Branle-bas de combat chez les républicains angevins en thermidor de l’an VII (juillet-août 1799) ! Les Chouans mènent une véritable guérilla, autant dans les Mauges que dans le Haut-Anjou. Les diligences sont attaquées de toutes parts, à tel point que le service doit être arrêté sur quasiment toutes les routes. 

Attaque de ChouansAttaque d'une diligence par les Chouans
  

« Les chouans (1) sont en force dans le département de Maine-et-Loire. Ils dévastent, ils assassinent, et les habitants n’opposent aucune résistance ; la crainte d’être victimes les rend sourds à toute invitation… » C’est ainsi que Fouché fait état de la situation au directoire exécutif dans un rapport daté du 4 octobre 1799 (2).

Le ministre de la police générale ajoute que « les voitures publiques sont régulièrement arrêtées entre Angers et Nantes, le Mans et Angers ». Les Affiches d’Angers mentionnent ces attaques dignes de l’Ouest américain tout au long du mois de thermidor an VII (juillet-août 1799).

« 6 hommes à plumets blancs avaient arrêté la diligence… »

« Le 2 de ce mois (20 juillet 1799), entre Angers et Beau-Site ci-devant Saint-Georges (3), les chouans, au nombre d’environ 200, ont arrêté le courrier de la malle (4) ; cette expédition faite, ils dirigeaient leur marche sur Beau-Site dont ils se sont approchés à demi-lieue, et de là ont tiré quelques coups de fusil (…) Deux jours avant, 6 hommes à plumets blancs avaient arrêté la diligence à la Roche (5). On sait aussi que 80 chouans se sont portés à Seiches à la même époque, et qu’ils ont pris les chevaux et les armes des gendarmes » (Affiche d’Angers, 6 thermidor an VII).

« La diligence partant d’Angers pour Nantes, le 15 de ce mois (2 août 1799), a été arrêtée trois fois en moins de deux lieues, entre Angers et Beau-Site ; d’abord, cinq hommes armés de huit fusils, ne trouvant rien à piller dans la voiture, forcèrent le conducteur à leur donner 12 francs pour avoir, dirent-ils, du tabac (…) Plus loin, 15 à 16 hommes firent la même perquisition, trouvèrent une caisse de modes et rubans, la prirent en disant que ce serait bien joli d’en avoir à leurs boutonnières (…) Le même jour, la diligence partant d’Angers pour Paris, a été arrêtée près Foultourte (6). Les brigands ont fait feu, et ont blessé à mort le plus beau et le meilleur cheval de l’équipage. Le courrier de la malle, parti du Mans, le 19 au soir, a été arrêté, dans la nuit, entre la Flèche et Durtal, par environ 12 chouans (…) Le courrier de Nantes à Angers a également été arrêté la nuit du 20 au 21, entre Varades et Ancenis (…) Ils ont désarmé un militaire qui était dans la voiture, après avoir menacé de le fusiller. Les deux dragons qui escortaient le courrier, voyant que la résistance était inutile, se sont sauvés » (Affiches d’Angers, 22 thermidor an VII). 

La poste interrompt son service sur les routes du Maine-et-Loire

L’administration centrale du département du Maine-et-Loire a riposté par un arrêté du 7 thermidor an VII (25 juillet 1799) mettant en réquisition les citoyens inscrits au rôle de la garde nationale dans les communes encore fidèles à la République : Nueil-sur-Layon, Doué, Martigné-Briand, Thouarcé, Chalonnes, Les Ponts-Libres (7), Seiches, Jarzé, Fougeré, Baugé, Mazé et Brissac. 

On apprend aussi, le 22 thermidor (9 août), que « l’arrivée très prochaine de dix mille hommes mettra bientôt un terme à ces brigandages, et ramènera la sûreté des routes et la tranquillité dans nos contrées. En attendant, l’administration des messageries vient de suspendre le service sur les routes de Nantes à Paris par le Mans, et d’Angers à Paris aussi par le Mans. Elle conserve seulement celui d’Angers à Paris, par la levée ». La Vallée, entre Angers et Saumur, demeure en effet la seule partie du département encore préservée des attaques de Chouans.
  


Notes          

  1. En 1799, le terme « chouans » désigne indistinctement les rebelles royalistes des deux rives de la Loire.
  2. F. Uzureau, Le Maine-et-Loire en 1799, L’Anjou historique, 1903-1904, p. 534.
  3. « Beau-Site » est le nom révolutionnaire de Saint-Georges-sur-Loire.
  4. La malle-poste était une voiture hippomobile destinée au courrier, mais qui pouvait aussi transporter des passagers.
  5. Peut-être la Roche-aux-Moines, près de Savennières.
  6. Cérans-Foulletourte, entre La Flèche et Le Mans.
  7. Nom révolutionnaire des Ponts-de-Cé.