L’article sur Les malheurs des habitants de Bouguenais en 1794 mentionnait une liste de 209 personnes originaires de cette paroisse des bords de Loire, au sud de Nantes. La Maraîchine normande en a énuméré les noms, mais il convient aussi de présenter le monument qui honore la mémoire de ces victimes de la Terreur. 

Bouguenais 1Le monument aux victimes de la Terreur dans le cimetière de Bouguenais
   

Les noms de 209 Bouguenaisiens fusillés par les soldats républicains cantonnés au château d'Aux, les 13 et 14 germinal an II (2 et 3 avril 1794), nous sont connus. On retrouva leurs restes, et bien d'autres encore, vingt-deux ans après, sous la Restauration, lorsqu'on exhuma trois cents cadavres contenus dans six fosses, avant de les transférer lors d’une grande cérémonie funèbre à l’église de Bouguenais, le 15 mai 1816, puis au cimetière afin qu’ils y reposent à jamais (1). 

On lit dans les Lettres vendéennes (2) le compte rendu de cette journée : 

« En 1816, les habitants de Bouguenais vinrent demander au préfet la permission de transporter au cimetière de leur église les restes de leurs parents morts pour Dieu et pour le Roi. Un Français fidèle, un vétéran de Quiberon, M. Dufort, lieutenant-colonel d’artillerie, chevalier de Saint-Louis, fut délégué, comme conseiller de préfecture, pour assister à cette triste et pieuse cérémonie.

Le 13 de mai, des hommes qui avaient été désignés, commencèrent à ouvrir les fosses ; la foule entourait les travailleurs et gardait un religieux silence… On n’entendait que le bruit des pioches et des bêches de fer.

Déjà le gazon ne recouvrait plus les tombes, une terre brunâtre avait remplacé sa verdure ; on creuse, on creuse encore… Tout à coup, quelque chose de blanc se montre sur le sol rembruni… Les voilà ! 

Et les assistants cédant à la même impression, tombent à la fois prosternés. Des larmes, des sanglots se mêlent aux prières (…) Dans cette confusion de la tombe, le fils ne pourra reconnaître le père, la mère son fils, le frère son frère !

Une tente avait été élevée au-dessous du parc ; elle était destinée à recevoir les ossements ; à mesure qu’on les retirait des fosses, ils y étaient respectueusement déposés. Ce pieux travail dura deux jours. La nuit, de vieux soldats vendéens montèrent la garde auprès de ces restes de leurs compagnons d’armes. 

Le 15 au matin, le curé de Bouguenais, assisté des curés de Bouaye, de Rezé, de Saint-Herblain et de la Basse-Indre, et suivi de plus de deux mille fidèles, se rendit au lieu de sanglante mémoire (…)

Arrivé à la tente funèbre, le cortège s’arrêta ; quatre tombereaux approchèrent, et furent entièrement remplis… Ne pouvant faire entrer dans l’église tous ces ossements, quatre grands cercueils avaient été préparés… Tous les malheureux parents des victimes s’empressaient d’apporter dans ces bières quelques restes qu’ils supposaient être ou d’un père ou d’un frère (…)

À travers des campagnes fleuries, la procession funèbre reprend le chemin de Bouguenais, les prêtres marchent les premiers ; les vieillards, les jeunes gens, les femmes et les petits enfants suivent le chapelet à la main. Les chars rustiques, recouverts de draps mortuaires, roulent lugubrement au milieu du silence, qui n’est interrompu par intervalles que par les versets de l’office des morts. 

Bientôt ils arrivent à l’église, la foule s’y précipite. Les portes restent ouvertes pendant la messe, et les charrettes chargées du triste et précieux fardeau, sont arrêtées devant le grand portail ; les cercueils sont portés dans la nef (…)

Après la messe, les prêtres viennent jeter l’eau bénite sur les ossements (…) Bientôt le cortège s’éloigne de l’église et se rend au cimetière. Là, près de la grande croix, une vaste fosse avait été creusée ; elle reçoit dans sa profondeur le dépôt que la religion lui confie, et ceux qui sont morts pour la croix vont reposer à son ombre. »

Un monument fut érigé à la même époque sur cette tombe, et s’y trouve toujours. Il est formé d'un grand piédestal, surmonté par un obélisque trapu, en granit, et une croix de métal, et portant sur ses côtés des plaques d’ardoise, dont une seule contient des inscriptions : « Aux victimes de la Religion et de la Royauté immollées (sic) en avril 1794. Qui donnera de l’eau à ma tête, et à mes yeux une fontaine de larmes, pour pleurer jour et nuit les enfans (sic) de la fille de mon peuple qui ont été tués ? Jérémie Ch. IX (verset 1) » 
   


Quelques photos du monument aux victimes de la Terreur à Bouguenais : 

Bouguenais 6

Bouguenais 2

Bouguenais 3

Bouguenais 4

Bouguenais 5

 


Notes : 

  1. Pierre Fréor, La seigneurie de Princé et le pays de Retz sous la Terreur, 1956, p. 54.
  2. Vicomte Walsh, Lettres vendéennes, édition de 1829, pp. 175-180.