Dans une lettre en date du 6 brumaire an II (27 octobre 1793), le citoyen Maussion rend compte au représentant Pérard de la déroute des troupes républicaines au sud de Laval. Il se console cependant, à la fin de son courrier, du grand nombre de prisonniers  dont « beaucoup passeront à la lunette (de la guillotine) ». 

SHD B 5-7-27Extrait de la lettre de Maussion à Pérard (A.D. 85, SHD B 5/7-27)
   

Les Vendéens qu’on pensait vaincus après leur défaite à Cholet le 17 octobre 1793 et leur exode au-delà de la Loire donnent toujours du fil à retordre à l'armée républicaine qui les talonne. « Encore une déroute, mon cher Pérard (1), écrit le citoyen Maussion à Angers, le 27 octobre. Nos colonnes d’armée au nombre de 30.000 hommes parties de différents points marchaient sur différentes routes, pour atteindre la hauteur de Château-Gontier. Quatre mille hommes d’avant-garde mayençaise étaient à six lieues en avant, du côté de Laval. Vendredy soir, le combat s’engagea, et ils eurent un petit échec, qui fut bientôt suivi de deux autres. Le lendemain samedi, l’avant-garde qui s’était reployée sur les différentes colonnes (…) fut attaquée de nouveau, par 15.000 brigands, sur le front et sur les côtés ; en un instant, la déroute fut complète ; toute l’armée reploya à Château-Gontier, de là au Lion-d’Angers, et à onze heures ce matin, la nouvelle nous est venue au Comité que toute l’armée en débandade reployait sur Angers… »

Maussion écrit plus loin qu’au soir du 27 octobre, tout est tranquille à Angers. « Notre armée s’est ralliée un peu au-dessous du Lion, et je crois que notre ami Choudieu (2) n’y aura pas peu contribué, car il faut des hommes de sa trempe, en des circonstances semblables. J’espère que je vous apprendrai une victoire sous peu, car nos troupes en ont toujours eu, à chaque fois qu’elles l’ont voulu bien. » 

La « sacram sanctam guillotinam » 

Lot de consolation républicain, le dernier paragraphe rapporte plusieurs exécutions de notables angevins : « Nous avons envoyé à la guillotine à Saumur Verdier de la Sorinière (3), la Haye des Hommes (4), tous les deux ex-nobles. Nous enverrons aussi demain Bodi ex-avocat (5), et le curé de Briolay (6) ». En réalité, seul le premier fut guillotiné à Saumur, place de la Bilange ; les autres le furent à Angers, place du Ralliement. Les Affiches d’Angers (n°169, 2 novembre 1793) nous apprennent qu’à leurs côtés périt également Michel-Laurent Falloux, dit Dulis, gendarme de la garde du roi, condamné pour avoir eu des intelligences avec les brigands de la Vendée.

Maussion ajoute : « Nous avons en ce moment-cy plus de 1.000 prisonniers et prisonnières, beaucoup passeront à la lunette » et conclut sa lettre par cette phrase : « O Sacro-Sanctam guillotinam, que de services tu nous rendras ! » L’expression de « sacro-sainte guillotine » (en latin par dérision) était en usage à l’époque puisqu’on la trouve aussi dans une lettre du comité révolutionnaire d’Angers qui expédie Henri du Verdier de La Sorinière au représentant Richard : « Le comité te demande de lui envoyer la sacram sanctam guillotinam et les ministres républicains de son culte… » (O. Desmé de Chavigny, Histoire de Saumur pendant la Révolution, p. 271). 

Source : Archives de la VendéeArchives militaires de la guerre de Vendée conservées au Service historique de la Défense, S.H.D. B 5/7-27. 
  


Notes : 

  1. Charles-François-Jean Pérard (Angers 1760 – Paris 1833), révolutionnaire angevin de la première heure (il participe à la Fédération de Pontivy en août 1790), fut élu en 1791 membre du District d’Angers, et en 1792 député du Maine-et-Loire à la Convention. Il prit la défense du général Beysser (suspecté de trahison pour avoir signé le manifeste fédéraliste) à la tribune le 19 août 1793. 
  2. Pierre-René Choudieu (Angers 1761 – Paris 1838) s’empare du château d’Angers le 22 juillet 1789, intègre la garde nationale et participe comme Pérard à la Fédération de Pontivy. Pur jacobin, il est élu à la Convention en 1792, puis sera envoyé comme représentant en mission en Vendée. 
  3. Né en 1767 au château de la Sorinière, en Chemillé, Henri-Gaspard du Verdier de La Sorinière s’engage d’abord du côté républicain (il commande la garde nationale de Saint-Pierre de Chemillé). Blessé à la bataille Saumur, il rejoint sa mère au Longeron où les insurgés viennent le chercher. Il rallie alors l’armée vendéenne, se distingue à plusieurs combats, notamment au Pont-Barré. Capturé près de Candé après le passage de la Loire, il est conduit à Angers, interrogé par Bourbotte et Choudieu, puis envoyé à la commission militaire qui siégeait à Saumur et guillotiné le 25 octobre 1793.
  4. Né à Poitiers en 1725, Jean-Baptiste-Antoine de La Haye-Montbault, seigneur des Hommes (en Coron), était détenu à Angers quand les Vendéens le libérèrent en juin 1793. Capturé à Mozé, il fut emmené à Angers, condamné pour avoir porté la cocarde blanche et la croix de Saint-Louis, et passa sous le couperet de la guillotine le 30 octobre 1793. 
  5. Né à Maulévrier en 1750, l’avocat Victor Bodi prit une part active aux débuts de la Révolution en Anjou. Après la prise d’Angers en juin 1793, il suivit les Vendéens et fut désigné comme membre du Conseil supérieur. Arrêté aux Ponts-de-Cé, il fut condamné et guillotiné à Angers, le 30 octobre 1793. 
  6. Yves-Michel Langevin, curé réfractaire de Briollay, fut accusé d’avoir eu des intelligences avec les brigands, d’avoir prêcher la contre-révolution, etc. Il fut lui aussi guillotiné à Angers le 30 octobre 1793.