Les écrits de l’abbé Simon Gruget, curé de la Trinité d’Angers, constituent l’un des principaux témoignages contemporains sur la Révolution en Anjou. Resté dans la clandestinité des années durant, leur auteur échappa à la persécution religieuse et put poursuivre ses fonctions jusqu’à sa mort en 1840. Mais où fut-il inhumé ?

Abbe GrugetLe buste de l'abbé Gruget dans l'église de la Trinité d'Angers, et le vitrail de la chapelle du Champ des Martyrs d'Avrillé montrant l'abbé Gruget donnant l'absolution aux prisonniers en marche vers ce lieu d'exécution au début de l'année 1794. Le chemin de la Meignanne, emprunté par les Martyrs, bordait au nord le cimetière de l'Ouest.
  

Simon-Jean Gruget naquit à Notre-Dame de Beaupréau le 14 avril 1751, de Julien Gruget, marchand sellier, et Jeanne-Rose Herbert ; c’était le dernier enfant d’une nombreuse famille (1). Après des études au Collège de sa ville natale, il passa au Grand Séminaire ; il y fut tonsuré par Mgr de Grasse, évêque d'Angers le 25 mai 1771. Ordonné diacre par le même prélat le 24 septembre 1774, puis prêtre un an après, le 23 septembre 1775, il fut nommé le même jour vicaire de la Trinité d’Angers. Le 26 avril 1784, il devint le curé de cette paroisse qu’il desservira pendant plus d’un demi-siècle, malgré l'intermède révolutionnaire.
  

Signature abbe GrugetSignature de l'abbé Gruget dans le registre de la Trinité d'Angers
(A.D. 49, BMS 1791-1793, vue 3/140)
  

Une décennie de clandestinité

Réfractaire au serment constitutionnel, il fut en effet expulsé de son église le 27 mars 1791 et remplacé par l'abbé Maupoint. Il se réfugia alors quelques mois à Beaupréau, mais grâce à l'amnistie du 14 septembre 1791 il parvint à rentrer à Angers et ne quitta plus sa ville. Quand les persécutions prirent plus d'ampleur en 1792, il échappa à l'internement des prêtres insermentés, refusa d'obéir à la loi du 26 août qui le condamnait à la déportation, préférant demeurer caché parmi ses ouailles. Il ne sortira de la clandestinité que lors de la prise d'Angers par l'armée vendéenne en juin 1793 (2).

L'abbé Gruget vécut ainsi les heures les plus sombres de l’histoire de la ville, dont il tint un journal composé de notes écrites au jour le jour (3). Après la Terreur, il conçut le projet de composer une histoire complète de la Révolution en Anjou. Hélas, il n’a réalisé qu’une partie de son projet et plusieurs de ses manuscrits ont été perdus (4). Après la signature du Concordat, il rentra enfin dans son église le 2 juin 1802 (5). Il mourut en fonctions le 21 janvier 1840.

En 1869, la ville d'Angers a donné le nom de l'abbé Gruget à une rue située non loin de l'église de la Trinité.

La triste fin de l'abbé Gruget

Grâce à Régine, une correspondante très active sur le groupe Facebook des Mauges, nous pouvons en savoir davantage sur la fin de l’abbé Gruget et sur le lieu de son inhumation. En consultant les Archives diocésaines d’Angers, cette passionnée de généalogie a découvert cette note :

« En venant de reconduire un séminariste, il (l’abbé Gruget) tomba lourdement dans l’escalier et il eut la hanche déboîtée. Il souffrit sur son lit, pendant plusieurs semaines (…) Quand il mourut, il n’avait même pas de quoi se faire ensevelir. Ce fut l’un de ses vicaires qui donna un drap. (Il fut) enterré au pied de la croix du cimetière de l’Ouest, de la rue du Silence. Son cœur est dans l’église de la Trinité dans un mausolée où il y a le buste de M. Gruget » (voir l'illustration ci-dessus).

Vérification faite, il n’y a aucune plaque, ni inscription, en mémoire de l’abbé Gruget au pied de la croix centrale du cimetière de l’Ouest. Il ne reste que le beau mausolée de marbre blanc dans l’église de la Trinité pour honorer ce prêtre angevin.

Cimetiere de l'Ouest 1La croix du cimetière de l'Ouest à Angers

Cimetiere de l'Ouest 2Plusieurs tombes de prêtres se trouvent près de la croix (sur la droite),
mais aucune indication ne mentionne l'abbé Gruget.
  


Notes :

  1. Julien Gruget eut cinq enfants d'un premier mariage, puis quinze autres de son union avec Jeanne-Rose Herbert. Outre Simon-Jean, deux autres de ses fils furent également prêtres sous la Révolution : Laurent-Claude (1734-1811), curé du Fief-Sauvin ; et Michel-François (1745-1825), curé de Saint-Florent-le-Vieil. Leur sœur, Jeanne-Rose, fut tuée au Champ des Martyrs d’Avrillé le 1er février 1794. Elle fut béatifiée par le Pape Jean-Paul II en 1984.
  2. Félix Uzureau, L'abbé Gruget, curé de la Trinité d'Angers (1751-1840), L'Anjou historique, 1924.
  3. Mémoires et journal de l’abbé Gruget, curé de la Trinité d’Angers et Les fusillades du Champ des Martyrs, mémoire rédigé en 1816 par M. l’abbé Gruget, rééd. Pays et Terroirs, Cholet, 2003. « Nous n’avons que la moitié des Mémoires de Gruget » écrivait l’abbé Longin dans la Revue de l’Anjou en 1900
  4. Simone Gruget, Histoire de la Constitution civile du clergé en Anjou, publiée dans L’Anjou historique de 1901 à 1905.
  5. « Le 2 juin 1802, les clefs de l'église paroissiale de la Trinité ont été remises à M. Charles Montault, évêque légitime, par M. Caillaud, prêtre assermenté, curé du Plessis-Macé, exerçant en chef, dans ladite église, le culte constitutionnel ; et le jour même, Mgr l'évêque a remis les clefs entre les mains de M. Simon-Jean Gruget, légitime curé de la Trinité, lequel a célébré, le 4 du courant, le saint sacrifice de la messe dans son église » (note du registre de la Trinité citée par F. Uzureau, L'abbé Gruget…, op. cit., pp. 230-231).