Les effets de la guerre civile se font parfois sentir dans les archives notariales lorsqu’il s’agit d’établir la succession d’une personne disparue en 1793-1794. En voici un exemple tiré du fonds d’un notaire de Challans, Étienne-Joseph Gautreau. 

AD 85 3 E 88-20-4 1Début de la minute du 4 nivôse an III
   

Le 4 nivôse de l’an III (24 décembre 1794), un groupe de « réfugiés » se présente devant le notaire Gautreau (1). On appelle ainsi les personnes, généralement « patriotes », qui ont fui l’insurrection vendéenne et ont trouvé refuge dans des villes tenues par les républicains. Il s’agit là des « citoyens Louis Augustin Bouvier, de la commune de Saint-Étienne-du-Bois ; Pierre Jaudin, sellier de la commune de Legé ; François Voisin, cordonnier de la commune de Palluau ; Marie Prisset, veuve Louis Brochet, marchande de la commune du Poiré sous La Roche-sur-Yon ; Françoise Traineau, fille de confiance de la commune de Palluau ; tous réfugiés à Challans » comme l’écrit le notaire. 

Pris par les brigands et mis à mort au Poiré

Tous viennent attester que « le citoyen François-Marie Rousseau, vivant huissier arpenteur à Saint-Étienne-du-Bois, fut pris par les brigands les premiers jours où l’insurrection se manifesta (…), c’est-à-dire vers le quatorze ou le quinze de mars mil sept cent quatre vingt treize (vieux style) (2), qu’il fut pris et conduit dans la commune du Poiré, où il fut mis à mort ». 

Une telle démarche se rencontre habituellement dans les reconstitutions d’actes d’état civil, établie pour pallier la destruction des registres au cours de la guerre. Si elle est entreprise ici, devant notaire, c’est avant tout qu’il est question de succession. 

François-Marie Rousseau laisse en effet une veuve, sans enfants, la « citoyenne Perrine Payraudeau (3), unique héritière mobiliaire », mais aussi la citoyenne Madeleine Tullèvre, épouse du citoyen Mathurin Bouffard, sa sœur utérine (4). 

Incendies, pillages et meurtres à Saint-Étienne-du-Bois

Il reste cependant peu d’espoir sur la succession, comme l’écrit le notaire Gautreau : « Il n’a été fait, ni pu être fait aucun inventaire ni partage entre lesdites veuve et héritière, ladite commune de Saint-Étienne-du-Bois ayant toujours resté au pouvoir des rebelles depuis le commencement de l’insurrection jusqu’à présent, et incendiée par les troupes de la république au mois de ventôse dernier (5), lesquels incendies, pillages et meurtres qui ont précédé, et qui étaient à l’ordre du jour, ont privé les habitants qui s’en sont sauvés d’aucune partie de leurs effets, du nombre desquels s’est trouvée ladite citoyenne veuve Rousseau qui n’a sauvé que les vêtements qui la couvraient ». 

Source : Archives de la Vendée, Minutes notariales, Challans, Étude B, Notaire Gautreau, 3 E 88/20-4, vue 260-261/579.
   

AD 85 3 E 88:20-4Les signatures du notaire, de ses assistants et des déclarants 
    


Notes :

  1. Fils de Pierre Gautreau et Marie Grondin, Étienne-Joseph Gautreau a été baptisé le 21 novembre 1752 à Bois-de-Céné. Il s’est marié le 26 septembre 1775 à La Garnache avec Louise-Marie Barreau. Il est décédé le 4 mars 1825 à Challans. 
  2. Les républicains indiquaient « vieux style » lorsqu’ils citaient une date d’après le calendrier grégorien. 
  3. On trouve le mariage de François Rousseau et Perrine Marguerite Peraudeau à Saint-Étienne-du-Bois le 16 novembre 1762. 
  4. Marie-Madeleine Tullèvre a épousé Jean-Mathurin Bouffard le 28 octobre 1766 à Rocheservière (paroisse Notre-Dame). Sa mère, Catherine Cormier, s’est mariée une première fois avec François Rousseau le 13 février 1736 à Saint-Étienne-du-Bois (ce sont les parents de ce François Rousseau tué en 1793), et une seconde fois avec Étienne Tullèvre le 7 novembre 1741 dans la même paroisse. 
  5. Février-mars 1794.