Une publication du site internet The Epoch Times connaît un certain succès ces jours-ci sur les réseaux sociaux. On y apprend que la comptine « Une souris verte » s’inspirerait des Guerres de Vendée.

Souris verte

La chose n’est pas nouvelle. La chaîne de télévision France 2 avait évoqué cette histoire à une heure de grande écoute, le 16 février 2018. Le site The Epoch Times s’y réfère d’ailleurs directement.

« Une souris verte qui courait dans l’herbe, je l’attrape par la queue, je la montre à ces messieurs, ces messieurs me disent : trempez-la dans l’huile, trempez-la dans l’eau, ça fera un escargot tout chaud… » D’après l’article et « selon les historiens », ce premier couplet « ferait référence à un des soldats vendéens, soldats qu’on appelait à l’époque “les souris” et qui portaient un uniforme vert. Ces soldats étaient traqués par les soldats républicains pendant la Guerre de Vendée (1793-1795) puis torturés de façon atroce puisqu’ils étaient plongés dans l’eau et l’huile bouillantes ».

France 2 prétend même que « des historiens se sont penchés sur la question ». Oui, mais lesquels ? Aucun nom n’est cité, ni aucune source historique pour étayer cette affirmation.

Il y a de quoi s’interroger pourtant : qui a jamais écrit que les soldats vendéens étaient surnommés « les souris » ? Quant à l’uniforme vert, s’inspire-t-il de la veste à la hussarde que revêt le général Charette dans ses portraits les plus connus ? Si l’on excepte quelques unités d’élite (1), les combattants vendéens ne portaient pas de tenues réglementaires, et si certains pouvaient endosser des vestes vertes, c’est que cette couleur était celle des habits de chasse (2).

Raconter ensuite que les Vendéens, traqués par les soldats républicains, étaient plongés dans l’huile bouillante relève de la pure fantaisie ou du goût macabre qui pousse certains auteurs à inventer les horreurs les plus invraisemblables pour s’offrir de l’audience. L’huile était en effet un produit bien trop rare dans la région à l’époque pour qu’on pût en remplir de grands chaudrons à des fins de torture.

Un dernier point pose problème : comment les historiens qui « se sont penchés sur la question » expliquent-ils la seconde partie de la comptine ? « Je la mets dans mon chapeau, elle me dit qu’il fait trop chaud ; je la mets dans mon tiroir, elle me dit qu’il fait trop noir ; je la mets dans ma culotte, elle me fait trois petites crottes ; je la mets là dans ma main, elle me dit qu’elle est très bien ». Il va leur falloir beaucoup d’imagination pour relier ce tiroir et cette culotte aux Guerres de Vendée.

Ces historiens auraient peut-être été mieux avisés de chercher un autre épisode de la Révolution, celui du siège de Toulon, de septembre à décembre 1793. On trouve en effet dans la Revue de Traditionisme français et étranger de 1907, une autre comptine recensée par L’Intermédiaire nantais. La voici :

Petite souris verte,

Entrez par la fenêtre ;

Petite souris grise,

Passez par ici.
Combien faut-il de canons,
Pour bombarder la ville de Toulon ?

L’enfant, sur lequel tombe la dernière syllabe, répond un nombre quelconque : huit, douze, vingt par exemple. Alors celui qui fait le jeu compte à partir du répondant : un, deux, trois, etc., jusqu’à ce que le chiffre énoncé arrive. Celui qui l’attrape est « dehors » (3).

C’est la seule « souris verte » révolutionnaire que j’ai pu débusquer. Et en la situant à Toulon, on n’aurait guère de peine à trouver l’huile (d’olive bien sûr) où la plonger.
  


Notes :

  1. Le général Sapinaud, commandant en chef l’armée du Centre, avait ainsi organisé une compagnie d’élite dont les volontaires portaient un uniforme vert (Félix Deniau, Histoire de la Vendée, t. II, p. 315).
  2. Jean-Marie Crosefinte, Le costume du combattant vendéen, p. 290.
  3. Jehan de La Chesnaye, Formulettes vendéennes, Revue de Traditionisme français et étranger, 1907, p. 82.