À 2,5 km au sud de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, non loin de la route de La Limouzinière, se dresse une croix en bordure de vignes, sur le domaine des Brétaudières. La longue inscription qu’on peut lire sur la plaque de bronze rend hommage à Jean-Baptiste de Couëtus, chef vendéen de l’armée de Charette. 

Les Bretaudieres 1La croix des Brétaudières
   

Cette croix se situe au bout du chemin menant au château des Brétaudières, rebâti au début du XIXe siècle. Il était alors propriété des descendants de Couëtus. 

La plaque porte l’inscription suivante : « Ce Calvaire a été érigé le 17 Juillet 1932 par les Enfants du Capitaine du PLESSIX-QUENQUIS des Zouaves Pontificaux et Volontaires de l'Ouest à la gloire et pour perpétuer le souvenir de la Division Royaliste de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, de son chef, le Général de COUËTUS, Chevalier de Saint-Louis, Commandant en Chef de l'Armée Royaliste du Bas-Poitou, et des Familles de COUÊTUSet de CORNULIER-LUCINIÈRE, qui furent des défenseurs fidèles de la Légitimité lors des Événements de 1793, de 1832, et de 1871. Vendéens, Souvenez-Vous ! »

Les Bretaudieres 2La plaque en mémoire de Couëtus 
   

« L'homme de la Vendée le plus honnête et le plus doux »

Jean-Baptiste-René de Couëtus est né le 19 octobre 1743 à Nantes, baptisé le lendemain en la paroisse Saint-Laurent (1). Il était le fils de Jean-Baptiste de Couëtus, chevalier seigneur des Brétaudières, et de Marie-Anne de Chardonnay. « Ancien page de la Reine, capitaine d’infanterie, il s’était retiré, après les troubles de 1792, dans sa propriété familiale de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu. Lors de l’insurrection, les paysans l’en arrachèrent de force et le mirent à leur tête. Sa carrière militaire fut extrêmement brillante : il fut de tous les combats, le premier au danger, adoré par ses hommes » (2). 
  

AB_Couetus_1743Acte de baptême de Jean-Baptiste-René de Couëtus (A.D. 44, voir note 1)
   

Chef respecté de la division de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, il fut désigné lors d’un conseil de guerre comme général en chef des armées du Bas-Poitou, mais il se désista et demanda à ses partisans de se prononcer en faveur de Charette, dont il devint dès lors le plus fidèle lieutenant. 

Sa femme, Marie-Gabrielle du Chilleau (3), avait été arrêtée à Bouin avec ses deux filles trois jours auparavant, le 6 décembre 1793, et conduite à Nantes. C’est là qu’elle sera condamnée à mort et guillotinée le 1er février 1794. 

Après le traité de la Jaunaye, dont il fut l’un des signataires, le 17 février 1795, Couëtus se retira dans ses terres (4) et ne reprit les armes qu’à contrecœur en juillet. Favorable à la paix, il proposa avec La Robrie un mémoire en faveur d’un désarmement, qui fut refusé par Charette. Harcelé par les Bleus, ce dernier finit pourtant par laisser son lieutenant négocier avec le général Gratien. Confiant dans la parole du républicain, Couëtus se rendit au château du Clouzeau, sur la route de Challans à la limite sud de la commune de Bois-de-Céné, et le fit savoir. 

La nuit suivante, un peloton de cavaliers républicains investit les lieux et arrêta ses occupants, qui furent emmenés à Challans le lendemain. Sommairement jugé par une commission militaire, Couëtus fut conduit au cimetière de la ville et fusillé le long d’un mur le 28 décembre 1795 (5). Une plaque fut inaugurée en sa mémoire sur une maison voisine de la rue du Caillou blanc, le 9 novembre 2013. 

Lucas de La Championnière, officier de l’armée de Charette, dit de lui : « M. de Couëtus était l'homme de la Vendée le plus honnête et le plus doux ; il eût voulu, dans tous les temps, sauver la vie des malheureux qui tombaient entre nos mains. Son trop de confiance pouvait même passer pour un défaut. En vain lui avait-on représenté, la veille de son départ, qu'il était imprudent de croire aussi aveuglément à la parole du Général Gratien ; incapable d'un crime, il ne lui vint pas dans l'idée d'en soupçonner ses ennemis » (6). 

CarteLocalisation des Brétaudières au sud de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu 
    


Notes :

  1. A.D. 44, registre paroissiaux et d’état civil de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, BMS 1743, vue 8/9. Certains auteurs affirment à tort qu’il est né le 16 juillet 1744. 
  2. Dr Julien Rousseau, Les chefs vendéens du Marais, Revue du Souvenir Vendéen n° 38 (mars 1957), p. 19. 
  3. Jean-Baptiste-René de Couëtus se maria le 23 avril 1770 à Nantes, paroisse Saint-Nicolas, avec Madeleine-Monique Charet, décédée en 1774 ; il se remaria avec Marie-Gabrielle du Chilleau le 13 juillet 1775 à Niort. 
  4. « Couëtus se tient à la Marouserie et aux Brétaudières, commune de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu. La Robrie loge souvent à Louvradière, même commune, sur le bord de la rivière. » (R. Bittard des Portes, Charette et la Guerre de Vendée 1763-1793, réédition Pays et Terroirs, 1996, p. 522)
  5. On trouve parfois la date du 4 janvier 1796, voire du 14 janvier. L'acte de décès, daté du 7 nivôse an IV (28 décembre 1795) figure dans l’article de Vincent Doré, Pierre Thouzeau, fidèle aide de camp de Charette et éphémère commandant de la division de Bouin (Lettre de Vérité pour la Vendée n°47, juin 2016, p. 8) : « Aujourd’huy sept nivose quatrième année de la république française une et indivisible est décédé le citoyen Jean Baptiste René Couetus dans cette commune âgé de cinquante deux ans, habitant au Bretodiere commune de St Philbert de Grand Lieu département de la Loire inférieure… » 
  6. Lucas de La Championnière, Mémoires d'un officier vendéen 1793-1796, Les Éditions du Bocage, 1994, p. 138.