Une ancienne tombe du cimetière des Landes-Genusson porte une plaque au nom de Charles-Henri de La Roche-Saint-André, décédé au manoir de Chambrette en 1836, qualifié de « brave guerrier, chrétien fidèle ». 

Les Landes-Genusson 2La plaque sur la tombe de Charles-Henri de La Roche-Saint-André
(photo Jean-Christophe Mênard)

   

La famille de La Roche Saint-André fut particulièrement éprouvée par les Guerres de Vendée. Elle fournit à l’insurrection plusieurs officiers, et non des moindres, et paya le prix fort par le nombre de ses membres tués sur les champs de bataille ou exécutés par les révolutionnaires.

Celui dont on trouve la tombe au cimetière des Landes-Génusson, Charles-Henri (1) de La Roche-Saint-André, est né à Montaigu (paroisse Saint-Jean-Baptiste) le 11 mars 1765. Il était le fils de Charles de La Roche-Saint-André, seigneur de Chambrette, et de sa troisième femme, Henriette-Marquette Goulard (2). Il n’avait que deux ans lorsque sa mère mourut à l’âge de 24 ans (le 5 mars 1767), peu après la naissance de son frère Victor-Alexandre (le 28 janvier 1767). Quelques mois plus tard son père se remaria pour la quatrième fois (3).

Les deux jeunes garçons furent alors confiés à leur sœur aînée, Henriette-Jude-Félicité, qui avait épousé Gabriel Robineau, seigneur de la Barillière près de Montaigu, où ils passèrent leur jeunesse (4). 

Les Landes-Genusson 1La tombe de Charles-Henri de La Roche-Saint-André (photo J.-C. Mênard) 
   

Une carrière dans la Marine royale

Suivant les traces de ses illustres parents, les La Roche-Saint-André et les Du Chaffault, Charles-Henri se sentit attiré très tôt par la course en mer et fut admis dès l’âge de dix ans, en 1777, aux gardes de la Marine comme aspirant (5).

Reçu garde de la Marine le 3 avril 1779, il fut affecté sur un gros vaisseau de quatre-vingts canons, le Duc de Bourgogne, commandé par le chef d’escadre Charles d’Arzac de Ternay. Et le 2 mai 1780, l’escadre composée de huit vaisseaux de ligne et de quelques frégates, escortait trente-six vaisseaux de transport. Charles-Henry n’avait que quinze ans, mais il faisait déjà partie de l’état-major du chef d’escadre.

Le 11 juillet 1780, le convoi arrivait devant Newport dans le Rhode-Island, après quelques accrochages avec des vaisseaux anglais. Au cours de ce séjour en Amérique, Charles-Henri participa à la guerre d’indépendance américaine. Il regagna la France à moins de vingt ans en 1784. Après nouvelles campagnes, il fut promu au grade de lieutenant de vaisseau en 1786.

Le 19 avril 1790, il épousait dans la chapelle de Meslay (6), à La Guyonnière, Constance-Augustine du Chaffault (1772-1799)(7), petite-fille du célèbre amiral du Chaffault, le vainqueur d’Ouessant (8). Elle était sa nièce à la mode de Bretagne, puisque l’amiral du Chaffault avait épousé Pélagie de La Roche Saint-André, la tante de Charles-Henri.

OuessantLa bataille d'Ouessant (27 juillet 1778) victoire française sur les Anglais
pendant la guerre d'indépendance américaine

   

De l’émigration à la dernière Guerre de Vendée

Quand éclata la Révolution, Charles-Henri de La Roche-Saint-André, rejoignit l’armée des Princes, début 1792, comme beaucoup d’officiers de la Marine. Il s’embarqua quelque temps après pour Angleterre afin d’aider le comte d’Hector, de Saint-Georges-de-Montaigu, à préparer le débarquement de Quiberon, auquel il participa à l’été 1795 sous le commandement du chef d’escadre Paris de Soulange, de Saint-Hilaire-de-Loulay.

Blessé d’une balle à l’épaule droite, le 16 juillet 1795, pendant que son frère Victor-Alexandre eut une jambe emportée et fut sauvagement massacré sur le champ de bataille, Charles-Henri parvint à rembarquer sur un chasse-marée et regagna l’Angleterre. Il y fut fait chevalier de Saint-Louis au début de 1796. Il ne revint en France qu’avec l’expédition du marquis de Sérent, qui prit terre dans la baie de Cancale dans la nuit du 15 au 16 mars 1796. Le récit de cet épisode rapporté par Charles-Henri lui-même est conservé au Public Record Office à Kew.

C’est lors de ces journées où il fut pourchassé par les soldats de la République que deux jeunes paysannes le recueillirent avec leur barque dans les marais de Dol. Charles-Henri se rendit ensuite auprès du général chouan de Puisaye, et passa avec Rochecotte dans l’armée royale du Maine où il resta jusqu’en juillet 1798. Il rejoignit ensuite le général vendéen Constant de Suzannet.

