Une mystérieuse lettre mise en ligne par les Archives de la Vendée nous révèle l’existence d’un trésor remis par le baron Foullon de Doué, l’une des premières victimes de la furie révolutionnaire en juillet 1789, à une personne de confiance qui l’aurait enterré près d’Angers. 

Massacre de FoullonSupplice de Foullon de Doué sur la place de Grève,
dessin de 
Prieur, gravure de Berthault (1802)
   

Cette lettre conservée aux Archives nationales est classée dans la sous-série F7 qui regroupe divers documents de police générale riches en informations sur les troubles survenus dans l’Ouest de 1790 à 1799. Elle apparaît sous la cote AN F7 3682/1-18, ainsi résumée : « 1792 : correspondance sibylline à propos d'un détenu du Bicêtre signalant qu'il aurait enterré un trésor dans les environs d'Angers ». 

Le massacre du baron Foullon

Un certain J. Gassuau écrit en effet au ministre de l’Intérieur, le 3 novembre 1792, qu’un particulier détenu à Bicêtre lui a demandé « de recouvrer un trésor » et lui joint une copie de la lettre de cet individu qui fait référence au baron Foullon : 

« …Vous n’avez pas ignoré les commencements terribles d’une Constitution, soi-disant heureuse ; vous savez que le soupçon presque toujours le plus vain et par conséquent le plus cruel, désigna, proscrivit et massacra tout à la fois des gens tous les crimes n’étaient le plus souvent que de longs services rendus à la patrie, sous un régime, hier encensé, aujourd’hui en abomination (…) Celui à qui je devais tout mon bonheur fut de ce nombre, monsieur Foulon fut une des premières victimes… »

Éphémère successeur de Necker, que le roi Louis XVI avait congédié le 11 juillet 1789, Joseph-François Foullon, baron de Doué, fut accusé de spéculer sur le grain. Il fut traîné à Paris, violenté, pendu à un réverbère, puis décapité, le 22 juillet suivant. Il avait 74 ans. 

L’auteur de la lettre poursuit à propos de Foullon : « Placé dans un de ses bureaux depuis plusieurs années, je ne songeais à mériter chez lui son estime et sa confiance ; j’y étais parvenu et je me croyais dans le chemin de la fortune, lorsqu’elle m’avertit de son inconstance, prévoyant sa chute et ses malheurs ». M. Foullon, l’ayant tiré à part, lui parla en ces termes : 

« Je vois ma ruine si je ne fuis pas au plus tôt. C’est pourquoi j’y suis absolument décidé et il ne me manque plus qu’un homme de confiance et je crois l’avoir trouvé en vous (…) » Arguant de son innocence, Foullon appelle son confident à préparer sa fuite : « Ne songeons à enlever avec nous que ce qui peut pendant cet exil nous être nécessaire (…), voici un petit coffre fait exprès que je vous confie. Vous allez prendre le meilleur de mes chevaux et vous rendre en droite ligne à Nantes où vous m’attendrez le temps qu’il est indispensable de rester ici pour régler mes affaires (…) Voilà en substance ce qu’il me dit. »

Le trésor de Foullon

Le prisonnier de Bicêtre continue son récit en déclarant que le baron Foullon lui ouvrit ensuite « un petit coffre, lequel il avait déposé quatre cents billets de la caisse d’escompte de mille livres chaque, et quatre mille louis en or », ainsi que des papiers relatifs à sa correspondance avec la cour et « un écrin dont je ne peux apprécier la valeur ». Il lui remit le coffre, le conjurant de partir au plus tôt. « À peine étais-je arrivé à Angers, que j’appris la fin malheureusement de mon bienfaiteur ; on n’oubliera jamais les atrocités d’un peuple forcené ». 

Effrayé des suites que pourrait avoir sa relation avec Foullon et « vu les perquisitions qu’on exerçait journellement sur tous les voyageurs », l’homme confie qu’il préféra se défaire du trésor dont il était porteur : « Je partis de mon auberge pour gagner les dehors de la ville, à la tombée de la nuit. Je choisis un endroit propice et j’examinai de n’être aperçu de qui que ce fût ; je fouillai un trou en terre avec la lame de mon couteau de chasse de la profondeur d’environ deux pieds et demi (environ 75 cm) et je cachai soigneusement ma boîte et pris sur les lieux même tous les renseignements les plus sûrs et les plus faciles pour m’en procurer le recouvrement lorsqu’il en serait temps ». 

Il quitta Angers le lendemain, pour prendre la route de Sauvigny, en Bourgogne, « terre de Mr Berthier, gendre de mon malheureux bienfaiteur, aussi infortuné que lui ». Louis-Bénigne-François Berthier de Sauvigny fut en effet pendu et démembré devant l’hôtel de ville de Paris, le 22 juillet 1789. 
   

AN F7 3682-1-18Détail de la lettre : « … il m’ouvrit ensuite un petit coffre, lequel il avait déposé quatre cents billets de la caisse d’escompte de mille livres chaque, et quatre mille Louis en or… » (A.D. 85, AN F7 3682/1-18)
   

Le gardien du trésor se confie bien mal  

« À peine étais-je arrivé que je fus reconnu et arrêté par quatre cavaliers déguisés en bourgeois, à l’aide du peuple, auxquels j’opposais une vive résistance et j’eus ce malheur d’en blesser un dangereusement d’un coup de pistolet, ce qui m’empêche de profiter de la liberté accordée aux autres détenus. » On le mena sous bonne garde à au Grand-Châtelet à Paris. 

Déplorant sa situation misérable, sa mise au secret, le chagrin et la maladie, le prisonnier se confia alors au destinataire de cette lettre, qu’il estimait digne de confiance. « Je n’attends que votre prompte réponse pour vous faire passer par le premier courrier le renseignement en question avec lequel il vous sera impossible de vous tromper ; l’endroit (où repose le trésor de Foullon) est trop bien désigné à l’abri de tous d’Angers ; je crois qu’il est inutile de vous recommander le plus grand secret… » La lettre signée « Étienne Foulierre » (l’orthographe du nom est imprécise) comprend un post-scriptum : « Je vous préviens que pour raison de santé que je viens d’être transféré au château de Bicêtre près Paris, à la salle du Fort-Mahon n°3 à Bicêtre, où je vous prie de m’y adresser vos lettres ». 

Dans sa réponse datée du 8 octobre 1792, Gassuau se dit sensible à l’honnêteté de son correspondant de bien vouloir l’honorer de sa confiance. Et en guise de confiance, ce bon républicain s’empressa de tout communiquer au ministre de l’Intérieur : « Veuillez bien, ministre vertueux, prendre cette affaire en considération tant pour l’intérêt de la république… que pour celui du malheureux qui en est l’objet ». 

Hélas ! L’affaire fut jugée comme une « escroquerie », car plusieurs lettres semblables étaient parvenues au ministre. On en trouve un autre exemple dans le même dossier des Archives de la Vendée

Cependant il nous manque la réponse dans laquelle le prisonnier de Bicêtre s’engageait à communiquer le renseignement permettant de localiser le trésor de Foulon. Peut-être Gassuau l’a-t-il reçue et a-t-il discrètement récupéré le coffre ?