Cachée dans un bois, en bordure de la route de La Chevrolière à Geneston (Loire-Atlantique), la croix de la Freudière fut l’un des premiers monuments érigés par le Souvenir Vendéen, en 1935, trois ans après la création de l’association. Son inauguration fut l’occasion d’une grande célébration des héros et des martyrs de la Grande Guerre de 93. 

La Freudiere 3La croix de la Freudière 
   

La Chevrolière était en fête le dimanche 22 septembre 1935. Le bourg était paré de banderoles fleurdelysées, tandis que les cloches sonnaient à toute volée pour appeler à la messe vendéenne. Une foule nombreuse répondit à cet appel en se portant vers l’église dont le porche « voussuré de bruyères, gardé, faulx en mains, par deux des plus beaux gars du pays ». 

La messe commença à neuf heures, célébrée par le curé de Saint-Louis de Nantes. « Les deux assistants, qui le précédent, sont Charette et Bonchamps, l’un dans le costume d’un authentique aïeul, l’autre représenté par le comte Pierre de Léhélec ». À l’Évangile, M. l’abbé Brunelière, curé de la Chevrolière, fit comme sermon un « magnifique panégyrique de la Vendée militaire ». 

« L’ambiance de cette messe est vraiment d’une puissance d’évocation rare. Ces sons de cors mélancoliques et puissants qui tombent sur la foule ; ces blancs drapeaux qui ondulent doucement sur le coloris des vitraux où se joue le soleil ; ces chefs, l’arme au pied, qui montent la garde à l’autel… c’est bien un moment de la Vendée qui se vit, c’est bien une âme qui se penche. »

À onze heures trente, l’assistance quitta l’église pour former un défilé. Le porte-drapeau de la Chevrolière ouvrait la marche, suivi de musiciens, de jeunes Vendéens portant des ex-voto : « À notre pasteur martyr ; à nos guillotinés du Bouffay ; à nos fusillés de Gigant ; aux massacrés du Bois de l’Arsangle, etc. » Au milieu du cortège se distinguait « un lit de pourpre, où étincelle un rectangle blanc… : c’est la plaque mémorial qui définit le sens de la croix vendéenne qui va être inaugurée ». 
   

La Freudiere 2La plaque du Souvenir Vendéen sur le piédestal de la croix 
    

Venaient ensuite Charette et les généraux qui défilent à pied ou à cheval : Cathelineau, Bonchamps, d’Elbée, Lescure, les frères La Rochejaquelein, Stofflet, les frères La Robrie, Couëtus, La Cathelinière, Lyrot et Du Chaffault, accompagnés par les délégations des paroisses de la Division. « Saint-Philbert(-de-Grand-Lieu) ferme la marche, avec … un superbe groupe de vingt et quelques cavaliers, derrière un fier drapeau. »

La procession quitta le bourg pour se diriger vers le bois de la Freudière, où le Souvenir Vendéen avait érigé la croix qui devait recevoir la plaque de marbre apportée depuis l’église. Natif de Saint-Lumine-de-Coutais, le chanoine Hubineau prit la parole pour exalter la croix de Montfort, « qui vint en cette paroisse et même en ce domaine (de la Freudière), prêcher la grande leçon du Christianisme et l’y implanta si fortement qu’elle devait être un jour comprise jusqu’au martyre ». 
   

La Freudiere 1La croix marquée du Sacré-Cœur et de la fleur de lys 
   

Après la bénédiction de la croix, on fit l’appel de morts, « des victimes connues de la grande Révolution, à La Chevrolière », puis la foule se rendit sur les pelouses du château afin d’écouter les allocutions, notamment de Tony Catta pour le Souvenir Vendéen, ainsi que la charmante causerie d’un paysan authentique, Albert Boucher, « qui a compris la beauté du geste voulu par ses ancêtres durant la grande tourmente ». 

Cette belle journée vendéenne s'acheva par des chants et des musiques, et par une jolie saynète jouée par des enfants : « Charette à Grasla ». 
   

Source : Bulletin du Souvenir Vendéen n°10, décembre 1935, pp. 5-7. 
   

Localisation de la croix de la Freudière : 

Croix de la Freudiere