Le Musée d’Art et d’Histoire de Cholet expose dans l’une des vitrines de sa galerie dédiée aux Guerres de Vendée le fac-similé d’un acte de mariage célébré par l’abbé Bernier le 7 juillet 1795 et signé de la main de Stofflet. C’est là tout ce qu’indique le cartel, alors que le document renferme bien plus d’informations historiques.

AM Monnier DabinVoici tout d’abord la retranscription de cet acte de mariage (ci-contre) extrait du registre clandestin de Saint-Germain-sur-Moine :

« Le sept juillet mil sept cent quatre vingt quinze, après avoir obtenu les formes canoniques et les publications faittes sans opposition, vû les certificats de Messieurs de Ronseray recteur de St Hilaire du Bois et Gaudin vicaire de St Macaire (1), Mr Louis Julien Monnier, commandant de la division de St Macaire, veuf de Marie Robert, fils de deffunt Jean Baptiste Monnier et de Margueritte Grellier, originaire de la paroisse de la Trinité de Clisson, domicilié de cette paroisse et de droit de celle de St Macaire, et demoiselle Rozalie Dabin, fille majeure de deffunts Mr Jean Baptiste Dabin, notaire en la chatelenie de Clisson, et de dame Marie Françoise Hervouet, originaire de la paroisse de St Jacques de Clisson et domiciliée de celle de St Hilaire du Bois, ont reçu la bénédiction nuptiale de Messire Étienne Jean Baptiste Marie Bernier, curé et chanoine de d’église royale de St Laud d’Angers, commissaire général pour le Roy dans l’Anjou et Haut Poitou, la cérémonie faitte en la chapelle du château de la Perinière en cette paroisse et en présence des soussignés. »

Suivent les signatures : Louis Monnier (le marié), Rosalie Dabin (la mariée), Louise Françoise Hervouet femme Dabin (la mère de Rosalie), Louis Dabin (frère de Rosalie) et son épouse Rose Bossu, J. Dabin (Jean, frère de Rosalie), le général Stofflet, Bernier curé de Saint-Laud, Saillant vice-gérant de la paroisse de Saint-Germain-sur-Moine (2), et plusieurs autres témoins qu’il n’est pas aisé de tous identifier. On note cependant la présence de Goguet de la Salmonière (3), officier vendéen, qui épousa en 1793 la demi-sœur de Bonchamps, Émilie-Louise-Charlotte ; et de Louis-Jean-Marie-Félicité de Courtoux, ancien lieutenant-colonel au 8e régiment de dragons (4).

Ce mariage a été porté dans les reconstitutions d’actes d’état civil de la commune de Saint-Germain-sur-Moine (5), mais seuls les témoins membres de la famille Dabin sont cités, et non Stofflet, ni les autres officiers vendéens (illustration ci-dessous).
  

Saint-Germain-sur-Moine NDM 1790-1800Le mariage de Louis Monnier et Rosalie Dabin dans la liste chronologique NMD de Saint-Germain-sur-Moine, A.D. 49
  

Louis Monnier à la veille de la Révolution

Celui qui a l’honneur d’avoir eu le général Stofflet comme témoin de son mariage s’appelle Louis-Julien Monnier, un personnage hors du commun qui a eu la bonne idée de nous laisser de précieux mémoires sur les Guerres de Vendée (6).

Né à Clisson, paroisse de la Trinité, le 26 octobre 1771, ce jeune aventurier s’embarqua à Nantes comme mousse à l’âge de 11 ans. Après des années de navigations sur les côtes africaines, il fit voile vers Saint-Domingue et y rencontra Charette, alors premier lieutenant de vaisseau, en 1788. De retour à Nantes au printemps 1789, Monnier fut confronté dès son arrivée aux premières manifestations de la Révolution. Engagé dans la garde nationale de Clisson, il fut vite rebuté par les perquisitions qu’il devait mener dans le pays.

Il se maria peu après avec Marie Robert, dont il aura deux enfants, Julie née en 1792 et Louis né en 1793, et obtint une place de commis aux contributions de Gorges et de Vieillevigne. Après l’avoir perdue en raison de sa proximité avec des aristocrates locaux, il se mit à faire l’école chez des particuliers. Il écouta les parents de ses élèves blâmer la persécution des autorités à l’égard des prêtres et de la religion catholique, vit s’accroître la colère des paysans, ce qui le poussa à s’armer et confectionner des cartouches en attendant que l’orage éclate.

Sa femme et sa mère sont tuées par les Bleus

L’insurrection eut lieu à Saint-Lumine le 7 mars 1793. Cette paroisse voisine de Clisson, où Monnier s’était caché, le choisit comme chef le lendemain. À partir de cette date commence une longue série de campagnes militaires passant le siège de Nantes le 29 juin, la bataille de Torfou le 19 septembre, celle de Cholet le 17 octobre, la Virée de Galerne et l’époque atroce des Colonnes infernales. Les Mémoires de Louis Monnier en offrent le récit le plus authentique.

