Fleuron du patrimoine des Mauges et témoin malheureux des Guerres de Vendée, le château du Cazeau sort de l’oubli grâce aux travaux de sauvegarde engagés par son propriétaire, Michel de Roincé, qui en proposera la visite guidée pour les Journées du Patrimoine.

Le Cazeau 1Vue depuis le côté ouest sur la grosse tour ronde et le châtelet 
(voir l'album photo au bas de l'article)

   

Situé en bordure de la vieille route de Cholet au May-sur-Èvre, le château du Cazeau formait un quadrilatère fortifié bâti au XVe siècle, entouré de douves et gardé à chaque angle par une tour ronde. On y accédait par un pont dormant, dont il reste une pile, menant à une tour carrée, le châtelet, qui commandait un pont-levis. 

Cadastre CazeauLe château du Cazeau sur le cadastre du May-sur-Èvre (1834). On distingue en jaune les parties ruinées (le logis) et en rose les parties encore préservées (notamment le châtelet et la tour de la chapelle).
   

À l’époque de la Révolution, le château appartenait à Gabriel-Louis de Villeneuve (1). Né au May le 17 août 1722, il avait 71 ans lorsqu’il suivit l’armée vendéenne dans sa virée d’outre-Loire. Il périt sur le chemin du retour, à Blain, le 18 novembre 1793 selon Célestin Port, ce qui est peu probable étant donné qu’à cette date les Vendéens sont engagés dans la bataille de Pontorson et qu’ils ne passeront à Blain que le 19 décembre.

Le second d’Henri de La Rochejaquelein

Son fils, Louis-Augustin de Villeneuve du Cazeau, prit part au soulèvement vendéen dès mars 1793. Madame de La Rochejaquelein en parle à plusieurs reprises dans ses Mémoires. Ancien séminariste, il aurait été le condisciple de Guillot de Folleville – le prétendu « évêque d’Agra » – qu’il reconnaît après la prise de Thouars le 5 mai 1793. Cet officier « parmi les plus braves » se signala lors de plusieurs combats, comme à Vihiers le 18 juillet, où il faillit mettre la main sur le représentant Bourbotte, et le 18 septembre à Coron contre Santerre.

Pendant la Virée de Galerne, il reçut le commandement de la division de La Rochejaquelein, dont il avait été le second. Blessé au siège de Granville, il aurait été capturé et condamné à mort à Nantes le 17 janvier 1794. C’est du moins ce qu’affirmaient les historiens jusqu’à ce que les « Chercheurs et Curieux » de la Revue du Souvenir Vendéen (2) ne découvrent son homonyme : c’est en fait un certain « Louis-François Villeneuve, 36 ans, né à Seiches-sur-le-Loir, qui a commandé les brigands depuis le mois de mars » qui fut condamné à mort à Nantes à cette date. Il faut chercher loin, très loin, pour retrouver où est mort Louis-Augustin de Villeneuve du Cazeau : aux Trois-Ilets, en Martinique, le 25 juin 1818. Il reste à reconstituer son parcours de 1793 à 1818…

Quand le château du Cazeau a-t-il été incendié ?

À la fin de la guerre, le château du Cazeau n’était plus que ruines. Les Bleus l’avaient incendié à une date encore imprécise. On sait par le témoignage de Danican (3) que le bourg du May fut livré aux flammes dans la nuit du 17 au 18 octobre 1793 par l’armée républicaine lancée à la poursuite des Vendéens vers la Loire. Le Cazeau fut-il compris dans l’incendie ? Ou bien cela fut-il l’œuvre de la colonne infernale de Crouzat à la fin janvier 1794, ou encore de celle de Cambray en juin de la même année ? (4)

Le braiser consuma non seulement le mobilier et les objets de valeur du Cazeau, mais aussi ceux du Boistissandeau qui y avait été transportés en 1792 et qu'on croyait plus en sûreté ici. 

Du château ne demeuraient que le châtelet, deux tours rondes et quelques pans de murs envahis par la végétation. La tour formant l’angle sud-est a disparu : elle abritait la chapelle comme le rappelle une pierre gravée portant la date de 1794 pour indiquer sa destruction. Côté sud, la tour qu’on voyait encore coiffée d’un toit conique à la fin du XIXe siècle (ci-dessous), n’est plus qu’un mur arasé.

Le Cazeau 21Le château tel qu'il apparaissait encore à la fin du XIXe siècle (A.D. 49, 11 Fi 4532). De la tour ronde au premier plan ne reste aujourd'hui que la base de la maçonnerie. 
   

En 1880, la grande cheminée Renaissance encore visible sur une gravure ancienne (ci-dessous) fut démontée, puis transportée au château du Boistissandeau, près des Herbiers, ce qui sauva ce chef-d’œuvre de sculpture (qu’on peut voir dans cet article).

