Il n’y a pas que le décès de Pierre-Raoul Doguereau, prieur-curé de Saint-Aignan d’Angers, qui a été noté en marge du registre paroissial de Marcé avec la mention « guillotiné place du Ralliement en 1793 ». Sept pages avant, on trouve un autre exemple, celui de Thérèse-Catherine Le Cornu, née en 1728, indiquée comme « morte emprisonnée à Angers pour refus du serment de liberté égalité en 1794 ». 

AB_LeCornu_1728Acte de baptême de Thérèse-Catherine Le Cornu avec, en marge,
la mention de sa mort en prison en 1794 (A.D. 49)

   

Ces deux décès apparaissent dans les registres paroissiaux de Marcé, BMS 1713-1733 (1). L’histoire de Pierre-Raoul Doguereau a été rapportée dans l’article : Deux prêtres angevins guillotinés le 31 décembre 1793. Celle de Thérèse-Catherine Le Cornu permet à présent d’évoquer le sort des Calvairiennes d’Angers sous la Révolution. 

La congrégation des bénédictines de Notre-Dame du Calvaire s’est établie à Angers en 1619 (au n°8 de la rue Vauvert, dans la Doutre), sous le patronage de la reine-mère Marie de Médicis. Rien ne troubla la vie de leur couvent jusqu’en 1790. En vertu du décret sur la suppression des ordres religieux voté le 13 février de cette année-là, deux commissaires de la municipalité d’Angers vinrent demander aux Calvairiennes, le 26 avril, si elles entendaient sortir de leur cloître ou y demeurer. Toutes déclarèrent qu’elles resteraient fidèles à leurs vœux.  

Le couvent du Calvaire est fermé en 1792

En 1791, le département arrêta que la chapelle du Calvaire, comme toutes les autres églises et oratoires de congrégations, serait fermés au prétexte que les curés insermentés de la ville, chassés de leurs paroisses, s’y étaient réfugiés et attiraient des foules de fidèles. 

Les Calvairiennes purent rester dans leurs murs encore une année. Le 14 septembre 1792, le district les avisa que la loi du 17 août les obligeait à quitter leur monastère avant le 1er octobre ; ce qu’elles firent le 28 septembre 1792, sortant en tenue séculière pour éviter les injures des patriotes. 

L’argenterie fut saisie le 21 septembre, et l’ensemble du mobilier du Calvaire, enlevé le 2 novembre, fut mis en vente trois jours après. Les religieuses reçurent en compensation une pension pour subvenir à leurs besoins. 

Le serment de liberté et d’égalité

Soeur Rosalie

À la même époque, le 3 octobre 1792, la municipalité d’Angers annonça qu’un serment dit « de liberté et d’égalité » serait obligatoire pour tous les pensionnés de l’État. Les Calvairiennes le repoussèrent et se trouvèrent ainsi privées de ressources.

Ce refus du serment provoqua leur persécution, ce qui fit céder certaines d’entre elles, par crainte de la prison ou de la mort (2). Les autres finirent par être condamnées à la déportation, le 21 avril 1794. 

Le 24 juin suivant, quatre-vingt-dix-sept religieuses, dont six Calvairiennes (3), partirent d’Angers pour se rendre à la prison de la Grande-Cayenne à Lorient, où elles arrivèrent le 6 juillet. Elles y resteront enfermées jusqu’en mars 1795, puis reviendront à Angers où elles logeront dans des maisons particulières, comme avant leur arrestation. 

Une Calvairienne morte dans la prison nationale

Une septième Calvairienne fut arrêtée le 13 avril 1794 et condamnée elle aussi à la déportation. Il s’agit de Sœur Catherine de Saint-Benoît, née le 16 août 1728 à Marcé, de l’union de Pierre Le Cornu, chevalier écuyer de la Mabilière, et de Marie Le Forestier de Boisneuf ; ondoyée le même jour, elle reçut les prénoms de Thérèse-Catherine le 22 mai 1736, comme il est noté en marge de son acte de baptême (illustration ci-dessus).

On peut y lire également, dans une encre plus grasse : « morte emprisonnée à la prison nationale (place des Halles), à Angers, pour refus du serment de liberté – égalité… le 15 mai 1794 ». 

Source : F. Uzureau, Les Calvairiennes d’Angers (1619-1906), L’Anjou historique, mars-avril 1906, pp. 459-473. 
   


Notes :

  1. Celui de Pierre-Raoul Doguereau, vue 240/302 ; celui de Thérèse-Catherine Le Cornu, vue 233/302 (Archives du Maine-et-Loire). 
  2. Comme ce fut le cas pour Rosalie du Verdier de La Sorinière, dite Sœur Rosalie de Sainte-Céleste, née à Saint-Pierre de Chemillé en 1745, arrêtée dans sa famille au Longeron et guillotinée sur la place du Ralliement le 27 janvier 1794 (illustration ci-dessus). 
  3. Marie Abellard, née à Martigné-Briand en 1761 ; Jeanne Boullay, née à Angers en 1738 ; Charlotte-Thérèse Courtillé, née à Brain-sur-l’Authion en 1739 ; Angélique Guillemet, née à Douces en 1749 ; Jeanne-Charlotte Métivier, née à Saint-Clément-de-la-Place en 1756 ; Marie Nicolle, née à Angers en 1752.