Le Souvenir de la Chouannerie du Maine et la famille de Savignac annoncent qu'une messe sera célébrée en l'église de Vaiges (Mayenne) le dimanche 7 octobre 2018, en souvenir de l'abbé Martial de Savignac, aumônier des Chouans, exécuté pour sa foi le 10 mai 1796. 

Vaiges

Voici le programme de cette commémoration : 

  • 10h30 : Messe célébrée selon le rite ordinaire par le Père Marie-François Perdrix, curé de la paroisse, en l'église de Vaiges (Mayenne). À l'issue de la cérémonie, présentation de la réédition du livre sur la vie de l'abbé Martial de Savignac.
  • 12h30 : Déjeuner au restaurant à l'Hôtel du Commerce de Vaiges. Participation : 30 € (enfant : 12 €), règlement avant le 30 septembre 2018 à l'ordre de l'Hôtel du Commerce.
  • Après le déjeuner : Pèlerinage sur différents lieux à Vaiges où séjourna ce saint prêtre.
  • Renseignements auprès de José Marie Faguer : téléphone 06.24.55.25.65 ou par mail
  • Les organisateurs ont indiqué qu'ils ne souhaitaient pas la présence d'étendards ou d'insignes chouans. 
             

Qui était l'abbé Martial de Savignac ?

Originaire du Limousin, Martial de Savignac est né le 23 février 1758 au château de Vaux (La Jonchère). De par les alliances de sa famille, il aurait pu prétendre aux plus hautes charges à la Cour, mais il préféra, une fois ses études théologiques au grand séminaire de Limoges terminées, se consacrer à l'humble vie de curé de campagne. Après un bref passage en Poitou, il fut affecté à la cure de Vaiges et il s'installa dans cette localité courant octobre 1786. Pour l'époque, la situation matérielle de la cure était confortable et l'environnement fort religieux.

Malgré son jeune âge, ses qualités tant humaines que religieuses le firent très vite apprécier de ses ouailles. « Son caractère était franc, ouvert, cordial et gai. Il avait le don de séduire et de se faire aimer » (Louis de Savignac). Les habitants, qui n'avaient aucune haine vis-à-vis de la noblesse et du clergé, ne furent guère troublés par les débuts de la Révolution et élirent même l'abbé de Savignac au conseil municipal et le nommèrent procureur de la commune en février 1790. Suivant le décret du 2 novembre 1789, un inventaire des biens de l'Église eut lieu début 1790.

C'est sans doute la raison pour laquelle se trouve dans la sacristie actuelle un coffre revêtu d'un sceau comportant la mention « la loi et le roi ». Ce qui, en 1905, amena le curé de l'époque, l'abbé Friteau, à réfuter la légalité de ce nouvel inventaire « puisqu'un inventaire avait déjà été effectué auparavant ».

C'est la Constitution civile du clergé votée le 12 juillet 1790 qui vint perturber la relative tranquillité de Vaiges puisqu'elle instaurait un clergé d'État dépendant uniquement de lui. Malgré ses réticences, Martial de Savignac décida de signer le serment civil, mais avec une restriction de taille quant au plan religieux : « Je jure de veiller avec soin sur les fidèles de cette paroisse et être fidèle à la nation, à la loi, au Roi, de maintenir de tout mon pouvoir la constitution décidée par l'Assemblée Nationale et sanctionnée par le Roi, réservant expressément tout ce qui concerne la foi et la puissance de l'Église catholique, apostolique et romaine ». 

À compter de ce jour, il n'était plus curé en titre aux yeux des autorités et, dès le mois de mars 1791, les ennuis commencèrent pour lui. Plusieurs curés furent nommés, mais devant l'hostilité des habitants, ils durent fuir la localité, l'abbé de Savignac continuant son ministère. Toutefois, il fut obligé de quitter Vaiges pour Evron, cet éloignement ayant été exigé du curé jureur en octobre 1791. Ce curé jureur fut fort mal accueilli et les paroissiens pressaient l'abbé de Savignac de revenir dans sa paroisse, ce qu'il fit secrètement le 2 décembre 1791 et lui permit de célébrer la messe de Noël en présence de toute la population. 

Cet évènement entraîna une réaction immédiate des autorités d'Evron et de Laval et le tribunal correctionnel de Laval condamna Martial de Savignac à se retirer dans son pays (Limousin) ou Laval. Il dut obéir et alla habiter Laval, tout d'abord dans une maison amie, puis interné à la prison des Cordeliers, suivant l’arrêté du 20 juin 1792. Internement difficile en raison des conditions matérielles. Le 26 août 1792 fut votée la loi qui déportait les prêtres insermentés qui n'auraient pas quitté le pays de leur plein gré. Le 27 août 1792, il s'évada de la prison des Cordeliers et rentra secrètement dans sa paroisse, ne voulant pas laisser ses fidèles sans secours religieux et moral. 

