Célèbre journaliste d’enquête, Pierre Péan est décédé hier à l’âge de 81 ans. Son attachement à Maumusson, où il s’était installé, fut à l’origine de deux ouvrages sur l’histoire de cette commune du pays d’Ancenis pendant la Révolution : Les Chapellières et Une blessure française, récompensé par le Prix Charette il y a tout juste dix ans.

Pierre Pean  
La Lettre de Vérité pour la Vendée n°53 (avril 2018) lui avait rendu l’hommage dont voici un extrait :

Pierre Péan se révéla attaché à la terre de ses ancêtres, près de Maumusson (Loire-Atlantique) dont est issue sa famille. Il en tirera un roman historique éminemment attachant, Les Chapellières : une terre, deux destins en pays chouan (Albin Michel, 1987). Il avoua devoir ce beau roman historique aux « légendes de sa mère » qu’il a voulu transmettre à ses lecteurs. Il s’avère être descendant du chef chouan Terrien « Cœur de Lion » et sa mère a toujours voué du respect aux Ginoux-Defermon, qui possédèrent longtemps le domaine des Chapellières, situé au nord de la Loire entre Ancenis et Châteaubriant.

En tant que Vendéens, nous oublions trop souvent que les habitants du nord de la Loire, sur une profondeur de plusieurs dizaines de kilomètres, ont connu la même Terreur que celle subie par nos ancêtres. Des colonnes républicaines quadrillaient sans cesse ces régions afin d’éviter la contagion du sud de la Loire, et les atrocités n’ont pas manqué !

Un seigneur révolutionnaire et un métayer royaliste

Dans ce roman, Pierre Péan a mis en scène deux personnages que la Révolution opposait : le seigneur Jacques Defermon des Chapellières, qui a pris le parti de la Révolution, alors que son métayer, Jean Terrien, poussé à la révolte par les excès des conventionnels terroristes, devint un redoutable chef chouan. L’auteur a nourri sa chronique historique par de longues heures de recherche dans les archives publiques et privées sur la période allant de 1754 à 1855.

Ce travail a donné un chef-d’œuvre, d’autant que l’histoire finit bien, puisque Cœur de Lion, qui prend les armes en 1793 au moment du grand soulèvement vendéen, finira son combat anobli. Quant à Jacques Defermon, après un exil en 1816, pour avoir été principal conseiller financier de Napoléon, il retrouvera ses droits en 1821.

Comme l’explique l’éditeur, il s’agit d’un grand récit remarquablement coloré, fourmillant d’aventures et de révélations, à travers lequel Pierre Péan montre les véritables racines des contradictions qui depuis plus de deux siècles n’ont cessé de déchirer la France. Il s’est tellement attaché à ses héros, qu’il a fini par racheter la propriété des Chapellières et par devenir un insatiable collectionneur de documents rares sur la période révolutionnaire.

Une blessure française, Prix Charette 2009

Fort de ses travaux de dépouillement d’archives de registres d’état civil, de correspondances, de mémoires inédits, l’écrivain publie Une blessure française (Fayard, 2008), ouvrage salué par tous les passionnés des Guerres de Vendée.

Dans ce second opus, il s’attache à mieux comprendre les raisons profondes des « soulèvements populaires dans l’Ouest sous la Révolution, de 1789 à 1795 ». Pourquoi, pendant deux siècles, les Vendéens ont-ils été présentés comme des « fanatiques ignares, asservis par une religion et des aristocrates obscurantistes… » ? Pourquoi, durant toute cette période, « peu de monde s’est indigné de la politique d’extermination menée par la Convention ? Rares sont les épisodes de l’histoire de France à avoir été autant travestis ».

Il apporte la réponse dans son ouvrage : « Ceux qui firent et enseignèrent l’histoire par la suite pouvaient difficilement justifier que le mouvement qui avait érigé en nouvelles Tables de la Loi la déclaration des Droits de l’homme n’avait cessé de fouler aux pieds, par ailleurs l’un de ces droits primordiaux, la liberté de croire et de participer au culte de son choix ».

Ce livre connu un immense succès, car beaucoup reconnurent que cette blessure française était bel et bien présente dans le cœur de nombreux héritiers de ce drame. Il fut récompensé par le Prix Charette 2009, remis en forêt de Grasla, aux Brouzils, en présence l'auteur.