Après la prison nationale, voici un autre lieu d’incarcération des prisonniers vendéens à Angers sous la Révolution : l’hôtel des Pénitentes. Situé dans la Doutre, cet ancien couvent n’accueillait que des femmes dont une seule, Marie Ripeau, originaire de Fontenay-le-Comte, fut fusillée au Champ-des-Martyrs d’Avrillé. 

Les Penitentes 1L'hôtel de Pénitentes (A.M. d'Angers, Fi 1559) existe toujours
au n°23 boulevard Descazeaux à Angers. 

   

Bâti au XVe siècle, l’hôtel des Pénitentes, qu’on appelait alors la maison de la Voûte, servait de refuge en temps de guerre aux moines de Saint-Nicolas, dont l’abbaye se situait hors des murs d’Angers. Au XVIIe siècle, il passa à la communauté des Pénitentes qui fut autorisé par lettres patentes de 1642 et 1643 « à recueillir des femmes et des filles vivant dans le désordre » (1).

La Révolution vida les couvents et les monastères de leurs occupants et les transforma en prisons. Ce fut le cas pour les Pénitentes qui accueillirent des détenues, notamment des Vendéennes raflées outre-Loire ou dans les Mauges. Parmi elles figure une certaine Marie Ripeau. Âgée de 19 ans en 1793 (2), elle était la fille de Pierre Ripaud, tisserand en toile de Cheffois né à Mouilleron-en-Pareds, et Jeanne Pasquereau, native de Bazoges-en-Pareds (3).

Fusillée sans jugement

Marie suivit l’armée vendéenne et passa la Loire le 18 octobre 1793. Capturée à la mi-décembre 1793, elle fut d’abord enfermée à la prison du Calvaire (4). Comme elle était atteinte de la gale, elle fut transférée le 1er janvier 1794 à la prison des Pénitentes (5).

Les commissaires recenseurs Vacheron (6) et Brémaud, interrogèrent Marie le 15 janvier lors de leur passage aux Pénitentes et consignèrent la note suivante dans le registre de la commission militaire : « Marie Ripeau, de Fontenay, 19 ans, galeuse. A suivi les brigands et n’a été arrêtée qu’à Château-Gontier » et en marge : « Sursis ».

Bref sursis, car Marie fut expédiée trois jours après à la Haie-aux-Bonshommes d’Avrillé et aussitôt fusillée, comme l’atteste Marie Papiau, gouvernante de la maison des Pénitentes dans un document envoyé aux administrateurs du Calvaire le 31 janvier 1794 : « La Ripeau, après avoir été interrogée, a sorti le 29 nivôse (18 janvier) pour être fusillée ».
   

Les Penitentes 2L'hôtel de Pénitentes (A.M. d'Angers, Fi 1552)
a été classé Monument historique en 1902. 
   

Les dépositions de trois gouvernantes des Pénitentes en 1795

Un an et demi après, le 15 juin 1795, cette gouvernante, alors âgée de 51 ans, se fait plus bavarde en déposant devant le citoyen Macé-Dubois, juge au tribunal du district d’Angers et directeur du juré d’accusation :

« Le jour où il fut exécuté une fusillade, il se présenta à la maison des Pénitentes des hommes d’armes, qui demandèrent une femme dont je ne peux me rappeler le nom. Cette personne avait été seulement interrogée quelques jours auparavant. Son interrogatoire avait consisté dans cette formule : Quel est ton nom ? ta demeure ? ton âge ? La personne répondit qu’elle était originaire de la Vendée. Ayant été épouvantée à la vue de nos troupes, elle avait fui avec les brigands. Depuis le passage de la Loire, elle n’avait pas suivi les brigands, parce qu’elle n’était pas attachée à leur parti. Elle était restée de ce côté-ci, ne pouvant rentrer dans ses foyers, qui avaient été incendiés. Elle avait été ainsi confondue au moment de son arrestation avec les autres personnes suspectes. Au mépris de la justification de sa conduite, il paraît que la Commission militaire l’a inhumainement confondue avec les autres, puique, ainsi que je viens de le dire, les hommes d’armes qui se présentèrent à la maison, l’emmenèrent, quoiqu’elle fût malade dans ce moment. Je n’en ai pas entendu parler depuis. »