On y apprend comment sa première épouse et sa mère furent tuées par les Bleus au début de février 1794 :

« Mon épouse, ma mère s’étaient sauvées à la Vincendelière, petit village sur la route de Tilliers (Tillières) à Clisson, en la paroisse de Saint-Crespin, près la maison de Boisame. La colonne incendiaire et de massacre suivait cette route pour se rendre à Clisson. L’autre colonne qui s’était séparée à Gesté, et qui avait massacré les femmes et les enfants de Gesté marcha sur Montfaucon ; elle y surprit plus de 150 femmes, mit le feu à Montfaucon, et sabra toutes les malheureuses femmes dans un champ, sur la route de Tiffauges, près le Pont-de-Moine, en Montigné. Cette colonne, qui marchait sur la route de Clisson, surprit mon épouse, ma mère et les domestiques de la maison de Boisame ; ils furent sabrés sur le fief de vigne de la maison, à l’exception de mon épouse, que les bleus emmenèrent à Clisson avec beaucoup d’autres qu’ils prirent chemin faisant. C’était Cordelier qui commandait cette colonne. Grignon, de Doué, commandait celle qui passait à Montfaucon. Les deux colonnes infernales, réunies à Clisson, s’occupèrent à fusiller leurs prisonniers et prisonnières. Mon épouse était du nombre » (7)
  

CarteLocalisation de la Vincendelière et de Bois Ham (Boisame), près de Tillières, où l'épouse et la mère de Louis Monnier furent surprises par les Bleus
  

Louis Monnier, divisionnaire de l’armée de Stofflet

En mars 1794, Stofflet organisa son armée en huit divisions, confiant la première, celle de Montfaucon, à Louis Monnier. On suivra dans les Mémoires de ce dernier les événements de cette époque où les chefs vendéens se déchiraient sur l’affaire des « bons royaux », la fin tragique du général Marigny, et les querelles entre Charette et Stofflet (8) autour des négociations de paix avec les représentants de la Convention.

Devenu veuf, Louis Monnier se remaria donc le 7 juillet 1795 avec Rosalie Dabin (9) dans la chapelle du château de la Perrinière, comme on l’a vu plus haut, en présence de son général. Située à cheval sur les communes de Saint-Germain-sur-Moine et La Renaudière, cette demeure chargée d’histoire, qui sera après la guerre propriété du général Travot, le vainqueur de Charette, sombre depuis plusieurs années dans un état de ruines qui en verra bientôt disparaître les derniers pans de murs.

Après l’exécution de Stofflet à Angers le 25 février 1796, Louis Monnier déposa les armes tout en demeurant à Montfaucon. Il donna des gages de paix aux autorités, ce qui ne l’empêcha pas de repartir en guerre lors du soulèvement d’octobre 1799. On le vit à différents combats, à la Poëze près de La Poitevinière, au Fief-Sauvin, aux Aubiers, jusqu’à la conférence de La Tessoualle, le 24 novembre 1799, qui ramena la paix.

Fait prisonnier en 1815 avec toute sa compagnie, il ne put prendre part à une nouvelle campagne pendant les Cent-Jours. Il se retira ensuite à Montfaucon, puis s’établit au Pont-de-Moine, aux portes de la ville, mais sur la commune de Montigné. Il s’y maria une troisième fois le 2 octobre 1830, avec Marie Birot.

C’est dans sa maison du Pont-de-Moine que l’ancien divisionnaire de Stofflet mourut le 24 novembre 1851, à l’âge de 80 ans, dans un état proche de la misère. Il fut inhumé dans le cimetière de Montigné. Sa tombe, hélas, n’existe plus.

Pour voir l'acte de mariage de Louis Monnier et Rosalie Dabin, le Musée d'Art est d'Histoire de Cholet est ouvert du mercredi au samedi et les jours fériés, de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 18h00, le dimanche de 14h00 à 18h00. Entrée gratuite le samedi.
  


Notes :

  1. Saint-Hilaire-du-Bois près de Clisson, et non la paroisse angevine du même nom ; et Saint-Macaire-en-Mauges.
  2. Jean-Jacques Saillant, vicaire de Saint-Germain-sur-Moine avant la Révolution, devint curé de la paroisse au Concordat de 1802 jusqu’à sa mort en 1813.
  3. Guy Coutant de Saisseval, Un beau-frère de Bonchamps : Charles-Joseph Goguet de La Salmonière, officer de Charette et de Bonchamps, Revue du Souvenir Vendéen n°13 (novembre 1950), pp. 5-8 (en réalité son acte de baptême en 1764 et celui de son décès en 1832 indiquent les prénoms Charles-Marie).
  4. On trouve sa demande de radiation de la liste des émigrés sur le site des Archives nationales sous la cote F/7/5217, dossier 1. On y lit notamment que « le citoyen Courtoux, ex officier de cavalerie, ex municipal, est nommé agent municipal de la commune de St Germain, canton de Montfaucon, dépt de Maine et Loire » le 11 thermidor an IV (29 juillet 1796).
  5. A.D. 49, Saint-Germain-sur-Moine, Liste chronologique NMD 1790-1800, vue 45/88.
  6. Publiés en 1896 par l’abbé Félix Deniau, les Mémoires sur la guerre de Vendée, 1793-1799, par Louis Monnier, sont consultables sur Gallica. Élie Chamard, qui a publié une biographie de Louis Monnier dans le Bulletin de la S.L.A. de Cholet (1970-1971, pp. 115-137), note que le manuscrit original demeure introuvable.
  7. Mémoires sur la guerre de Vendée, 1793-1799, par Louis Monnier, p. 73.
  8. « Ce qui perdit la cause des Vendéens » (Mémoires, p. 119).
  9. De ce deuxième mariage naquit un fils, Esprit-Benjamin Monnier (1809-1863), dont il y a postérité.