Une lettre conservée aux Archives nationales rapporte au ministre de l’Intérieur, le 6 ventôse an IV (25 février 1796), la capture et l’exécution de Stofflet à Angers. Au détour d’une phrase, l’auteur de ce courrier laisse entendre que ce sont les paysans qui auraient désigné la retraite du général vendéen, ce qui disculperait l'abbé Bernier, souvent accusé de cette trahison. 

AN F7 3682-1-31_1

Voici le contenu de cette lettre : 

Angers, le 6 ventôse l’an 4e 
de la République française, une et indivisible.

Le Commissaire du Directoire exécutif près la Municipalité d’Angers ;
Au Ministre de l’Intérieur

Citoien

Je m’empresse de vous annoncer que Stofflet général en chef de l’armée vendéenne a été arrêté hier (1) par les troupes aux ordres du général Ménage (2) dans la metairie de Poiteviniere (3) avec deux aides de camp, deux officiers et un domestique (4), ils ont été emmenés en cette commune où ils sont arrivés sur les cinq heures du soir. Un peuple immense avait été à sa rencontre pour les voir arriver et les conduisit jusqu’au la prison nationale aux cris mille fois répétés de vive la république.

Le tribunal militaire a été convoqué sur le champ et ils furent condamnés à la peine de mort sans désemparer.

Ce matin à huit heures l’exécution a eu lieu, toute la garde nationale, les troupes de la garnison et les habitans de la commune d’Angers et tout age et de tout sexe ont été les témoins de cette exécution. 

Ce sont les païsans qui avaient désigné la retraite de ces chefs de brigands, tout annonce les dispositions où ils sont de livrer les autres et bientôt j’aurai la satisfaction de vous apprendre qu’il en sera de même dans la partie des chouans (5). Il fallait pour en venir là les mesures sages et prudentes d’un général Hoche qui va devenir notre libérateur et qui trouvera des défenseurs contre les calomnies qu’on s’est plu à répandre contre lui, et surtout des hommes qui sont proscrits dans l’opinion publique. Celle des citoiens du département de Maine et Loire est prononcée contre le trône et contre les échaffauts. 

Salut et fraternité. 

(signé) Lefebvre
    

AN F7 3682-1-31_2Extrait de la lettre : « Ce sont les païsans qui avaient désigné la retraite de ces chefs de brigands… »
   

Source : Archives de la Vendée, Archives de la guerre de Vendée conservées aux Archives nationales, AN F7 3682/1-31 
   


Notes :  

  1. Le 24 février 1796. 
  2. Jacques Ménage (1759-1798), capitaine à l'Armée du Nord en novembre 1792, est envoyé en Vendée en 1793. Adjudant général chef de brigade le 16 juillet 1795, il s'illustre dans la bataille de Quiberon en reprenant le fort de Penthièvre le 21 juillet. Le général Hoche le fait confirmer dans son grade de général de brigade le 1er janvier 1796.
  3. La métairie de la Saugrenière, en La Poitevinière.
  4. Il s’agit de Charles de Lichtenheim (24 ans, officier), Joseph-Philippe Erondelle Desvarannes (officier), Joseph Moreau (20 ans), Pierre Pinot (21 ans), et Michel Grolleau (soi-disant âgé de 14 ans, ce qui le sauva de la mort) son domestique (on lira à son sujet l’article de Michel Chatry, Celui qui, pris avec Stofflet, ne fut pas fusillé, publié dans la Revue du Souvenir Vendéen n°199-200, pp. 52-57). 
  5. Le nord-ouest du département du Maine-et-Loire (Béconnais, Segréen, pays des trois rivières) a longtemps constitué un foyer de la Chouannerie qui menaçait directement Angers.