Le Cazeau 20Le château du Cazeau, gravure extraite de l’ouvrage de V. Godard-Faultrier L’Anjou et ses monuments, t. Ier (A.D. 49, 11 Fi 4528). Cette représentation permet de situer la grande cheminée sur le pignon du logis qui était attenant au châtelet. 
   

Deux journées pour découvrir le Cazeau

Michel de Roincé, son actuel propriétaire (5), a entrepris de sauvegarder ce qui pouvait l’être encore, à commencer par le châtelet. Les travaux qu’il y a menés, avec le soutien de la Fondation du Patrimoine, ont mis hors d’eau ce bâtiment formé de trois niveaux, chacun orné d’une cheminée, desservis par un escalier en hélice placé dans une tourelle en briques accolée à l’un des angles.

Il reste encore beaucoup à faire pour préserver les parties restantes, en particulier la grosse tour ronde qui présente un plan carré à l’intérieur et qui conserve de grandes ouvertures en pierre de tuffeau. On y remarque également la console d’une poivrière aujourd’hui disparue.

Le site sera ouvert pour les Journées du Patrimoine, le samedi 15 et dimanche 16 septembre 2018. Des visites guidées seront proposées pour en faire le tour. Une saynète sera jouée d’autre part, avec le château comme décor, pour évoquer l’histoire du Cazeau. Un rendez-vous à ne pas manquer pour tous les amoureux du patrimoine des Mauges ! 

  • Samedi : inauguration du panneau informatif sur l'histoire du château (10h30), visite guidée du château (15h00), saynète évoquant l'histoire du Cazeau jouée par la troupe Espace Del Mayor (16h30).
  • Dimanche : visite guidée de l'église du May (10h30), visite guidée du château du Cazeau (15h00).
  • Entrée gratuite. Avec l'association May…moire
      

Notes : 

  1. Gabriel-Louis de Villeneuve épousa à Angers, paroisse Notre-Dame de l’Esvière, le 28 août 1748, Élisabeth des Herbiers de L’Étenduère, dont il eut un fils, Louis-Augustin, né au May le 28 février 1756, et une fille, Marie-Charlotte-Élisabeth, qui épousera Louis-François de Hillerin, du Boistissandeau, le 20 septembre 1773 à Ardelay. 
  2. Réponse à la question n° 561 dans la Revue du Souvenir Vendéen n° 213 (décembre 2000), pp. 49-50.
  3. Auguste Danican, Les Brigands démasqués ou Mémoires pour servir à l’histoire du temps présent, Londres 1796, note des pages 161-162 : « Un cavalier bourgeois de Saumur ou d’Angers, fit entrer le général l’Echelle (commandant en chef de l’armée de l’Ouest) dans une maison qu’il avait au May, superbe bourg ; son épouse qui était restée chez elle, offrit à l’Echelle un poulet & d’excellent vin, & pendant que le mari faisait préparer le dîner, la colonne passait & incendiait partout. Le cavalier bourgeois qui était de l’escorte de l’Echelle, eut la douleur de voir brûler sa propriété, pour prix de son républicanisme & de son dîner. »
  4. D'après une information fournie par Pierre Gréau (mise à jour du 27 août 2018), le château aurait été incendié au début de l'année 1794. En effet, une liste d'habitants du May réfugiés à Nantes (Archives Municipales de Nantes, I2 C56 D6) indique que ceux-ci ont rejoint Nantes le 1er pluviôse (20 janvier 1794) ou le 14 pluviôse (2 février 1794), en particulier les sœurs de Hillerin qui devaient habiter le château du Cazeau (qui, par conséquent, n'a pas dû brûler avant). 
  5. Il en a hérité de sa mère dans les années 80. 
       

Quelques photos du château prises jeudi dernier : 

Le Cazeau 2Le châtelet

Le Cazeau 3La grosse tour ronde côté ouest

Le Cazeau 4Le pignon du châtelet et le bel appareil de brique au sommet de la tour d'escalier

Le Cazeau 5La pierre gravée indiquant la destruction de 1794
à l'emplacement de l'ancienne chapelle

Le Cazeau 6Le châtelet et ses belles fenêtres aux linteaux sculptés 

Le Cazeau 7La cheminée du rez-de-chaussée du châtelet

Le Cazeau 8La dernière marche de l'escalier 

Le Cazeau 9Vues depuis le dernier niveau du châtelet

Le Cazeau 10L'escalier en hélice

Le Cazeau 11Le châtelet

Le Cazeau 12Le porche du châtelet, côté cour

Le Cazeau 13Les ruines du côté de la grosse tour ronde

Le Cazeau 14Un vestige de poivrière (à gauche) et l'intérieur de la grosse tour ronde

Le Cazeau 15Vues intérieures des ruines, côté grosse tour ronde

Le Cazeau 16La grosse tour ronde vue du côté sud

Le Cazeau 17Dernière image avant de quitter le Cazeau
Rendez-vous les 15 et 16 septembre 2018 !