Le même jour, 15 juin 1795, une autre gouvernante de la maison des Pénitentes, Françoise Corbin, 28 ans, déclare : « Une fille originaire de Fontenay-le-Peuple (7) ayant passé la Loire, lors de l’évacuation générale de ce pays, avec les brigands, fut amenée aux Pénitentes comme suspecte et pour être remédiée contre la gale. Cette fille fut prise un jour pour être conduite à la fusillade. »

Une troisième gouvernante, Jacquine Le Génissel, 45 ans, ajouta enfin : « Le 29 nivôse an II (18 janvier 1794), la nommé Marie Ripeau, de Fontenay-le-Peuple, fut enlevée de la maison des Pénitentes par ordre de la commisson militaire ou du comité révolutionnaire. J’ignore ce que la Ripeau est devenue depuis, n’en ayant point reçu de décharge. »

Marie Ripeau entra donc aux Pénitentes le 1er janvier 1794, y fut sommairement interrogée le 15, et en sortit le 18 pour être fusillée au Champ-des-Martyrs d’Avrillé sans avoir été ni jugée, ni condamnée. Elle ne fait pas partie de la liste des béatifiés.
  

Fusillade AvrilleLes fusillades du Champ-des-Martyrs d'Avrillé en 1794
(vitrail de la chapelle de la Haie-aux-Bonshommes) 
   

Complétons le récit en indiquant que Renée Bordereau, la célèbre combattante vendéenne connue sous le nom de « Brave l’Angevin », fut elle aussi enfermée aux Pénitentes, mais à une époque postérieure à la Révolution, en 1809, comme elle le rapporte dans ses Mémoires (8).
   

Source : F. Uzureau, La prison des Pénitentes et les fusillades du Champ-des-Martyrs, L’Anjou historique, 1904-1905, pp. 531-533.
    


Notes :

  1. Célestin Port, Dictionnaire du Maine-et-Loire, Angers, Congrégations de femmes.
  2. Je n’ai pas trouvé son acte de baptême dans les registres de Cheffois, Bazoges, Mouilleron, ni dans ceux de Fontenay. En sondant les paroisses voisines, je suis tombé sur une Marie-Françoise Rippaud, fille de Pierre Rippaud et Jeanne Paquereau, née le 30 mai 1774 à Saint-Maurice-le-Girard, près de Cheffois, qui avait donc 19 ans en 1793 (voir l'acte de baptême ci-dessous). 
  3. Ils se sont mariés à Cheffois le 3 février 1767. Le nom de famille est orthographié « Ripaud ».
  4. A.D. 49, L 1106. Le couvent des Calvairiennes se situe au n°8 de la rue Vauvert, dans la Doutre.
  5. « Le 12 nivôse (1er janvier 1794), est entrée aux Pénitentes, de la part du Bureau révolutionnaire, la citoyenne Marie Ripeau, fille de Pierre Ripeau, tisserand, et de Jeanne Pasquereau, sa mère, de la commune de Fontenay-le-Peuple, sortie de ce jour de la maison du Calvaire pour cause de gale. » (signé) « Mareau, administrateur » (Archives de la Cour d’appel, interrogatoires du Calvaire).
  6. Charles-Nicolas Vacheron fut nommé membre suppléant de la commission militaire Félix le 5 décembre 1793. Il fut chargé du recensement général des prisons d’Angers, rôle qui consistait à désigner les futures victimes de la commission (239 guillotinés, 2 à 3.000 fusillés) et s’y fera remarquer par sa cruauté et son immoralité. Dénoncé par la Société populaire, il fut destitué le 7 avril 1794 (Célestin Port, Dictionnaire du Maine-et-Loire).
  7. Le 5 février 1793, la Convention décréta que la ville de Fontenay-le-Comte s'appellerait Fontenay-le-Peuple. 
  8. Mémoires de Renée Bordereau, dite Langevin…, p. 59. On lira à ce propos : Charles Gilbert, Brave l'Angevin, ou la véritable histoire de Renée Bordereau, cavalier de l'armée catholique et royale de 1793, Le Cercle d'Or, 1976, pp. 145-148. 
       

AB Marie RippaudActe de baptême de Marie-Françoise « Rippaud » née et baptisée le 30 mai 1774 à Saint-Maurice-le-Girard