De Barbâtre à la Croix du Magnificat, de la place d’armes à la Chapelle des Martyrs, les hauts lieux des Guerres de Vendée ont jalonné, samedi dernier, le parcours du Souvenir Vendéen à Noirmoutier. Cette visite riche en découvertes a été marquée par l’inauguration d’une nouvelle plaque expliquant les événements de 1794, placée sur l’un des sites les plus fréquentés de l’île. 

Souvenir Vendeen 38Allocution d'Olivier du Boucheron, président du Souvenir Vendéen,
à l'inauguration de la nouvelle plaque pédagogique
  

L’île de Noirmoutier a constitué dès les débuts du soulèvement de 1793 un enjeu stratégique entre les insurgés et les républicains. Conquise par les Maraîchins commandés par Guerry de La Fortinière les 16 et 17 mars (son récit – rarissime – a été publié dans la Revue du Souvenir Vendéen n°276 et n°277), elle fut reprise par le général Beysser le 29 avril suivant. Après une vaine tentative fin septembre, Charette parvint à s’en emparer le 12 octobre, cinq jours avant la bataille de Cholet qui signa la chute de toute la Vendée aux mains des Bleus. Ces derniers ne pouvant supporter l’existence de ce dernier réduit des « brigands », ils l’assiégèrent par terre et par mer, avant de lancer une offensive générale dans la nuit du 2 au 3 janvier 1794.

Cette invasion fut marquée par de violents combats au sud de l’île et par des massacres contre les habitants de Barbâtre, en représailles du soutien qu’ils apportèrent à l’insurrection. Plusieurs charniers mis au jour en différents points de la commune au XXe siècle témoignent de l’ampleur des exécutions.

Souvenir Vendeen 8La tombe de Barbâtre
  

La tombe en mémoire des habitants de Barbâtre tués en 1794

L’un de ces charniers, exhumé aux Onchères au cours de l’hiver 1977-1978, révéla trois corps dont celui d’une femme ; ses cheveux étaient encore visibles et un chapelet enserré dans ses mains jointes portait des morceaux de peau (le chapelet est exposé au musée du château de Noirmoutier ; un article de Simone Loidreau a détaillé cette fouille dans la Revue du Souvenir Vendéen n°125, Noël 1978). Ces ossements, transférés au vieux cimetière de Barbâtre, reposent depuis lors dans un carré portant une plaque posée en souvenir de tous les habitants massacrés en haine de la foi.

Cette sépulture, devenue le mémorial de l’une des principales paroisses martyres de la Vendée militaire, a été la première étape de cette journée d’hommage aux victimes de la Terreur sur l’île de Noirmoutier. Après l’évocation historique des combats de 1793-1794, le maire de Barbâtre, M. Louis Gibier, a pris la parole pour souligner son attachement à ce patrimoine historique, lui qui a été témoin de la découverte des fosses aux Onchères ; la tombe a d’ailleurs été restaurée par sa commune. Olivier du Boucheron, président du Souvenir Vendéen, l’en a vivement remercié.

Souvenir Vendeen 2La plaque sur la tombe de Barbâtre
  

La Croix du Magnificat

La deuxième étape de la journée nous a menés au nord de l’île, à la Croix du Magnificat. Caché dans l’ombre des pins, derrière un grillage, le monument porte une plaque du Souvenir Vendéen et des Amis de Noirmoutier, inaugurée le 20 juin 1976. Elle fut posée en mémoire de deux groupes de fusillés : d’une part, les 1.500 prisonniers vendéens (des combattants, mais aussi une majorité de réfugiés) capturés dès la reprise de l’île par les républicains le 3 janvier 1794. Parqués dans l’église Saint-Philbert, puis conduits au lieu-dit de Banzeau, ils furent fusillés à la chaîne par groupes de 60 personnes. La marée n’ayant pu emporter tous ces corps, la municipalité se plaignit, le 16 janvier, de l’odeur pestilentielle et des risques d’épidémies. Des fossoyeurs furent par conséquent chargés d’évacuer les cadavres pour les enfouir dans les dunes de la Clère où ils gisent encore aujourd’hui.

Le second groupe comprend 22 personnes, surtout des femmes, qui étaient détenues au château. Liées deux à deux, elles marchèrent jusqu’à la Clère en chantant le Magnificat, cantique de la Vierge Marie qui donna son nom à la croix. Arrivées au lieu de leur supplice, elles furent placées devant deux fosses, fusillées et achevées à coups de pelle et de crosse de fusil. Cette dernière exécution eut lieu le 3 août 1794, plusieurs jours après la chute de Robespierre.

