Les « brigands de la Vendée » ! Cette formule adoptée par les républicains pour discréditer leur ennemi vendéen leur permettait de le combattre hors des lois de la guerre, sans égards ni pour les prisonniers, ni pour les civils. Quand apparaît-elle ?

ABillet de J.-R. de Chouppes et W. Bulkeley où les républicains sont qualifiés de « brigands » (A.D. 85, 1 Num 119 4/10)
  

Insurgés, révoltés, rebelles… les termes varient sous la plume des républicains pour désigner les paysans soulevés en mars 1793 : le 11, le district de Challans rapporte que Machecoul est envahi par des « insurgés » au nombre de plus de trois mille (SHD B 5/3-8) ; le 12, le directoire du département du Maine-et-Loire fait état d’attroupements de « révoltés », qu’il qualifie aussitôt de « scélérats » (SHD B 5/3-9) ; et dans une lettre du 18 au ministre de la Guerre, le général Marcé écrit qu’il a rencontré les « rebelles » à la porte de Chantonnay et qu’il les a dispersés (SHD B 5/3-14).

Brigands blancs

Le terme de « brigands » apparaît dans la foulée. On le trouve par exemple en abondance dans une lettre des représentants du peuple Carra et Auguis (1), qui ont été envoyés à Fontenay, adressée à la Convention le 19 mars 1793 :

« Les brigands, disait-on à Poitiers, étaient au nombre de vingt mille ; à Niort ils n’étaient que dix mille, et aujourd’hui à Fontenay-le-Peuple, il nous paraît démontré que le nombre des rebelles (…) ne va pas au-delà de six mille. Les brigands ne marchent jamais la nuit, ils se dispersent dans différents villages jusqu’au jour pour recommencer leurs brigandages et leurs massacres. Les mesures que nous devons prendre avec les nombreux renforts qui arrivent de toutes parts seront donc de traquer ces brigands comme des loups (…) Nous prenons des notes sur les villages d’où ces brigands sont sortis, afin que cette fois-ci la justice nationale soit exercée sévèrement sur les auteurs et complices de ces insurrections fanatiques (…) Il paraît que les principaux chefs des brigands sont des émigrés, des valets d’émigrés et des prêtres fanatiques, etc. » (SHD B 5/3-15).

On mesure, à la lecture de ce texte, l’aveuglement des deux députés de la Convention quant à la nature et à l’ampleur de l’insurrection, mais aussi la rigueur de la répression qui s’annonce déjà. À partir de là, les « brigands de la Vendée » peupleront toute la correspondance civile et militaire des républicains.

Brigands bleus

Du côté vendéen, le mot de « brigands » a été utilisé pour nommer les républicains sur un billet daté du 27 avril 1793, signé par De Chouppes (2) et Bulkeley (3), qui commandent les insurgés de la région de La Roche-sur-Yon :

« Messieurs, il paraît que nos armées sont en déroute ; une partie de nos débris nous joignent ici de moment en moment. Par conséquent messieurs il ne vous reste d’autre parti à prendre que de vous réunir à nous le plus promptement possible afin d’opposer une forte résistance à l’incursion de ces brigands ; ainsi nous comptons sur vous le plus promptement possible. En attendant nous sommes tout à vous, De Chouppes, Bulkeley, le 27 avril 1793 » (4).

Il semble cependant que ce soit le seul exemple où des Vendéens ont taxé les Bleus de « brigands ».
  


Notes :

  1. Jean-Louis Carra (1742-1793), député de la Saône-et-Loire (il sera guillotiné le 31 octobre 1793 avec les Girondins), et Pierre-Jean-Baptiste Auguis (1747-1810), député des Deux-Sèvres.
  2. Né en 1756 à Pressigny (Deux-Sèvres), Jean René de Chouppes était le fils de Jean-Charles-René de Chouppes et d'Anne-Henriette de La Place. Il épousa le 22 février 1788, toujours à Pressigny, Marie-Anne-Élisabeth de Tinguy de Nesmy. Commandant d'une troupe dans la région de La Roche-sur-Yon en 1793 (il habitait à La Ferrière), il participa à la Virée de Galerne au cours de laquelle il périt. On ignore cependant la date et le lieu de sa mort. Le Souvenir Vendéen a dévoilé une plaque à sa mémoire le samedi 26 avril 2014, au Plessis-Bergeret, à La Ferrière (Revue du Souvenir Vendéen n°268, septembre 2014, pp. 37-44).
  3. William Bulkeley est né à Clonmel, en Irlande, le 7 décembre 1763. Sous-lieutenant au régiment de Walsh-Serrant, il épousa à Saint-André-d’Ornay, le 20 novembre 1786, Céleste-Julie Talour de La Cartrie (qui deviendra la célèbre amazone vendéenne, Madame Bulkeley). Il quitta l’armée en 1792, pour se retirer au logis de la Brossardière, à Saint-André-d’Ornay, quand il prit en mars 1793, sous la pression de son épouse, le commandement des insurgés des environs de La Roche-sur-Yon, avec Jean-René de Chouppes. Il joignit ses forces d’abord avec Joly pour l’attaque des Sables, puis avec Charette. En septembre, il suivit la Grande Armée catholique et royale, avec sa femme et sa fille, et fit la campagne d’outre-Loire. Capturés tous les trois au Louroux-Béconnais, ils furent emprisonnés à Angers. William Bulkeley fut condamné à mort et guillotiné le 2 janvier 1794 (voir illustration ci-dessous). Sa femme prétendit qu’elle était enceinte pour échapper à la mort (H. La Fontenelle de Vaudoré, Autour du drapeau blanc, Revue du Bas-Poitou, 1898, p. 482)
  4. Archives de la Vendée, Pièces isolées, 1 Num 119 4/10.
      

Affiches d'AngersLe nom de William Bulkeley, déformé en « Bockly » apparaît dans la liste des condamnés à mort par la commission militaire, publiée par les Affiches d'Angers le 18 nivôse an II (7 janvier 1794).