Comment les armées républicaines se sont-elles dirigées à travers le bocage inextricable pendant les Guerres de Vendée ? En utilisant les cartes détaillées que Cassini avait dressées dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. 

Cassini Les SablesDétail de la planche 132 de la carte de Cassini
(La Roche-sur-Yon, Les Sables-d'Olonne)

   

César-François Cassini et son fils Jean-Dominique établirent à partir de 1756 la toute première carte topographique du royaume de France, qui fut publiée jusqu’à la Révolution au nom de l’Académie royale des Sciences. Réalisée grâce à des relevés très précis sur le terrain, par des techniques innovantes de triangulation, elle quadrille l’ensemble du territoire et de ses frontières, formant un ensemble de 180 planches accolées. 

Cette carte générale de la France, dite carte de Cassini, fut évidemment des plus utiles aux révolutionnaires pour guider leurs armées à travers la Vendée qu’ils connaissaient si mal. Les archives nous en apportent la preuve par une lettre du ministre de la Guerre au général Biron (1), récemment promu commandant en chef de l’armée des Côtes de La Rochelle, à la date du 26 mai 1793. 

On y lit, parmi d’autres considérations militaires : « L’adjudant général Calon, directeur du Bureau des plans, vous fera passer sous peu les cartes de Cassine (Cassini) depuis la Gironde à la Loire, en s’étendant de l’ouest à l’est jusqu’à la méridienne de l’observatoire qui passe par Orléans, Bourges, et vous voudrez bien contracter avec lui l’engagement de les faire rentrer au dépôt lorsqu’elles ne seront plus nécessaires à votre armée » (2). 

SHD B 5-4-75Extrait de la lettre au général Biron mentionnant les « cartes de Cassine »
(A.D. 85, SHD B 5/4-75)

   

La guerre s’étant prolongée plus qu’on ne le prévoyait à Paris, on peut penser que les cartes n’ont peut-être pas été restituées au Bureau des plans après toutes les campagnes militaires de 1793 à 1796. 
   

Cassini Saint-Florent-le-VieilDétail de la planche 98 de la carte de Cassini (Angers) 
   


Notes : 

  1. Armand-Louis de Gontaut-Biron, ancien favori de la reine Marie-Antoinette, rallia le parti de la Révolution. Il assura le commandement de l’armée des Côtes de La Rochelle, contre l’insurrection vendéenne, de mai à juillet 1793. Son échec militaire et ses origines aristocratiques lui coûteront sa tête : il sera guillotiné le 31 décembre 1793 à Paris. 
  2. Archives de la Vendée, Archives militaires de la guerre de Vendée conservées au Service historique de la Défense, SHD B 5/4-75.