Nos ancêtres passaient devant leur notaire pour enregistrer par écrit le moindre acte de la vie quotidienne : contrat de mariage, testament, vente ou bail, et d’autres qui ont de quoi étonner, comme ce qu’on pourrait appeler un « acte de notoriété » attestant que deux citoyens de La Châtaigneraie n’étaient pas « brigands », c’est-à-dire « rebelle de la Vendée », en 1794. 

AD 85_MN_LesEpesses_EtudeALes signatures des citoyens Lebel, Geslin, Pouzin et du notaire Chenuau (A.D. 85) 
   

Cet acte a été établi le 21 thermidor de l’an II (8 août 1794) par Gabriel-Vincent Chenuau (1), notaire à La Châtaigneraie (2), ville vendéenne alors tenue par les républicains. 

Ce jour-là comparaissaient devant lui trois hommes : d’une part le citoyen Louis Lebel (3), marchand, demeurant en la cité de La Châtaigneraie ; d’autre part les citoyens Hilaire Geslin (4), chirurgien, et Pierre Pouzin (5), notaire, tous les deux commissaires municipaux de La Châtaigneraie. 

« C’est calomnieusement qu’il leur a imputé d’être brigands… »

Le notaire Chenuau note que ledit « citoyen Lebel a reconnu et reconnoit par ces présentes les citoyens Geslin et Pouzin pour bons républicains d’honneur et de biens, que c’est méchamment et calomnieusement qu’il leur a imputé d’être brigands, qu’il l’a annoncé publiquement, et qu’il leur a dénoncé comme tel au général commandant la force armée campée sous les murs de cette cité, qu’il se repend de l’injure qu’il leur a faite à ce sujet et les prient de recevoir son excuse avec protestation de ne plus à l’avenir leur faire secrètement ny publiquement aucune imputations déshonnêtes tendante à les calomnier et à altérer la confiance qu’ils méritoient et dont ils ont toujours jouis à juste titre… » Il ajoute plus loin que Louis Lebel paya les dépens. 

Si cette démarche peut paraître aujourd’hui bien procédurière, elle visait surtout à mettre les deux calomniés à l’abri d’accusations qui auraient pu, sinon les envoyer à la mort – nous étions à cette date au lendemain des événements de Thermidor –, au moins les expédier en prison ou leur causer de douloureux tracas. Il y avait en effet de quoi s’inquiéter d’une accusation d’être « brigand », quand on sait que le général « général commandant la force armée campée sous les murs » de La Châtaigneraie était Louis Grignon, l’un des plus cruels commandants des Colonnes infernales au début de l’année 1794.
   

Source : Archives de la Vendée, Minutes notariales, Étude A (1780-1814) G.-V. Chenuau – 1790-an VIII, vue 295/726. 
   


Notes : 

  1. Né le 14 mars 1755 aux Épesses, Gabriel-Vincent Chenuau était le fils de Vincent-Denis Chenuau et de Marie-Gabrielle Jeanneau. Il s’est marié avec Charlotte-Françoise Martineau le 7 novembre 1780 aux Épesses et est décédé dans la même commune le 5 décembre 1821. 
  2. Il était notaire de la baronnie du Puy du Fou et du marquisat de La Flocellière jusqu’en 1791, puis du district de La Châtaigneraie en 1792. 
  3. Né le 21 novembre 1757 à La Châtaigneraie, Louis Lebel était le fils de Louis Lebel et de Marie Meunier. Sur son acte de mariage avec Jeanne Vizet, le 12 prairial an X (1er juin 1804) à Bazoges-en-Pareds, on lit qu’il est « marchand gresseur » (ou graisseur). 
  4. Né le 25 janvier 1734, Hilaire Geslin était le fils naturel de Pierre Geslin de La Rénerie, garçon chirurgien dans le régiment de la Ferronaye Cavalerie, et de Marthe Baudouin. Il fut légitimé le 7 janvier 1736. À l’occasion de son mariage avec Marie Vinet, le 22 janvier 1765 à L’Hermenault, on apprend qu’il était chirurgien dans cette paroisse. 
  5. Difficile de retrouver sa trace, tant il y a de « Pierre Pouzin » en Vendée. Sa signature n’a pas permis de l’identifier sur les contrats de mariage à ce nom ; en revanche on la trouve parfaitement reconnaissable dans les minutes notariales de La Châtaigneraie, Étude A. Il était donc lui aussi notaire, dans cette ville.