Le Courrier de l’Ouest a publié ce dimanche une notice biographique de Mickael Leclerc sur Jean-Julien-Michel Savary, républicain fait prisonnier à Cholet par les Vendéens en mars 1793 et qui parviendra à s'évader. On lui doit un ouvrage devenu, dès sa publication en 1824, une référence pour les historiens de la Vendée. 

CO_16092018Le Courrier de l'Ouest, édition de Cholet, dimanche 16 septembre 2018
   

Rares sont les historiens républicains à avoir écrit sur l’histoire choletaise. On doit à Jean-Julien-Michel Savary de précieuses anecdotes sur les débuts de l'insurrection à Cholet qu'il raconte dans son ouvrage en six tomes intitulé Guerre des Vendéens et des Chouans contre la République française, par un officier supérieur habitant la Vendée avant les troubles (publiés de 1824 à 1827). 

Né à Vitré (Ille-et-Vilaine), le 13 novembre 1753 (1), Savary n'en demeure pas moins un Choletais d'adoption puisqu'il se trouvait à Cholet en 1790. Nommé juge au tribunal du District (2), il prendra la présidence de ce tribunal à la fin de 1792. Ce fils d’un marchand-fabricant avait, avant la Révolution, été reçu avocat au Parlement de Paris en 1780. Après avoir exercé à Rennes et à Nantes, il était venu, comme précepteur dans un château des environs des Herbiers (3), où il avait fait la connaissance du futur chef vendéen d'Elbée.

Ardent Républicain et favorable aux idées nouvelles, il faisait en même temps partie de la Garde nationale. Savary avait ouvert à Cholet un cours public de mathématiques pour l’instruction des jeunes gens qui se destinaient à la Marine et à l’Artillerie. La Société populaire des amis de la Constitution, puis des Amis de la liberté et de l’égalité, en correspondance avec le Club des Jacobins, avait été fondée par lui. 

Lors de la prise de la ville par les Vendéens le 14 mars 1793, il est fait prisonnier mais parvint à s'évader un mois après et à rejoindre, à Vezins, la colonne de Leygonnier. Il se réfugia à Saumur. Le Conseil général du département, dont il était membre, le nomma commissaire civil près de l'armée opérant contre l’insurrection (4). Canclaux, Kléber, Vimeux et Beaupuy utilisèrent ses connaissances de la topographie et de la mentalité du pays, son amour du travail, et sa grande probité de conscience et en firent un excellent chef d'état-major de Kléber. 

Il fut nommé adjudant général chef de brigade, le 6 novembre 1793 (5). Hostile aux Colonnes infernales, il tenta de sauver les enfants vendéens faits prisonniers par Carrier. 

Député de Maine-et-Loire au Conseil des Cinq-Cents, le 15 octobre 1795 (6), au Conseil des Anciens, le 14 avril 1799, il demeura représentant de Maine-et-Loire jusqu'au coup d'État de Napoléon Bonaparte des 18-19 brumaire an VIII, qu'il n'approuva pas. Nommé sous-inspecteur aux Revues le 21 décembre 1799 (7), grâce à l'appui des généraux Grouchy, Bernadette et Moreau et aussi du ministre de la Police, Joseph Fouché, il reçut la Légion d'honneur le 17 janvier 1805. Décoré du Lys le 1er juillet 1814 et fait chevalier de Saint-Louis le 27 septembre suivant (8), il prit sa retraite en 1815. Savary mourut à Paris le 27 décembre 1839. David d'Angers, son ami, a fait de lui un médaillon.  

Mickael Leclerc, Le Courrier de l’Ouest,
édition de Cholet, dimanche 16 septembre 2018 
  


Notes

  1. En fait le 18 novembre 1753, A.D.35, registre paroissial de Notre-Dame de Vitré. 
  2. Probablement à l’initiative de Marin-Jacques Boutillier de Saint-André, président de ce tribunal créé en 1790 (F. Uzureau, Savary, président du Tribunal du district de Cholet, L’Anjou historique, n°228, pp. 160-161). Marin-Jacques Boutillier de Saint-André était également maire de Mortagne en 1790. Arrêté en 1793, ce magistrat intègre fut condamné à mort à Nantes le 10 avril 1794 et guillotiné le lendemain sur la place du Bouffay. 
  3. Il était le précepteur d’Armand d'Escoubleau de Sourdis, au château de l’Étenduère, aux Herbiers. « Il y aurait été introduit sur l’intervention de René-Marin-Jacques Boutillier de La Chèze, ancien vicaire de Mortagne devenu, après 1781, curé de Bourgon, paroisse située à l’est de Vitré », ce qui explique comment il a pu entrer en relation avec Marin-Jacques Boutillier de Saint-André (P.-M. Gaborit, introduction à la réédition de l’ouvrage de Savary aux éditions Pays et Terroirs, 2008). 
  4. « Sa promotion aurait pu être compromise par une dénonciation envoyée, à cette même époque, par l’un des vicaires épiscopaux de l’évêque constitutionnel d’Angers, à l’accusateur public du département de Maine-et-Loire. Mettant en doute le patriotisme de Savary, son auteur affirmait que celui-ci manifestait de l’incivisme, à l’instar de son président Boutillier de Saint-André, rallié depuis aux royalistes ; qu’il œuvrait en secret en faveur des prêtres réfractaires et qu’il était lié au chef des brigands, d’Elbée. La comparution de patriotes choletais vint finalement taire les accusations » (P.-M. Gaborit, op. cit.). 
  5. Il fut nommé à ce grade par les représentants Bourbotte Francastel et Turreau sur la demande écrite de Kléber, Muller, Canuel, Chabot, Dembarrère, Bouin, Marceau et Chalbos. Le 19 du même mois, il fut promu chef provisoire de l’état-major des deux armées réunies de l’Ouest et des Côtes de Brest, fonction qu’il remplit jusqu’au 28 février 1794 (F. Uzureau, op. cit.). 
  6. Il refusa ce mandat, en prétextant qu’il était devenu soldat, qu’il se sentait mal préparé au rôle de législateur et que la guerre l’avait ruiné. Il accepta finalement sur l’insistance de l’assemblée électorale et devint secrétaire du Conseil le 21 mars 1796. 
  7. 1801 selon Uzureau. 
  8. Le 27 septembre 1815 selon Uzureau.