Sur une petite route de Saint-Laurent-de-la-Plaine, en haut des coteaux du Jeu, se dresse une stèle de granit très fine, surmontée d’une croix de fer. L’une des cinq pierres qui l’entourent porte un cœur vendéen et l'inscription : « 1793-1800. Souvenez-vous des jours d’autrefois ». Mais quelle est l’origine de ce monument ?

Saint-Laurent-de-la-Plaine 1La pierre gravée au pied de la stèle
  

Saint-Laurent-de-la-Plaine est connu à plus d’un titre dans les annales de la Grande Guerre de 1793, que ce soit pour son sanctuaire de Notre-Dame de Charité, l’un des principaux lieux de pèlerinages clandestins à l’été 1791 ; pour le héros de la paroisse, Sébastien Cady, à la fois chef de division chargé de la garde du Layon et chirurgien qui soignait sans distinction les Blancs et les Bleus ; ou encore pour son martyrologe de plus de 200 victimes.

Saint-Laurent-de-la-Plaine garde aussi le souvenir de ses deux vicaires, Joseph Moreau (1) et René Bourigault (2). À la mort de son curé, Charles-Gervais Bourdais, le 3 octobre 1791, la paroisse resta confiée à ces deux prêtres. Leur opposition au serment constitutionnel les contraignit cependant à quitter les lieux à peine un mois après, pour laisser la place au curé « jureur » Pinault. Refusant d’obéir à l’arrêté du 1er février 1792 qui ordonnait aux insermentés à résider à Angers, les deux vicaires entrèrent dans la clandestinité, pour ne reparaître qu’au moment de l’insurrection de mars 1793.

L'abbé Moreau, prêtre martyr béatifié en 1984

La proximité de Chalonnes imposait toutefois la prudence. L’abbé Moreau se réfugiait ainsi le plus souvent à la Grande-Rogerie pour y exercer son ministère. Il franchit la Loire avec l’armée vendéenne à Saint-Florent-le-Vieil, le 18 octobre 1793, survécut aux malheurs de la Virée de Galerne, et passa plusieurs mois dans la misère aux alentours de Craon durant l’hiver. Une patrouille républicaine le captura en avril 1794 dans une ferme de La Cornuaille, près de Candé, où il s’était caché dans un pailler avec un autre prêtre, l’abbé Humeau, vicaire d’Andrezé (3).

L'abbé Moreau fut conduit à Segré, puis à Angers où il comparut devant la commission militaire qui le condamna à mort pour avoir été « l’un des premiers moteurs du rassemblement contre-révolutionnaire des bandits qui se sont soulevés (…), imaginé des processions miraculeuses, au nom d’une soi-disant ste. Vierge placée dans un chêne, près s. Laurent-de-la-Plaine, qu’il faisait mouvoir à volonté, en la métamorphosant de toutes les manières, & selon les circonstances, du soi-disant miracle qu’il voulait opérer en son nom, etc. »

JExtrait des Affiches d'Angers du 10 floréal an II (29 avril 1794) donnant l'énoncé de la condamnation à mort de l'abbé Moreau (A.D. 49)
  

Il fut guillotiné le lendemain, 18 avril 1794, Vendredi Saint, sur la place du Ralliement. Le nom de l’abbé Moreau figure dans la liste des 99 martyrs angevins béatifiés par le Pape Jean-Paul II le 19 février 1984.

Une stèle de granit érigée en 1965

C’est en mémoire de ce prêtre, et de toutes les victimes de la Révolution à Saint-Laurent-de-la-Plaine, que Maurice Perrault, membre du Souvenir Vendéen, prit l’initiative d’élever par ses soins un monument près de la Grande-Rogerie.

Il érigea au bord de la route de Chalonnes à Saint-Lézin une haute stèle de granit rose extrait des carrières de Saint-Macaire-en-Mauges, haute de 4 mètres et surmontée d’une croix métallique. À sa base, une pierre gravée porte un double cœur vendéen et l’inscription « 1793-1800. Souvenez-vous des jours d’autrefois ». Ce mémorial fut béni le lundi des Rogations, 24 mai 1965, au cours d’une cérémonie paroissiale (4).
  


Quelques photos du mémorial :

Saint-Laurent-de-la-Plaine 2

Saint-Laurent-de-la-Plaine 3

Saint-Laurent-de-la-Plaine 4

Saint-Laurent-de-la-Plaine 5


Notes :

  1. Joseph-René Moreau est né à Saint-Laurent-de-la-Plaine le 21 octobre 1763.
  2. René Bourigault est né à Saint-Laurent-de-la-Plaine le 9 décembre 1761. Il resta caché dans sa paroisse et fit parapher par l’abbé Bernier le registre qu’il tenait. À la paix de Saint-Florent, en mai 1795, il rétablit le culte catholique et lança le projet de reconstruction de l’église. Le coup d’État du 18 fructidor le rejeta dans la clandestinité. Arrêté le 11 août 1798, il fut emmené à Angers, enfermé à la prison de la Rossignolerie, interrogé et condamné à la déportation sur l’île de Ré. Libéré le 17 mai 1802, il rentra à Saint-Laurent-de-la-Plaine et y trouva son église rebâtie. Durant son absence, la paroisse avait été administrée secrètement par l’abbé Grellier, vicaire de Neuvy. Après le Concordat, l’abbé Bourigault fut nommé curé de Champtocé. Il mourut au Mans le 20 octobre 1837 (F. Uzureau, Arrestation d’un prêtre insermenté à Saint-Laurent-de-la-Plaine (1798), L’Anjou historique, 1926, pp. 54-58).
  3. « Surpris dans un pailler, près de Combrée (plutôt près de Candé), le 22 germinal an II (11 avril 1794), il (l’abbé Humeau) fut tué en cherchant à se sauver » (C. Port, Dictionnaire du Maine-et-Loire).
  4. Revue du Souvenir Vendéen, n°71 (juin 1965), pp. 20-21.
      

JL'acte de baptême de Joseph Moreau (A.D. 49)