

« Une très grande partie des citoyens des départements
environnants la Vendée sont fatigués de la Révolution… »

S’étant attaché à sonder l’opinion publique, il peut affirmer « qu’une très grande partie des citoyens des départements environnants la Vendée sont fatigués de la Révolution ». Une note inscrite en marge de ce texte indique que « nombre de militaires de différents grades ne craignent pas de dire publiquement que la République était une belle chimère, qui ne pouvait exister en France ».

L’essentiel de sa lettre dénonce, comme il est d’usage dans cette littérature, les malheurs qui prolongent la guerre, la « scélératesse de tous partisans de l’ancien régime », l’intrigue, la cupidité et les excès d’une partie des armées, en particulier « les généraux et autres agents qui se disent sans-culottes et qui rappellent aux yeux de tous les citoyens les abus de l’ancien régime, traînant avec eux, jusqu’au milieu des armées, une suite somptueuse, des femmes, des enfants, des valets ».

Il peut en témoigner pour avoir « vu un général sortir de Saumur pour rejoindre l’armée, non seulement suivi d’un brillant état-major et d’une cavalcade nombreuse, mais d’une voiture à six chevaux pour sa femme, accompagnée d’une forte cavalerie ». Il n’est d’ailleurs pas tendre avec les généraux, notant « que dans plusieurs affaires, on ne vit aucun des principaux chefs » et donnant de la déroute qui vient d’avoir lieu le 26 juillet 1793 aux Ponts-de-Cé, un tableau peu glorieux. 
   


(1) sous la cote AN F1a 550-1 dans le fonds des Archives de la guerre de Vendée conservées aux Archives nationales :
– sous-série F1 Ministère de l'Intérieur 
– F1a : Administration générale 
– F1a 550-551 : Commissaires observateurs envoyés par le Comité de Salut public (550 : Bodson, 551 : Petiot)