Il y a 220 ans, le général Travot a fort à faire en Vendée pour traquer les bandes armées qui alarment les patriotes. Il les combat pied à pied à travers le Bocage et n’hésite pas à donner de sa personne en se déguisant en « Chouan » pour obtenir des renseignements.

AD 85« Le général Travot… s'étant habillé en chouan… »
A.D. 85, AN F7 3695/1-62, vues 18

  

Le mot « Chouans » emprunté aux insurgés du nord de la Loire est désormais utilisé par les républicains, en 1799, pour désigner les rebelles vendéens. Des bandes armées se montrent menaçantes en effet tout au long de l’été, particulièrement dans le Haut-Bocage et le nord-ouest des Deux-Sèvres.

Le 30 juillet 1799 par exemple, 60 à 80 de ces « Chouans » se sont portés sur la commune de La Bruffière (« la plus mauvaise peut-être de ce département » lit-on dans une lettre du commissaire du Directoire exécutif près l’administration de la Vendée) et y ont tué cinq volontaires de la 19e demi-brigade. En représailles, 27 individus, parents d’émigrés ou nobles, ont été arrêtés et conduits à Fontenay.

Le général Travot (1) est à la manœuvre pour contenir tout risque d’une nouvelle insurrection. Dans les jours qui suivent l’affaire de La Bruffière, il a ainsi mis en déroute une bande de ces « Chouans » au village de la Châtaigneraie, commune de La Gaubretière, et en a tué cinq. On en signale d’autres encore, qui se sont attaqués aux patriotes de Saint-Amand-sur-Sèvre, de Moulins et de Mallièvre.

Le commissaire du Directoire exécutif cité plus haut s’inquiète : « Il est douloureux sous plus d’un rapport de voir une poignée de chouans commettre tant de crimes sans que les habitants se mettent en devoir de les exterminer, ce qui leur serait facile s’ils étaient animés d’un meilleur esprit. Je crains toujours une nouvelle guerre aussitôt que la récolte sera faite… »

Il ajoute – détail surprenant – que Travot se déguise lui-même en « Chouan » pour obtenir des renseignements : « Le général Travot nous donne aujourd’hui, par sa lettre du 18 (2), cette certitude. Il tient ce fait, s’étant habillé en chouan peu marquant (3), d’un nommé Grellier Concise (4), désigné comme otage dans l’arrêté déjà présenté, qui lui a assuré qu’ils n’attendaient tous que le moment favorable pour se soulever… » (5)
  


Notes :

  1. Jean-Pierre Travot (1767-1836), vainqueur de Charette en mars 1796, est resté en Vendée jusqu’en 1802. Il y reviendra combattre un nouveau soulèvement en 1815.
  2. Soit le 5 août 1799.
  3. Peu reconnaissable ?
  4. De la famille des Grelier de Concise, de Chambretaud. Peut-être s’agit-il de Frédéric-Louis-Charles (1781-1860), dont le père fut fusillé à Vannes le 2 août 1795, après l’affaire de Quiberon, et dont la sœur Suzanne fut noyée à Nantes en 1793.
  5. Lettre du commissaire du Directoire exécutif près l’administration de la Vendée, au ministre de la Guerre, 22 thermidor an 7 (9 août 1799), Archives de la Vendée, Archives militaires de la guerre de Vendée conservées au Service historique de la Défense, AN F7 3695/1-62, vues 17-18/18.