Le 4 février 1833 naquit à Bourbon-Vendée (La Roche-sur-Yon) Joséphine-Blanche Bouchet, femme de lettres connue sous son nom d’épouse, Joséphine Colomb. Elle publia en 1873 un roman, Le violoneux de la Sapinière, dont l’action se déroule à Saint-Florent-des-Bois et qui évoque brièvement un refuge de Chouans sur les bords de l’Yon. 

Le violoneaux de la Sapiniere 2Illustration du chapitre V du roman Le violoneux de la Sapinière (édition de 1893),
où l'on parle de la grotte des Chouans sur les bords de l'Yon

   

« Ce livre, publié dans les derniers mois de l’année qui vient de finir (1873), a révélé chez son auteur, inconnu jusque-là dans la république des lettres, un véritable talent d’écrivain, peut-on lire dans la Revue de Bretagne et de Vendée (1). Une partie de la presse littéraire s’en est déjà occupée ; nous serions doublement coupables de n’en rien dire, puisqu’il s’agit d’une œuvre remarquable et qu’elle est sortie d’une plume vendéenne. Mme Colomb (2), en effet, est fille de M. le docteur Bouchet, dont la Vendée a gardé un si bon souvenir. En quittant La Roche-sur-Yon, elle n’a point oublié le pays qui l’a vu naître ; c’est à ses frais ombrages, aux mœurs champêtres de ses habitants, à leur amour de la famille et du foyer domestique, dont elle a conservé la douce mémoire, qu’elle a demandé l’inspiration qui l’a si bien servie… »

Le violoneaux de la Sapiniere

Sans raconter toute l’histoire dont on trouve le texte intégral sur Gallica (6e édition, 1893), relevons seulement le passage concernant un refuge de « Chouans » (3) au bord de l’Yon : 

« Il y avait, à une bonne demi-lieue de la Sapinière, entre deux petits endroits qu'on appelle le Furet et Pied-Doré, une grotte située sur les bords de l'Yon. On ne savait pas depuis quand elle existait : on y lisait, gravées dans la pierre avec la pointe d'un couteau, des dates du temps des anciennes guerres. On disait que les chouans s'y étaient cachés quand les bleus les poursuivaient ; et de fait, elle était si bien abritée qu'il fallait la connaître pour la trouver. Au-dessus, le terrain formait une pente gazonnée qui s'abaissait un peu vers la rivière ; c'était un terrain sans maître où les ajoncs et les bruyères croissaient à l'aise. L'ouverture de la grotte était tournée vers l’Yon,  assez large et profond à cet endroit, et entre la grotte et le bord de l'eau il n'y avait qu'un étroit sentier et quelques vieux saules qui trempaient leurs racines dans l'eau. De ce côté, la rive était fort élevée ; de l'autre côté de l'Yon, au contraire, il n'y avait que des prairies plates et basses d'où l'on ne pouvait apercevoir l'entrée de la grotte, cachée par le feuillage des saules. La grotte était profonde et semée d'un sable sec et fin. Comme elle était éloignée de toute habitation et que les gens du pays n'avaient plus aucune raison pour se cacher, elle était depuis longtemps complètement abandonnée… »

Si « la Sapinière » n’apparaît nulle part sur les cartes, qu’elles soient anciennes ou modernes, ni même sur le cadastre de Saint-Florent-des-Bois, on y trouve en revanche les lieux-dits « le Furet » et « Pied-Doré » à la limite occidentale de la commune, au sommet d’un promontoire abrupt formant un arc de cercle, dont le tracé suit le méandre de l’Yon face au bourg de Chaillé-sous-les-Ormeaux. C’est dans cet amphithéâtre naturel, formant un dénivelé assez raide de plus de vingt mètres, que doit se trouver cette grotte « tournée vers l’Yon » où des Chouans se seraient cachés. Reste à vérifier si elle s’y trouve encore et si l’on peut y lire ces « dates du temps des anciennes guerres » gravées au couteau…

Carte IGNLocalisation des lieux-dits le Furet et Pied-Doré sur la carte de l'I.G.N. La grotte doit se trouver dans le flanc du coteau marqué par un arc de cercle. 
   


Notes :

  1. Année 1874, 1er semestre, p. 156. 
  2. Née le 4 février 1833 à « Bourbon-Vendée » (nom de La Roche-sur-Yon sous la Restauration et la monarchie de Juillet, soit de 1814 à 1848, avec un intermède sous le nom de « Napoléon » pendant les Cent Jours), Joséphine-Blanche Bouchet était la fille du docteur Louis Bouchet, médecin en chef de l’hospice du chef-lieu de la Vendée. Elle avait épousé le 14 novembre 1859 à « Napoléon-Vendée » (nom de La Roche-sur-Yon sous le Second Empire), Louis-Casimir Colomb (Paris 1834 – Versailles 1890), dont elle eut deux enfants, Hélène et Henri. Elle mourut le 17 septembre 1892 à Villerville (Calvados), et fut inhumée le 20 du même mois au cimetière de Versailles. 
  3. Le mot « Chouan » a été appliqué à tous les rebelles et autres réfractaires, y compris au sud de la Loire, en particulier sous le Directoire, lors du soulèvement de 1799.
        

AN_Josephine_BouchetActe de naissance de Joséphine-Blanche Bouchet
(A.D. 85, état civil de La Roche-sur-Yon, NMD 1832-1833, vues 232-233/454)