Les Amis du Pont-Paillat ont consacré toute la journée de dimanche dernier à la visite de lieux de mémoire des Guerres de Vendée dans le pays de Vihiers. La première étape a été fixée à Montilliers, sur les traces du massacre du 5 avril 1794.

Montilliers 2Scène du massacre du 5 avril 1794 à Montilliers
   

La nef de l’église de Montilliers offre à travers ses vitraux un véritable livre d’images racontant l’histoire de la paroisse. Deux verrières ont retenu notre attention : la première illustre la fusillade par des soldats républicains de vingt personnes, essentiellement des femmes et des enfants, au lieu-dit « Moulin-la-Reine », sur la rive du Lys ; la seconde, le retour à Montilliers en 1801 de l’abbé Joseph Raison, curé insermenté de la paroisse. 

Montilliers 1

On lit au bas de la première scène : « Le 5 avril 1794, 22 femmes et enfants pris par les bleus dans les bois des Marchais et ramenés vers le camp de Montilliers sont fusillés au moulin de la Reine. Deux soldats ont demandé deux enfants sous prétexte de les garder à leur service, ainsi fut sauvée Marie Clémot mon arrière-grand-mère. En souvenir. J. Gélineau prêtre, 1900 ». 


Le massacre du 5 avril 1794

Le récit détaillé de ce massacre nous est fourni par l’abbé Deniau, à partir du témoignage des rescapés (Histoire de la Vendée, 1878, pp. 345-346) : « Le 5 (avril), le général Boucret saccageait et tuait tout ce qu’il rencontrait sur son passage, dans les paroisses du Voide, de Gonnord, de Joué, de Montilliers, de Cernusson et de Tigné. Quinze femmes et enfants furent égorgés dans les bois de la Frappinière (note de Deniau : témoignage de Pierre Lambert). Chaque soldat avait déposé son sac pour marcher plus rapidement et mieux surprendre les habitants. Un autre corps fouillait en même temps les bois de Trémont et de Cernusson. 

Un détachement qui campait au camp du Moulin (l’actuel Moulin Neuf, situé sur la carte ci-dessous), près le bourg de Montilliers, va vers les Senils, et trouve dans le bois des Marchais vingt-deux femmes et enfants ; les Bleus les ramènent vers leur camp, mais, arrivés au Moulin de la Reine, ils en fusillent vingt ; il restait deux enfants, Marie Clémot, âgée de 12 ans, et son petit-frère ; Marie fut sauvée par M. Gaudicheau, du Puy-Notre-Dame, et son frère par M. Merlet. »

Note de l’abbé Deniau : « M. Gaudicheau prit en croupe Marie Clémot, la ramena au camp, la confia à un soldat et la fit conduire au Puy(-Notre-Dame) où elle passa dix-huit mois. Après la guerre, elle revint à Vihiers, et retourna à sa métairie de la Rimonnière où plus tard elle se maria avec un dénommé Gelineau Pierre. Son petit frère fut emmené à Villeneuve, paroisse de Martigné-Briand, chez M. Merlet (négociant, futur maire de la commune en 1805). » 

Marie Perrine Clémot est née le 15 mars 1784 à la Rimonnière de Montilliers. Elle épousera Pierre Gélineau, le 13 juin 1809 dans sa commune et y décédera le 18 juin 1832. 

Moulin la ReineCarte des lieux cités par l'abbé Deniau
   

Le Champ des Martyrs de Montilliers 

La mémoire de ce massacre se perpétua dans les familles. En 1852, soit vingt ans après la mort de Marie Clémot, on érigea une croix de mission, en bois peint, sur le coteau qui domine le lys au Moulin-la-Reine. Une seconde croix de bois fut ajoutée plus tard en contrebas. On les remplaça dans les années 1920 par un calvaire et une croix en ciment. L'ensemble constitue aujourd'hui le Champ des Martyrs de Montilliers que nous avons visité dimanche : 

Montilliers 14

Montilliers 9

Montilliers 10

Montilliers 11

Montilliers 12

Montilliers 13  

Le grand vitrail des Martyrs de 1794

Mais le souvenir le plus impressionnant demeure sans conteste le grand vitrail qui orne une baie du mur nord de l’église paroissiale de Montilliers. Réalisé par Jean Clamens, célèbre maître verrier angevin à qui l’on doit notamment les vitraux du Pin-en-Mauges, il fut posé en 1909, soit quatre ans après la loi de séparation de l’Église et de l’État, ce qui fit prendre à l’abbé Gélineau quelques précautions pour assurer la pérennité de l’œuvre.

Chaque lancette constitue à elle seule un tableau remarquablement construit : à gauche, le peloton des Bleus s’apprêtant à fusiller le groupe des femmes et des enfants ; à droite, les deux soldats qui sauvent la vie de Marie Clémot et de son frère. L’intensité tragique de cette scène couronnée par les palmes des martyrs s’élève vers le Ciel où domine la Croix placée dans le quadrilobe, avec l’inscription : Sanguis Martyrum, Semen Christianorum (Sang des Martyrs, Semence de Chrétiens). 

Montilliers 1

Détails de la scène : 

Montilliers 3

Montilliers 5

Montilliers 15

Montilliers 6

Montilliers 7

Montilliers 8  

Notons enfin que cet épisode douloureux de l'histoire de Montiliers a fait l'objet d'un court-métrage intitulé Moulin la Reine, réalisé en 2013 par les Ciné-vidéastes amateurs vihiersois, avec la participation de bénévoles de la commune. D'autre part, une stèle a été inaugurée le 3 avril 1994 à la mémoire des victimes de la Révolution à Montilliers. 

Le compte rendu de la journée des Amis du Pont-Paillat a été publié sur le blog Chemins Secrets