Le registre clandestin de Cugand mentionne à la date du 8 février 1794 le décès d’un homme de 25 ans, François Nerriere, mort « au château de Clisson ». Or cette date coïncide avec celle d’un massacre devenu tristement célèbre, et dont la liste des victimes connues ne comporte pas ce nom. 

Registre clandestin Cugand 1794L'acte de décès de François Nerriere dans le registre clandestin de Cugand (A.D. 85)
   

Tenu par le recteur Le Bastard, le registre clandestin de Cugand reste très laconique sur les circonstances des décès qu’il contient. Il nous permet toutefois de relever des dates marquées par un nombre de décès anormalement élevé en 1794 (voir graphique ci-dessous), parmi lesquels on trouve même des enfants : le 7 avril (10 morts), le 19 mai (8 morts) et surtout le 10 juin (18 morts). 

Deces Cugand 1794Les décès à Cugand en 1794
   

Le 8 février 1794 ne se distingue pas, a priori, puisque le recteur Le Bastard n’y mentionne qu’un seul décès : « Le huit février mil sept cent quatre vingt quatorze décéda suivant l’opinion commune au château de Clisson François Nerriere agé de vingt cinq ans vivant époux de Françoise Durand. Le Bastard recteur. »

Cette date interpelle, car elle correspond au massacre perpétré par des soldats républicains à l’encontre d’habitants réfugiés à l’intérieur des ruines du château de Clisson. L’histoire a retenu les noms de 18 victimes qui furent précipitées dans le puits au centre de la cour, assommées à coups de boulets de canon et ensevelies sous les débris de la margelle. Une plaque inaugurée par le Souvenir Vendéen dans la chapelle du Prieuré énumère ces 18 noms, mais celui de François Nerriere n’y figure pas. 

L’enquête généalogique publiée l’été dernier par l’association Clisson Histoire et Patrimoine a mis en lumière avec beaucoup de précision et de rigueur l’histoire de ce massacre, la fouille du puits et la découverte des ossements, et surtout l’identité des victimes afin de vérifier scrupuleusement l’hypothèse de leur mort en ce lieu le 8 février 1794. On y trouve des personnes originaires de Clisson (paroisses Saint-Jacques et la Madeleine), de Saint-Lumine-de-Clisson, de Saint-Hilaire-du-Bois (futur Saint-Hilaire-de-Clisson) et de Gorges. François Nerriere n’y apparaît pas non plus. 

« mort pendant la guerre civile de la Vendée »

D’où vient ce jeune homme qui aurait été tué au château de Clisson le 8 février 1794, selon le recteur de Cugand ? Il est né a été baptisé le 14 août 1769 à La Bruffière, de l’union de Jean Nerriere et de Perrine Mongis, et s’est marié le 23 janvier 1792 à La Bruffière avec Françoise Durand (qui décédera le 9 juin 1814 à Cugand). 

AB_NERRIERE 1769Acte de baptême de François Nerriere (1769)

AM_NERRIERE_DURAND_1792Acte de mariage de François Nerriere et Françoise Durand (1792)
    

Il aura d’elle un fils, prénommé François lui aussi, né à Cugand le 7 septembre 1793, au plus fort de la guerre. 

Ce fils survivra à la tourmente révolutionnaire et se mariera à son tour le 18 mars 1813, à Cugand, avec Renée Picherit. On lit sur son acte de mariage la mention suivante : « François Nerriere son père étant décédé comme il est constaté par la déclaration des témoins ci dessous nommés lesquels ont affirmé par serment ainsi que les parties contractantes qu’il est mort pendant la guerre civile de la Vendée, et que son décès n’a point été enregistré. » C’est exact en ce qui concerne le registre d’état civil, mais non le registre clandestin qui reste toutefois le seul document à citer la mort au château de Clisson le 8 février 1794. 

AM_NERRIERE_PICHERIT_1813Acte de mariage du fils de François Nerriere portant la mention de la mort de son père pendant la guerre civile de la Vendée
      

Après le décès de son épouse Renée Picherit, le 10 octobre 1835 à Cugand, François Nerriere fils se remariera le 31 janvier 1837 à Cugand avec Anne Francheteau (née le 15 brumaire an XII, 7 novembre 1803, à Saint-Hilaire-du-Bois). L’acte de mariage indique à nouveau que son père, François Nerriere, est « décédé pendant la guerre civile de la Vendée ». Il rendra son âme à Dieu le 21 juin 1859 à Cugand. 
   

Source : Archives de la Vendée, état civil, Cugand, registre clandestin (B,M,S), 1794-1795, AC076