Souvenir Vendeen 11La plaque de la Croix du Magnificat
  

Nous avons ensuite gagné la plage, à quelques pas de là, pour écouter Michel Vrignaud nous raconter, avec la passion qu’on lui connaît, le naufrage de la frégate La Nymphe, le 30 décembre 1793. Cet épisode, que ce spécialiste d’archéologie sous-marine a décrit en détail dans la Revue du Souvenir Vendéen n°283 (été 2018), fut l’unique victoire navale des Vendéens. Elle n’empêcha pas cependant l’assaut des républicains quelques jours plus tard.

Souvenir Vendeen 19Sur la plage de la Clère, évocation du naufrage de La Nymphe
  

Autour du château de Noirmoutier

Après notre déjeuner à L’Herbaudière, avec vue sur le port, nous avons rejoint la vieille ville de Noirmoutier pour les visites de l’après-midi. Plusieurs évocations historiques ont permis de présenter les principaux édifices qui furent le cadre des événements de 1793-1794, comme le château, l’église Saint-Philbert, et bien sûr la place d’armes, théâtre de l’exécution des prisonniers les plus éminents : des prêtres réfractaires, des officiers vendéens et leurs chefs, le généralissime d’Elbée, son ami Pierre-Prosper de Boisy, et son beau-frère Pierre Duhoux d’Hauterive.

Deux belles demeures situées de part et d’autre de la place d’armes ont complété ce panorama : l’hôtel Jacobsen, qui accueillit Charette et d’Elbée, porte l’une des plus anciennes plaques du Souvenir Vendéen, posée en 1933 ; de l’autre côté, l’hôtel Lebreton des Grapillières, du nom d’un notable noirmoutrin acquis à la Révolution et qui héberga la première commission militaire, est devenu par une ironie de l’histoire « l’hôtel d’Elbée ».

Souvenir Vendeen 27La plaque du Souvenir Vendéen sur l'hôtel Jacobsen
  

« Noirmoutier, un Colisée vendéen en 1794 »

Longeant le quai, nous nous sommes rendus ensuite à l’entrée de la jetée Jacobsen, devant le pupitre sur lequel a été fixée notre nouvelle plaque pédagogique intitulée : « Noirmoutier, un Colisée vendéen en 1794 ». Idéalement placé devant la Chapelle des Martyrs et sur cette chaussée fréquentée par les promeneurs et les touristes, ce panneau explicatif très illustré a été inauguré par l’abbé Grégoire Cieutat, curé de la paroisse, Noël Faucher, maire de la commune, et Olivier du Boucheron, président de l’association.

Souvenir Vendeen 41La nouvelle plaque sur la jetée Jacobsen
  

La Chapelle des Martyrs

À l’issue de la cérémonie, chacun a pu visiter la chapelle Notre-Dame de Pitié, aussi appelée « Chapelle des Martyrs », qui commémore les exécutions de prisonniers vendéens à cet endroit à l’écart de la ville, en janvier 1794. La grande croix de granit, dite « Croix du Massacre », fut érigée en 1902 par l’abbé Jaud, curé de la paroisse. La chapelle fut quant à elle construite par l’abbé Joseph Raimond et consacrée en 1950. Parmi les souvenirs qu’elle abrite se trouve des ossements trouvés dans les fondations du bâtiment et rassemblés dans une vitrine murale.

Souvenir Vendeen 56La Chapelle des Martyrs et la Croix du Massacre
  

La journée s’est conclue par une messe célébrée en l’église Saint-Philbert. Rappelons qu’une plaque a été posée en 2014 à l’entrée des fonts baptismaux, par la paroisse, le Souvenir Vendéen et les Amis de Noirmoutier, en mémoire des prisonniers vendéens fusillés en masse sur la grève de Banzeau, puis inhumés à la Clère.

Après le verre de l’amitié servi dans la salle paroissiale, nous sommes repartis vers le continent dans le grand car à impériale des Voyages Bourmaud de Rocheservière. Ce moyen de transport aura été bien utile, au vu du nombre important de participants, pour éviter les difficultés liées aux déplacements et au stationnement. Remercions les organisateurs de cette belle journée de mémoire sur cette île qui concentre tant de souvenirs des Guerres de Vendée !
  

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