Un îlot située en bordure des marais de l’Acheneau, non loin du village de Buzon, a servi de refuge aux habitants des environs quand les soldats républicains faisaient la chasse aux insurgés du Pays de Retz. L’endroit fut toutefois découvert par les Bleus qui y perpétrèrent un massacre, le mercredi 12 février 1794. 

Buzon 5Le calvaire de Buzon (commune de Rouans, en Loire-Atlantique). 
L'îlot-refuge se trouve presque en face, sur la gauche. 

   

Ce monument séculaire, détruit en 1794, fut relevé au XIXe siècle, mais tomba peu à peu dans l’oubli, ce que mentionne l’une des deux plaques posées à sa base. Il fut alors restauré en 1975 par Serge Paillard, et mis à l’honneur à l’occasion d’une grande journée du Souvenir Vendéen le dimanche 28 mai 1978. Ce jour-là fut dévoilée une seconde plaque portant l’inscription suivante : « À la mémoire des quatre cents vieillards, femmes et enfants massacrés sur l’île voisine le 12 février 1794, en haine de la Foi, Souvenir Vendéen (mai 1978) » (1).
  

Buzon 3La plaque du Souvenir Vendéen sur la calvaire de Buzon
   

Le Souvenir Vendéen avait déjà inauguré en 1962 une belle croix de granit dans la forêt de Princé (2) qui était alors, pour les troupes républicaines, le « repaire des brigands » du Pays de Retz. À maintes reprises, les garnisons de Vue, de Bourgneuf et du château d’Aux cernèrent la forêt et lancèrent des expéditions. Le 12 février 1794, Haxo écrit : « Tous les jours je fais attaquer la forêt de Princé, repaire intarissable ».

Or, c’est sur un îlot, près du village de Buzon, qu’à chaque alerte les vieillards, les femmes et les enfants des villages voisins prenaient place sur leurs barges pour se réfugier dans ce lieu qui leur semblait invulnérable.

Entre 100 et 400 victimes selon les sources

Découverts le 12 février 1794 par une patrouille républicaine, les malheureux furent cernés et exécutés sur place. Deux documents attestent ce massacres. Le premier émane de Julien Gaudin, inspecteur général :

Buzay le 25 pluviôse, l’An 2 de la République.

Citoyen,

Arrivé hier les vingt-(et)-un cavaliers que le Général Vimeux m’a accordés, je me suis concerté avec le Commandant Bombardin, et d’accord avec lui, nos hussards et tous les commissaires m’ont suivi dans la paroisse de Rouans. À onze heures ce matin, deux colonnes, formant environ deux milles hommes, se sont réunies, proche de la forêt de Princé ; l’une était partie de Vue et l’autre de Bourgneuf.

Un détachement de ces colonnes s’est porté le long de la petite rivière (l’Acheneau) qui conduit de Vue à Port-St-Père. C’est là où les Brigands comptant se sauver en batteaux ont embarqué au nombre de quatre ou cinq cens sur treize batteaux.
Aussi-tôt les colonnes se sont emparées des deux rives, et bordant Nord et Sud, pas un de ces coquins-là n’a échappé au courage de nos Républicains.

Un volontaire de Paimbœuf a été le premier à se jetter à la nage et à procurer un petit bateau avec lequel on a hâté notre succès. Bientôt l’exemple de ces courageux habitans de Paimbœuf a été suivi par plus de vingt volontaires. La cavalerie ensuite a passé à la nage pour atteindre, sur une petite île, les hommes et les femmes qui se croiaient en état d’échapper malgré la fusillade la plus vive possible.

Dans moins d’une heure les rives ont été couvertes par plus de cent cavaliers, deux mille fusilliers, la cavalerie du Château-d’Aux, un détachement du Port-St-Père,, le tout formait un coup-d’œil qui ne s’est jamais vu par l’originalité de la situation.

Enfin plus de quatre cents Brigands, tant hommes que femmes, sont restés sur la place. Je les ai vus ; vous pouvez assurer ce fait. Si la journée de demain est aussi heureuse, la forêt de Princé sera bientôt nette ; on marchera demain pour la visiter, et nous, avec nos chasseurs et 60 fusiliers, commencerons à ramasser du grain. À vue d’œil nous vous en promettons plus de cinquante tonneaux sous deux jours.

Signée Julien Gaudin, inspecteur, Amoureux et Delmas pour copie conforme.

Coppalle, s(ecrétai)re (3)

Le second document, de la main du capitaine Descamps, commandant le cantonnement de Vue, indique quant à lui que, dans cette affaire, « il fut tué 100 brigands et 30 femmes » sur cette île (4)

Il importe de ne jamais oublier que le Pays de Retz fut l’un des principaux foyers de l’insurrection vendéenne et que nombre de ses habitants payèrent de leur vie leur combat pour la liberté religieuse. 
   

Buzon 1Le calvaire vu en direction du village

Buzon 2Les deux plaques de bronze

Buzon 6Une hermine dessinée dans la ferronnerie

Carte BuzonLocalisation du village de Buzon
et de la croix du Souvenir Vendéen en forêt de Princé (petit cercle rouge) 
   


Notes :

  1. Cérémonie du Souvenir Vendéen le dimanche 28 mai 1978 au Calvaire de Luzon, Revue du Souvenir Vendéen n°123 (juillet 1978), pp. 5-29. 
  2. La Journée commémorative de Princé (Pays de Retz), dimanche 29 avril 1962, Revue du Souvenir Vendéen n°59 (juin 1962), pp. 19-24.
  3. A.D. 44, L 553, liasse n°6, feuillet 5.
  4. A.D. 44, L 541 (merci à Vincent Doré !).