À ses côtés, il participa aux dernières années de la Guerre de Vendée. Nommé commandant de la division de Montaigu, il assiégea cette ville sans succès dans les premiers jours de novembre 1799 et, quoique blessé à une jambe, il réussit à faire replier sa troupe sur Beaurepaire. Il prit part à la signature de la paix de Pouancé le 24 novembre 1799. 

Une retraite à Chambrette

Quand sa fille Pauline (1797-1882) se maria à Charles-Marie de Suyrot (1787-1880) en 1816, Charles-Henri de La Roche-Saint-André lui donna en dot la terre de la Gastière en Chambretaud, et se retira à Chambrette, dans le gros pavillon carré, sommé d’échauguettes, incendié par les Colonnes infernales et restauré par lui, aujourd’hui disparu (illustrations ci-dessous).

Élu député de la Vendée à deux reprises sous la Restauration, il siégea du 13 novembre 1822 au 24 décembre 1823, puis du 25 février 1824 au 5 novembre 1827. 

Charles-Henri de La Roche-Saint-André acheva sa vie dans son logis de Chambrette (9) le 20 juin 1836, âgé de 71 ans. Il fut inhumé dans le cimetière des Landes-Genusson. C’est là que Jean-Christophe Mênard, gérant des éditions Pays et Terroirs à Cholet, a retrouvé et photographié la tombe de ce brave guerrier vendéen. 

CPA ChambretteChambrette au début du XXe siècle

ChambretteLe donjon de Chambrette n'existe plus aujourd'hui 
(photo Jean-Christophe Mênard, 2010) 
   

D’après Jean Lagniau, Le dernier seigneur de Chambrette, La Fin de la Rabinaïe, n°91 (mai 1993)


Notes : 

  1. Ses prénoms sont parfois inversés (Henri-Charles) pour ne pas le confondre avec son demi-frère (1774-1849) issu du 4e mariage, lui aussi officier, membre de l’état-major de Charette, puis de Suzannet. Je m'en tiens ici à l'orthographe de ses actes d'état civil et de sa plaque funéraire. 
  2. Son 2e prénom « Marquette » est ainsi indiqué sur ses actes de baptême, mariage et décès, mais souvent retranscrit « Marguerite ». Originaire des Lucs-sur-Boulogne, elle était la fille du seigneur du Retail. Elle s’est mariée avec Charles de La Roche Saint-André le 10 octobre 1763 à Saint-Pierre du Grand-Luc. 
  3. Le 20 octobre 1767 à Nantes avec Marie-Élisabeth d’Escorches de Sainte-Croix.
  4. Henriette-Jude-Félicité de La Roche-Saint-André et son mari auraient été massacrés par les soldats de la colonne infernale de Cordelier le 12 mars 1794.
  5. Les dates diffèrent chez les auteurs : Jean Lagniau écrit « 1775 », J. Crétineau-Joly « 1777 », ce qui est exact (Histoire de la Vendée militaire, t. V, p. 53). Ce dernier cite Charles-Henri de La Roche-Saint-André en tête de la division de Montaigu, dans l’armée de Suzannet : « chevalier de Saint-Louis, blessé deux fois grièvement, homme distingué sous tous les rapports ».
  6. On trouve dans la chapelle de Meslay (en triste état !) une plaque en mémoire de Louis-Joachim de La Roche Saint-André, oncle de Charles-Henri, ancien vicaire général de Dax, guillotiné à Nantes le 20 décembre 1793.
  7. À l'automne 1793, sans nouvelles de son mari, Constance-Augustine du Chaffault suivit l'armée vendéenne outre-Loire. Au retour, lorsqu'elle arriva à Nantes, elle fut arrêtée et condamnée à être précipitée dans la Loire. Elle fut sauvée quand on apprit qu'elle fut l'une des femmes qui avaient demandé grâce en faveur des prisonniers républicains à Saint-Florent-le-Viel, le 18 octobre 1793. Restée à Nantes, elle fut réduite, pour ne pas mourir de faim, à se faire servante d'auberge. Elle y mourut le 23 novembre 1799. 
  8. L’amiral du Chaffault fut lui aussi victime de la Révolution. Ce héros de la guerre d’indépendance américaine mourut de misère dans la prison de Luzançais, à Nantes, le 27 avril 1794. 
  9. Rachetés en 2013, le logis de Chambrette et ses dépendances ont été rasés. 
       

AB La Roche Saint-AndreL'acte de baptême de Charles-Henri de La Roche-Saint-André (A.D. 85)

AD La Roche Saint-AndreL'acte de décès de Charles-Henri de La Roche-Saint-André (A.D. 85)