Durant près de quatre ans, il y mena la vie d'un prêtre réfractaire, sans domicile, sans ressources. Vêtu en paysan, il vivait dans des maisons amies, changeant fréquemment de lieu, couchant parfois à la belle étoile. Il baptisait, confessait, communiait, mariait, préparait à la mort et donnait l'extrême-onction car on savait toujours où le trouver, bien que jamais personne n'ait trahi le secret de ses refuges. Parfois, il pouvait même célébrer la messe en public, les conditions requises ayant été assouplies dès le 18 juin 1791 par l'Évêché du Mans dont dépendait à ce moment ce territoire de la Mayenne. La population se pressait alors autour de lui.

Aumônier des Chouans, il ne participa à aucun combat, mais apporta toujours les secours de la religion aux blessés et aux mourants, quel que fût leur camp, intervenant pour sauver les prisonniers ennemis dont la reconnaissance ne lui fit pas défaut : plusieurs vinrent en témoigner lors de son procès. S'étant rendu à Bazougers pour confesser, il fut surpris en train de lire son bréviaire et arrêté par le commandant de gendarmerie Oehlert et conduit d'abord à Meslay puis à Laval le 29 avril 1796.

Un premier procès eut lieu le 7 mai avec deux chefs d'accusation : 1° Ne pas avoir obéi aux lois sur la déportation. 2° Avoir fait partie de rassemblements de Chouans et avoir porté les armes contre la République. Il récusa cette dernière assertion, déclarant qu'il ne s'occupait que de son ministère et non des affaires publiques et qu'il n'avait jamais porté d'armes, même pour sa défense personnelle. Il fut condamné à quinze ans de fers, mais ses ennemis ne désarmèrent pas et il fut décidé d'un second procès révisant le premier par une commission supérieure, sous prétexte que l'abbé de Savignac aurait porté les armes. Le 9 mai, à 5 heures de l'après-midi, il fut condamné à mort par les armes, l'accusation maintenant sa vision de l'apostolat de l'abbé de Savignac. Dans la nuit, il se prépara à la mort, ayant pu recevoir la visite d'un prêtre. Puis il rédigea une lettre à l'intention de ses paroissiens.

« De ma prison, ce 10 mai 1796, à 7 heures du matin.

Encore quelques heures, mes chers paroissiens, et je n’existerai plus : mes plus grands regrets sont de me séparer de vous. Nos ennemis communs ont cru qu’en frappant le pasteur ils disperseraient facilement le troupeau : mais j’espère qu’il n’en sera pas de même.

J’espère que les principes de religion dont vous avez toujours fait profession resteront gravés dans vos cœurs ; que mon sang qui va être versé pour mon attachement aux mêmes principes ne servira qu’a vous affermir. Souvenez-vous, mes amis, que c’est dans les derniers moments de vie que l’on sent tout le prix de la religion. C’est elle qui nous fait supporter avec résignation les persécutions auxquelles nous pouvons être exposés. Ne vous attristez dons pas sur mon état : la seule chose que je vous demande, c’est de ne pas m’oublier dans vos prières.

Recommandez-moi, je vous prie, à ceux qui m’ont témoigné tant d’intérêt dans ces derniers moments. Cessez de vous alarmer sur mon sort : la religion pour laquelle je meurs doit vous fournir tous les moyens de consolation dont vous pourriez avoir besoin. Préparez-vous aussi, à mon exemple, à faire le sacrifice de votre vie pour le soutien de cette même religion, si les circonstances où vous pouvez vous trouver l’exigent. Quand il s’agit de sa foi on ne doit jamais la trahir. Souvenez-vous que Jésus-Christ nous avertit que ceux qui rougiront de le confesser devant les hommes il les désavouera devant son Père.

Adieu, mes chers paroissiens : ce sont les dernières paroles que vous recevrez de moi. » 

Craignant des manifestations de soutien, les autorités avancèrent l'heure de l'exécution et c'est à 11 heures qu'il fut fusillé place du Gast après avoir récité une ultime prière. Il fut enterré le soir même dans le cimetière de la Trinité.

Tout d'abord, il fut planté une croix de bois, puis un calice fut gravé sur une pierre tombale. Cette tombe devint très rapidement un lieu de pèlerinage, des miracles et des guérisons ayant été constatés selon des dires de l'époque. Par suite de démolitions successives, les restes de l'abbé de Savignac ne purent être identifiés, mais il a été conservé dans une ancienne famille de Vaiges un morceau de tissu imprégné de son sang. On peut voir ces reliques dans la petite chapelle à droite du chœur, ainsi que le texte de la lettre dont il est fait état ci-dessus. La plaque rappelant le ministère de Martial de Savignac a été offerte par les descendants de sa famille en 1996.

Si, compte tenu du contexte de l'époque, l'abbé de Savignac ne fut pas compté au nombre des martyrs de Laval (fusillé et non pas guillotiné), il n'en reste pas moins vrai qu'il est mort pour sa foi et son engagement sacerdotal.