En présentant l’Aunay-Gontard, ce charmant manoir du XVIIIe siècle niché dans le bocage de Neuvy-en-Mauges, j’avais évoqué un certain Quesson, obscur commandant du poste vendéen établi en ce lieu en 1794. Pour compléter les maigres informations disponibles à son sujet, je suis allé aux Archives départementales du Maine-et-Loire sur la piste de ce lieutenant de Stofflet.

Aunay-Gontard 7Le manoir de l'Aunay-Gontard à Neuvy-en-Mauges
  

La chance m’a souri : les Archives conservent un dossier rassemblant des papiers de ce Quesson sous la cote 1 L 835. Il faudra toutefois se contenter de peu, la chemise renferme à peine une dizaine de feuillets rassemblés sous l’intitulé : « Pièces trouvée (sic) chez Monsieur Quessont commandant une division des Brigands à Launai paroisse de la Jumelierre » (1).

On y découvre par exemple un appel à la mobilisation des « habitants des contrées restées fidèles à leur religion et à leur roi », énonçant en huit articles l’organisation des paroisses ; ou encore un interrogatoire à l’en-tête de l’armée de l’Ouest, dans lequel le nommé Jacq. Griveau, arrêté le 30 germinal l’an second (19 avril 1794) à la Grippière (La Regrippière), livre des informations sur l’état de l’armée de Stofflet à cette époque.

Les billets adressés à Quesson

Les pièces les plus intéressantes concernent naturellement Quesson. Certains billets lui sont adressés directement (orthographe respectée) :

« Je pris la garde de Launay de voulloir bien se transporté demain vingt deux a Ste Fois (2) ainsi que tous les braves gens de la Jumeliere tout aux plus tot a huit heures du matin. a St Aubin (Saint-Aubin-de-Luigné) ce 21 mars 1794. (signé) Girault. »

« De par le Roy, est enjoint à tous les habitants des paroisses qui servent la cause commune sous le commandement de Mr Quesson de se rendre demain 21 dans la matinée à Chaudron où sera l’armée à Jallais. Le 20 mars 1794. (signé) Berrard (3). »

Le dossier contient également le billet original dans lequel Stofflet accepte les offres de service de l’abbé Bernier. À sa lecture, on s’aperçoit que Chassin (4) ne l’a pas retranscrit à la lettre (je souligne en rouge les variantes) :

À Monsieur Quesson, commandant de la garde de Launai, à Launai
Chemillé, 19 avril 1794

Je reçois à l’instant, Monsieur, votre billet par lequel vous me donnez avis des offres de M. le curé de St-Laud. Faites lui en, je vous prie, mes remerciements au nom de toute l'armée, et lui dites que son ministère me sera nous sera toujours très nécessaire, et que nous le prions de se rendre ici, pour célébrer la messe demain demain la messe.

Je vous donne avis du rassemblement que nous indiquons pour lundi prochain préfixé à Chemillé. Je suis bien faché que votre blessure ne vous permette pas de vous y trouver. Je vous souhaite un prompt rétablissement, et ai l’honneur, d’être,

Votre très humble et très obéissant serviteur.

Stofflet.

Le général ajoute en note, ce que Chassin omet : « Je vous prie de faire parvenir mon billet à Mr Bernier » (5).
  

StoffletLe message de Stofflet à Quesson, et la note oubliée par Chassin
(A.D. 49, 1 L 835)

  

Les billets signés « Quessont commandant »

Enfin, deux documents seulement portent la signature de Quesson ; leur écriture diffère sur l’un et l’autre, mais ils sont notés avec un « t » à la fin du patronyme.

Le premier, dont j’avais vu une photocopie exposée dans un sous-verre à l’Aunay-Gontard, indique au recto :

« de par le Roi du règne de louis 17,
Messieurs les commandant de la garde de Chodron (Chaudron-en-Mauges) je vous pris de me faire passer des nouvelles de votre garde , tampt qua la miene il nest rien dextraordinaire, rien da vantage pour le presant, faite au château de launaÿ ce 2 avrille 1794. (signé) quessont commandant. »

L’encre ayant traversé le papier, le verso, qui porte la réponse, s’avère difficilement lisible :

« Monsieur le commandant de la garde de Launay, nous n’avons rien de nouveau également ; vous savez sûrement que Messieurs les généraux sont à Jallais et y rassemblent les soldats, nous (?) de les seconder dans leur entreprise.
à Chaudron le 2 avril 1794 (6) l’an 2 du règne de Louis XVII.
(signé) Martin. »

Le second billet, le plus petit mais peut-être le plus intrigant, porte l’inscription suivante :

« Maitre Jolivete et maitre Boijot je vous pris de donné deux douxeme (douzaines) de graien (grains) pour nourir la troupe. Faiete (fait) a nevie (Neuvy) le vaienget (vingt) de marce mille 1794. (signé) paiere quesonte commandant. »  
  

QuessonUn billet signé par Quesson, commandant de la garde de Launay
(A.D. 49, 1 L 835)

  

C’est le seul cas où est mentionné le prénom de Quesson, qu’on peut lire comme « Pierre » si l’on tient compte de l’orthographe plus qu’improbable du rédacteur. Ce ne serait donc pas « Jacques » comme le pensait André Sarrazin, ni « Jean ». L’énigme autour de l’identité du commandant de l’Aunay n’est pas pour autant résolue, car les Pierre Quesson ne manquent pas au pays, en particulier à Saint-Laurent-de-la-Plaine. J’en ai relevé deux (7) et vérifié par leurs actes de mariages (les seuls où les intéressés se déclarent en personne) s’ils signaient « Quessont ». Hélas en vain. L’enquête continue donc…
  


Notes :

  1. Il s’agit bien d’une erreur : l’Aunay-Gontard se situe sur la commune de Neuvy-en-Mauges, sur la route de La Jumellière.
  2. Sainte-Foy, ancienne paroisse rattachée à Saint-Lambert-du-Lattay en 1792.
  3. La Maraîchine normande a publié ici une notice biographique sur Pierre-Claude Berrard (1761-1813).
  4. Ch.-L. Chassin, La Vendée patriote, 1793-1800, tome IV, p. 492.
  5. Quesson a transmis le message, mais a gardé le billet.
  6. La réponse est parvenue dans la journée, mais il y a à peine 20 km entre l’Aunay-Gontard et le bourg de Chaudron.
  7. Le premier marié le 9 février 1762 avec Simone Piffard (il meurt en 1804) ; le second (1772-1832) marié le 29 mai 1797 avec Louis-Perrine Tertrou.