Principal massif forestier du Pays de Retz, Princé servit de refuge pour les habitants des paroisses voisines pendant les Guerres de Vendée, comme nous l’avons vu ici. Ce fut aussi un ossuaire, tant les soldats républicains y ont massacré de ces malheureux au plus fort de la Terreur. Une croix fut érigée par le Souvenir Vendéen en 1962, à la mémoire des quelque 2.000 personnes qui périrent ainsi dans cette forêt.

Foret de Prince 1La croix du Souvenir Vendéen en forêt de Princé 
   

La journée au cours de laquelle cette belle croix de granit fut inaugurée eut lieu le dimanche 29 avril 1962. Les organisateurs regrettèrent que le nombre de participants fût moindre que pour d’autres manifestations ailleurs en Vendée, alors que le Pays de Retz a tant contribué à l’insurrection de 1793.

« En dépit de cette pénible indifférence – un adversaire avec lequel nous avons souvent à nous mesurer – c’est pourtant une belle assistance qui, en cette claire matinée un peu “frisquette” de printemps, se trouve groupée au carrefour forestier de Pierre-Levée (1), devant notre belle croix de granit (…) Sur le large socle, cette inscription précisant l’objet de ce Mémorial : À la mémoire des quelque 2.000 personnes, la plupart anonymes, des paroisses avoisinantes, massacrées en cette forêt de Princé en haine de la foi – 1793-1796. » (2)
   

Foret de Prince 2L’inscription sur le socle de la croix
   

Au cours de la cérémonie religieuse présidée sur place par l’évêque de Nantes furent rappelés les événements douloureux de 1794 : Sept attaques violentes, des tueries continuelles… « Tous les jours je fais attaquer la forêt », écrit le général Haxo, ce « repaire infernal, exécré, intarissable ».

Quant à Pinart (sbire de Carrier), il a carte blanche. Les noirs et les mulâtres, les hussards américains, c’est-à-dire de pauvres hères arrivés à Nantes dans les cales des bateaux après la révolte de Saint-Domingue , désœuvrés et dangereux pour la sécurité de Nantes, ont été embrigadés pour toutes les besognes. Cantonnés sur les bords de l’Acheneau, dans les bourgades qu’ils ont pillées, on les lance presque tous les jours dans la forêt pour y massacrer tout ce qu’ils rencontrent : « Les enfants au berceau, les femmes, tous les faibles sont leurs proies préférées » (3). On fouille les taillis et on tue, inlassablement, à tel point qu’un rapport adressé au district de Nantes après une telle opération, conclut par ces mots : « Tout a été tué » (…)

La voici donc, cette immense nécropole, vaste ossuaire où les feuilles qui tombent doucement à chaque automne se déposent comme un linceul pourpré (4). 
   

Foret de PrinceLa forêt de Princé sur la carte de Cassini (XVIIIe siècle) 
   

Cette journée commémorative s’est poursuivie avec un déjeuner à Chéméré, puis par une seconde cérémonie d’hommage aux morts de Princé au carrefour de Pierre-Levée, au cours de laquelle Jean Brochard retraça en un récit pittoresque et vivant les tragiques épisodes dont la forêt de Princé fut le théâtre. En outre, une exposition d’objets et de souvenirs vendéens, particulièrement du Pays de Retz, avait été organisée sous une tente disposée dans la forêt. 
   

Foret de Prince 5La croix et le panneau du chemin de randonnée (voir ci-dessous)
      


Notes : 

  1. Du nom du menhir qui se trouve, comme la croix, sur le chemin partant du lieu-dit « le Bâtiment » et allant vers le « carrefour du Bois Noir ».
  2. Extrait du compte rendu de cette journée qui figure dans la Revue du Souvenir Vendéen n° 59 (juin 1962), pp. 19-24.
  3. Abbé G. Brunellière, La Vendée nantaise : la grande croisade, Lussaud, Fontenay-le-Comte, 1960.
  4. Revue du Souvenir Vendéen, op. cit
       

Foret de Prince 3Le panneau du chemin de randonnée placé près de la croix

Foret de Prince 4Combattants vendéens en forêt de Princé, détail du panneau de randonnée

CarteLocalisation de la croix de la forêt de Princé et du calvaire de Buzon,
monuments du Souvenir Vendéen