Généanet proposait cette fin de semaine une nouvelle campagne « Sauvons nos tombes », invitant ses utilisateurs à un recensement photographique des cimetières (1). Ce projet utile aux généalogistes réserve également quelques surprises d’ordre historique. 

Geneanet 2La tombe de Charles-Amédée Méda à Saint-Gervais (photo Généanet)
  

En voici une : Le relevé du cimetière de Saint-Gervais, en Vendée, a permis d’identifier 495 sépultures. L’une d’elles porte l’inscription : « Charles-Amédée MÉDA, chef de bataillon d’infanterie, officier de la légion d’honneur, décédé le 8 novembre 1875 à l’âge de 48 ans » (illustration ci-dessous).
  

Geneanet 1L'inscription sur la tombe de Charles-Amédée Méda (photo Généanet)
  

Ce nom de « Méda » vous dit quelque chose ? C’est bien celui que portait le gendarme Merda, qui tira un coup de pistolet sur Robespierre le 27 juillet 1794 et qui finit baron d’Empire. Et pourtant le père de Charles-Amédée ne s’appelait ni Méda, ni Merda…

Le gendarme Merda, héros de Thermidor

Petit rappel historique : Charles-André MERDA (1773-1812) s’est engagé dans la garde nationale de Paris en 1789 à l’âge de 16 ans. Devenu gendarme après la journée du 10 août 1792, il prit part à l’arrestation de Robespierre, Saint-Just, Couthon, etc., dans la nuit du 27 au 28 juillet 1794, ces fameuses journées des 9 et 10 thermidor, au cours desquelles le jeune homme se rendit célèbre en déclarant avoir tiré le coup de feu qui brisa la mâchoire de l’Incorruptible.

Ce fait d’armes et la gloire qu’il en tira lui valurent de l’avancement. Promu capitaine, puis chef d’escadron dans un régiment de chasseurs à cheval, il reçut la Légion d’honneur en 1804. Un décret de 1808 en fit un baron d’Empire. C’est à cette époque qu’il fit sauter le « r » de son patronyme pour n’en garder qu’un MÉDA moins sujet aux railleries. Nommé colonel, il combattit avec son régiment (le 1er régiment de chasseurs à cheval) aux batailles d’Eylau, de Wagram, et pendant la campagne de Russie. Il y trouva la mort, d’une blessure reçue à la bataille de la Moskova.
  

Genealogie Merda MedaLien généalogique entre le gendarme Merda, qui tira sur Robespierre,
et Charles-Amédée Boniface dit Méda
  

Charles-Amédée s’attribue le nom de « Méda »

Charles-André MERDA devenu MÉDA, avait un cousin germain, Jean-Charles (1765-1839), resté MERDA comme le reste de la famille. Ce dernier eut plusieurs enfants, dont une fille prénommée Joséphine-Camille. Celle-ci épousa en 1826 Hector-Aimé-Joseph BONIFACE, dont elle eut un fils, Charles-Amédée (aussi noté Amédée-Charles), né le 1er mai 1827 à Cambrai. C’est le même qui est décédé le 8 novembre 1875 à Saint-Gervais, en Vendée. Celui-ci n’était donc pas un descendant direct du gendarme Merda comme on le lit parfois, mais son petit-neveu, et n’en portait même pas le nom.

Ce militaire formé à Saint-Cyr fut toutefois autorisé par un jugement, en 1853, à joindre à son patronyme celui de sa mère, en hommage à son illustre grand-oncle. Il tricha alors un peu en s’attribuant celui de MÉDA, moins disgracieux que son MERDA maternel. Le nom de son père, BONIFACE, a même complètement disparu de l’inscription de sa pierre tombale. Mieux encore : ce nom a été transformé en un simple prénom sur l’acte de décès (2), non seulement pour Charles-Amédée, mais aussi pour son père, inscrit en tant que « Hector-Boniface MÉDA » (voir l'acte ci-dessous).

Il en sera de même pour son fils unique, enregistré à l’état civil en tant que « Georges-Marie-Camille-Boniface MÉDA », mort lui aussi en 1875, à l’âge de 7 ans. Sa tombe, voisine de celle de ses parents, est l’une des plus remarquables dans le cimetière de Saint-Gervais, avec ses quatre colonnes qui supportent une toiture de pierre au-dessus de la sépulture. Elle figure aussi dans le relevé de Généanet.
  


Notes :

  1. Lien vers la page du projet « Sauvons nos tombes ».
  2. En marge de cet acte de décès, on lit que Charles-Amédée fut chevalier de l’ordre du mérite militaire d’Italie ; il aurait donc combattu plutôt du côté des Piémontais, que de celui des Zouaves pontificaux, comme la tradition locale le raconte.
      

AD Charles Amedee Meda