À partir de 1792, les autorités révolutionnaires imposèrent la détention d’un passeport à toute personne qui souhaitait voyager à l’intérieur de la France. Ce document d’identité resta en vigueur jusqu’au milieu du XIXe siècle. 

PasseportsModèles de passeports en vente en janvier 2019 à Bordeaux 
   

Après la journée du 10 août 1792 marqué par la prise des Tuileries et le massacre des Suisses, Madame de Lescure rapporte dans ses Mémoires qu’elle et son entourage songèrent à sortir de Paris. « Chaque jour on faisait de nombreuses arrestations, et nous attendions notre tour, craignant de l’avancer encore en demandant les passe-ports qui nous étaient nécessaires pour partir. » (1) 

Il ne s’agissait pas pour eux de quitter la France, mais bien de rentrer en Poitou, un périple pour lequel un passeport était devenu nécessaire. La liberté de circulation instituée au début de la Révolution pour les voyageurs à l’intérieur du royaume avait été en effet restreinte par le décret du 1er février 1792 : « Toute personne qui voudra voyager dans le royaume, sera tenue, jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné, de se munir d'un passeport » (article 1er). 

Le décret du 10 vendémiaire an IV (2 octobre 1795) alourdit la procédure : 

Art. 1er. Jusqu'à ce qu'autrement il en ait été ordonné, nul individu ne pourra quitter le territoire de son canton, ni voyager, sans être muni et porteur d'un passeport signé par les officiers municipaux de la commune ou administration municipale du canton.
2. Chaque municipalité ou administration municipale du canton tiendra un registre des passeports qu'elle délivrera.
3. Tout passeport contiendra le signalement de l'individu, sa signature ou sa déclaration qu'il ne sait signer, référera le numéro de son inscription au tableau la commune, et sera renouvelé au moins une fois par an (…)
6. Tout individu voyageant, et trouvé hors de son canton sans passeport, sera mis sur-le-champ en état d'arrestation, et détenu jusqu'à ce qu'il ait justifié être inscrit sur le tableau de la commune de son domicile.
7. À défaut de justifier, dans deux décades, son inscription sur le tableau d'une commune, il sera réputé vagabond et sans aveu, et traduit comme tel devant les tribunaux compétents.

Cette législation sur les passeports, complétée par les décrets du 18 septembre 1807 et du 11 juillet 1810, en vigueur jusqu’aux alentours de 1860, tombera peu à peu en désuétude sous les effets conjugués de la révolution industrielle et du chemin de fer qui ont considérablement augmenté le nombre et le flux des voyageurs.

On comprendra l’intérêt du chercheur et du généalogiste pour ce type de documents qui se présente sous forme d’une feuille composée de deux parties : la première, qui se détache de la seconde par une coupure ondulée, est remise au requérant et constitue le passeport proprement dit. La seconde partie, conservée aux Archives nationales dans la sous-série F/7, donne les informations suivantes : nom, prénoms, âge, profession, pays de naissance, domicile, signalement du requérant et indication du lieu où il dit se rendre (2).

Les collectionneurs poitevins et charentais trouveront deux beaux modèles de passeport datés de 1824 et de 1836 dans une vente proposée le 10 janvier 2019 à Bordeaux (Hôtel des ventes des Chartons, 136 quai des Chartrons, vente à partir de 12h00). Ces passeports constituent le lot n°226, estimation de 30 à 40 € (illustration ci-dessus). 
    


Notes :

  1. Mémoires de Madame la marquise de La Rochejaquelein, édition de 1823, p. 23. 
  2. Les passeports au XIXe siècle, Archives nationales.