En flânant à travers le vieux Vihiers, on découvre dans la rue du District un grand porche en arc plein cintre, surmonté de six consoles de granit en saillie : il ouvrait jadis sur un haut lieu de la Révolution dans cette ville située entre Mauges et Layon. 

VihiersLe portail de l'ancien district de Vihiers 
   

Ce portail constitue l’unique vestige du district de Vihiers, qui fut installé en 1790 dans un ancien prieuré. C’est là que se déroulèrent les événements majeurs de la Révolution dans cette région de l’Anjou, comme les séances de ventes de biens nationaux ou la surveillance de l’exécution du décret sur le serment imposé aux ecclésiastiques. 

Le bâtiment et son administration furent dévastés lors de l’insurrection de mars 1793. À l’annonce de la prise de Jallais et Chemillé le 13 de ce mois, les patriotes de Vihiers avaient réclamé le secours des gardes nationaux de tout le canton, mais aussi de Doué et Saumur. Leur zèle se trouva raffermi par l’arrivée de ces renforts, qui s’établirent dans la ville et sur les coteaux voisins de Jusalem et la Bilangerie. Dans leur frénésie, les plus virulents massacrèrent un vieillard, M. des Aulnaies, au pied de l’arbre de la liberté, et passèrent la nuit à terroriser les habitants en poussant des hurlements ponctués de chants de La Marseillaise. 

Vihiers 5Carte du district de Vihiers en 1790
   

Les paysans envahissent le district et brûlent tous les papiers

Ces patriotes se mirent en route le lendemain, 16 mars, en direction de Coron, convaincus d'y balayer les rebelles. L’affrontement eut lieu sur la butte des Hommes. Menés par Cathelineau, Perdriau et Stofflet, les insurgés n’eurent guère de mal à l’emporter sur l’ennemi. « Les patriotes, terrifiés, fuient à toutes jambes. Les paysans les atteignent, les transpercent de leurs piques, les tailladent de leurs faux, et en laissent un grand nombre sur le terrain. Les premiers fuyards qui rentrent à Vihiers, jettent l’effroi dans cette ville : hommes, femmes, enfants, vieillards, tous abandonnent leurs maisons, et s’enfuient jusqu’à Doué… » (F. Deniau, Histoire de la Vendée, t. I, p. 303). L’administration du district en fit autant, pour trouver refuge à Martigné. 

Les paysans se présentèrent devant les portes de la ville à la nuit tombée. N’osant y pénétrer, de crainte qu’elle soit encore bien défendue, ils attendirent le lendemain, 17 mars, dimanche de la Passion, pour découvrir que Vihiers était vidé de ses habitants. Ils se gardèrent de commettre le moindre dégât dans les maisons particulières, mais envahirent le district, comme ils l’avaient fait à Cholet le 14 mars, pour en extraire tous les papiers et faire un grand feu de joie. Après cela, ils se rendirent à l’église Saint-Nicolas pour y chanter un Te Deum d’actions de grâces. 

Placée sur la frontière du territoire insurgé, la ville de Vihiers sera investie par les Bleus à plusieurs reprises en 1793 : lors de l’offensive de Leygonnier en mars-avril ; celle de La Barolière en juillet ; celle de Santerre en septembre. Toutes échouèrent face à la résistance vendéenne, jusqu’à son effondrement en octobre. Ramenée dans les fourgons de l’armée républicaine, l’administration du district de Vihiers pourra alors reprendre possession de ses murs. 

Vihiers 2La « rue du District » dans le vieux Vihiers

Vihiers 3Non loin du portail de l'ancien district, dans la rue Charbonnière,
l'entrée de l'ancienne mairie et de la justice de paix de Vihiers
(détails ci-dessous)

Vihiers 4

Vihiers 5